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L’argent de la Silicon Valley au cœur de la présidentielle américaine

Photo de Sylvain Rolland

Sylvain Rolland

Publié le 27 août 2015 à 04:59 - Mis à jour le 27 août 2015 à 11:03

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Qui gagnera la bataille pour l’argent de la Silicon Valley ? Alors que la lutte des primaires républicaine et démocrate va s’intensifier dès la rentrée, les candidats à l’investiture sont déjà sur le pont depuis plusieurs mois pour s’arracher les soutiens politiques et financiers des acteurs de la high tech.

Hier, les candidats en quête d'argent se précipitaient en premier lieu à Wall Street, à Hollywood où auprès des lobbys industriels. Aujourd'hui, impossible de faire l'impasse sur la Silicon Valley. Le berceau de la high tech, qui prend une place de plus en plus importante dans l'économie américaine, abrite une cohorte de millionnaires et certaines des plus grandes entreprises au monde (les fameux GAFA).

De quoi, logiquement, mettre l'eau à la bouche à des candidats, qui ont besoin de fonds pour se faire connaître et espérer triompher de leurs nombreux concurrents. Ainsi, depuis quelques mois, beaucoup des 17 prétendants à l'investiture républicaine sont allés rencontrer les magnats de la tech. Idem du côté démocrate.

172 millions de dollars de dons depuis 2008

Selon l'ONG Center of Responsive Politics, qui trace l'utilisation de l'argent en politique, les entreprises de la Silicon Valley ont dépensé plus de 172 millions de dollars en contributions de campagne depuis 2008. L'évolution est spectaculaire : c'est 40% de plus que lors de la période 2000-2008. Et 2000% de plus qu'il y a 25 ans...

Preuve de l'influence galopante des ténors de la tech, l'ONG note que lors du dernier cycle électoral, qui comprend les présidentielles de 2012 et les élections de mi-mandat au Congrès, en 2014, les dons des entreprises high tech surpassaient ceux des lobbys "traditionnels" que sont les industries de la défense, de la pharmacie, de l'automobile et Hollywood. L'importance récente de la Silicon Valley traduit un basculement du pouvoir financier, selon Vincent Michelot, professeur d'histoire politique américaine et directeur de Sciences Po Lyon.

"Les hommes politiques lèvent des fonds là où l'argent se trouve. Comme le secteur des nouvelles technologies prend de plus en plus d'importance dans l'économie américaine, les acteurs de la Silicon Valley sont de plus en plus sollicités par les politiques. A l'inverse, ils ont aussi de plus en plus besoin d'eux car comme tout lobby, ils doivent veiller à la préservation de leurs intérêts... "

Avantage aux démocrates ?

Contrairement à l'opinion répandue, la Silicon Valley n'est pas un nid de démocrates. Bien qu'elle se situe au cœur d'un État profondément démocrate, la Californie, ses riches donateurs, issus du monde de l'entrepreneuriat, regardent avant tout les intérêts de leur business, même s'ils baignent dans une atmosphère libérale à la fois sur le plan de l'économie et des mœurs.

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Selon le Center for responsive politics, les démocrates ont reçu 52% des dons de la Tech depuis 1990, contre 48% aux Républicains, soit un ratio plutôt équilibré. "C'est avant tout une affaire de personnalité plutôt que de partis. Le secteur va soutenir les candidats qui comprennent le mieux l'activité et sur lesquels ils pourront s'appuyer une fois élus", note Vincent Michelot.

Lors des élections présidentielles de 1992, de 1996 (victoires de Bill Clinton) et 2000 (victoire de Georges Bush fils), la Tech a toujours soutenu majoritairement le candidat républicain (55%, 56% et 52% des dons). Mais le premier mandat de Bush marque visiblement un tournant. En 2004, alors que l'artisan de la guerre contre l'Irak et l'Afghanistan était confortablement réélu, la Tech lui tournait légèrement le dos (51% des dons sont allés aux démocrates). Pour mieux se jeter au visage de Barack Obama quatre ans plus tard (qui a récolté cette année-là pas moins de 63% des dons!), tout comme en 2012 (54%).

Les grandes entreprises du secteur jouent un rôle crucial. Microsoft, Google, Facebook et Amazon ont largement favorisé les démocrates ces dix dernières années. Mais les arguments des républicains réussissent visiblement à séduire chez Facebook : seuls 51% de ses dons furent destinés aux démocrates lors des élections de mi-mandat de 2014.

Hillary Clinton sur les starting-blocks

Rien n'est donc acquis avec la Silicon Valley. Pour l'heure, alors que la campagne commence à peine, les contributions s'élèvent à seulement 171.335 dollars, les fonds provenant surtout des comités d'action politique, les fameux PACs.

Hillary Clinton l'a bien compris. Lors des primaires de 2008, la Silicon Valley lui avait préféré son rival Barack Obama. Cette fois, la prétendante à l'investiture démocrate met les petits plats dans les grands et soigne ses réseaux pour éviter de se faire coiffer au poteau.

Ces derniers mois, Hillary Clinton s'est donc déjà prosternée plusieurs fois dans le temple de l'innovation mondiale. En février dernier, elle a même réservé la primeur de son premier grand discours de campagne à la Watermark Silicon Valley Conference for Women, où elle avait conquis l'auditoire. Avant l'allocution, l'ancienne Secrétaire d'Etat avait rencontré un parterre de dirigeants high tech, notamment l'influent Barry Diller, le patron d'IAC/InterActiveCorp.

Si les chèques n'ont pas encore afflué en masse, la candidate à la candidature compte déjà quelques soutiens de poids. Cisco, Microsoft et Hewlett-Packard ont tous déjà donné au moins 1 million de dollars à la Clinton Foundation, son bras armé pour récolter des fonds. Hillary Clinton a aussi reçu des dons de la part de l'investisseur-star Ron Conway et des dirigeants d'Airbnb, ainsi que du PDG de Salesforce, Marc Benioff.

Danse du ventre

Ce qui ne veut pas dire que ces investisseurs ne soutiendront pas également ses concurrents et adversaires. Pragmatiques, les acteurs de la tech, comme ceux de la finance, préfèrent souvent placer leurs œufs dans différents paniers, histoire d'être sûrs d'être dans le camp du gagnant à la fin...

De plus, contrairement à d'autres milieux comme Wall Street ou Hollywood, l'argent de la Silicon Valley se gagne à la sueur du front. Alors qu'à New York ou à Hollywood, il suffit à un candidat de se montrer à un grand événement et de prendre la pose pour repartir avec un chèque, les élites de la Silicon Valley se montrent plus exigeantes. Il faut ainsi passer du temps, beaucoup de temps, avec les donateurs, comme l'explique Chris Lehane, un stratégiste démocrate interrogé par le site américain Re/code :

"La Silicon Valley c'est comme un distributeur automatique de billets. Mais pour qu'il fonctionne, vous devez passer un test sur votre personnalité et vos opinions"

En mai, Hillary Clinton a donc bloqué trois jours pour faire le tour des personnes influentes de la Valley. Elle s'est notamment arrêtée chez John Donagoe, le PDG d'eBay. La prétendante à l'investiture était en territoire ami. Sa femme, Eileen, une ancienne ambassadrice, avait travaillé avec Clinton lorsque celle-ci était secrétaire d'Etat.

A ce petit jeu, le sénateur républicain Marco Rubio a marqué des points. En août, il a séduit le fondateur d'Oracle, Larry Ellison, qui a organisé en son honneur une levée de fonds dans sa superbe propriété de 21 hectares, où le ticket d'entrée pour les invités s'élevait à 2.700 dollars par personne.

Les sénateurs Rand Paul, Jed Bush ou encore Ted Cruz, également en course pour l'investiture républicaine et en quête de soutiens et de notoriété, multiplient les déplacements dans la Silicon Valley. Ils séduisent beaucoup plus que le trublion Donald Trump. Ses sorties polémiques prennent moins dans le temple de l'innovation.

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La bataille commence à peine. Elle sera longue. En juillet, Hillary Clinton, qui soigne pourtant sa Silicon Valley, a suscité un certain malaise lorsqu'elle a osé remettre en question la philosophie du travail des acteurs de l'économie collaborative. "Cette économie "à la demande" ou soi-disant "des petits boulots" créé des opportunités excitantes et libère l'innovation, mais elle interroge aussi sur la protection du travail", a proclamé la candidate dans son premier grand discours économique, tout en promettant de "sévir" contre les employeurs qui qualifient leurs travailleurs de contractuels alors qu'ils méritent le statut d'employé. La fin de la lune de miel ?

Sylvain Rolland

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