En 2030, 30% de la population en France aura plus de 60 ans (23% aujourd'hui), soit environ 19 millions de seniors (scénario « fécondité basse »), dont plus de 4 millions auront plus de 80ans. Nécessairement, les plus fragiles devront être assistés dans leur vie quotidienne. Leur placement en maison de repos ne se justifiera pas obligatoirement et encore moins leur hospitalisation. Juste de petits handicaps que les progrès de la médecine n'auront pas pu complètement réparer. Comment les aider?
Certes, la filière de la «silver économie» (l'économie des 3e et 4eâges) est potentiellement riche de dizaines de milliers de créations d'emplois. Mais y aura-t-il assez de candidats? Et qui paiera? La plupart des pays occidentaux, et particulièrement l'Allemagne, mais aussi la Chine et le Japon, vont connaître un important vieillissement de leur population.
Et donc les mêmes problématiques. D'où l'idée de recourir à des robots assistants capables de veiller au confort et à la santé des plus âgés, de détecter des situations anormales et d'alerter les secours.
Ce scénario annonce donc un formidable marché pour les entreprises de l'électronique et de l'informatique. La Commission européenne estime à 100 milliards d'euros d'ici à 2020 le marché de la robotique de service. Certes, les Japonais et les Coréens ont pris une longueur d'avance avec, entre autres, Hal, l'exosquelette de Cyberdyne et le phoque Paro, du docteur Takanori Shibata, une peluche robotique interactive aux vertus apaisantes. Déjà sur le marché, ces robots rivalisent d'ingéniosité avec les robots de Honda, Toyota, et Panasonic. De leur côté, les Nord-Américains ne sont pas en reste.
En particulier Intel, qui se démarque avec un robot humanoïde que l'on peut fabriquer grâce à une imprimante 3D dont les plans sont disponibles en logiciel libre. De leur côté, Google, IBM et Microsoft mettent leurs plates-formes technologiques au service des entreprises de robotique. À cet égard, la firme de Bill Gates travaille avec des firmes françaises comme Aldebaran Robotics ou Robosoft.
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Car depuis quelques années, la France a aussi acquis un solide savoir-faire en robotique. Soixante laboratoires opèrent dans ce secteur, selon les organisateurs du salon international Innorobo, dont la 4eédition aura lieu en mars prochain à Lyon. Parmi les laboratoires, citons l'Inria, le CEA, le CNRS, l'Université Pierre-et-Marie-Curie… Du côté des entreprises, une enquête lancée en 2012 par le Commissariat général à la stratégie et à la prospective recense un peu moins d'une trentaine de PME et de TPE.n Toutes comptent s'adresser dans les cinq ans aux plus de 60 ans.
À l'interface entre les utilisateurs et les professionnels du secteur, ce dernier voit dans la robotique une solution pour aider les personnes âgées ou handicapées à acquérir de l'indépendance et de l'autonomie. Tout en préservant leur intimité.
Pour l'heure, la majorité des robots assistants d'origine française sont au stade du prototype. Le plus avancé est Kompaï, le robot compagnon de Robosoft, avec lequel on communique par la voix, via un écran tactile ou par gestes grâce à sa caméra Kinect embarquée. Il est conçu pour conserver les personnes âgées en bonne santé en surveillant la prise de médicaments ou certains paramètres médicaux comme la fréquence cardiaque ou la tension. Il sait aussi analyser les situations d'urgence et prévenir les secours. Toute une série de tests dans les hôpitaux et chez des particuliers a déjà été effectuée. Une première dans le secteur! De quoi intéresser les mutuelles qui veulent élargir leur offre de services ainsi que les plates-formes de téléassistance opérées par les compagnies d'assurances.
Créée en 1985, cette start-up issue de l'Inria réalise 40% de son activité dans la défense et les transports et 30% dans la vente de plates-formes techniques expérimentales pour le domaine de la santé.
Il planche avec Crédit agricole innovation et Orange sur l'usage de ces robots ainsi qu'avec le groupe mutualiste Covea (GMF, MAAF et MMA) sur leur déploiement dans des appartements sécurisés.
Poids lourd du secteur, Aldebaran Robotics s'est fait connaître avec ses robots Nao dédiés au monde de la recherche et de l'éducation. Cet humanoïde (un des rares bipèdes du marché) s'est vendu à plus de 5000 exemplaires au prix unitaire de 12.000 euros.
Mais Aldebaran travaille également au développement d'un robot plus grand (1,40 m de hauteur). Baptisé Roméo, ce dernier est destiné à l'assistance aux personnes âgées. Après un premier programme terminé en 2012, ce compagnon fait l'objet d'un deuxième projet collaboratif de 28 millions d'euros financé en partie par Bpifrance. Les travaux vont se focaliser sur l'interactivité du robot avec les utilisateurs. Objectif, favoriser son acceptation, un critère indispensable au décollage du marché des robots.
Ce défi mobilise 18partenaires venant du monde de la recherche (CNRS, Inria, CEA…), mais aussi de l'industrie comme SpirOps, qui fournira l'intelligence artificielle embarquée, et Voxler, le spécialiste des interactions vocales qui se focalisera sur la compréhension du paraverbal - c'est-à-dire tout ce qui touche aux sons produits lors d'une conversation comme le ton, le timbre et l'intonation de la voix.
L'acceptation du robot pourrait bien reposer sur sa capacité à exprimer des émotions. Un défi sur lequel s'est penché Robopec avec son robot Reeti. Haut de 40 cm et pesant 4 kg, ce compagnon se différencie de ses congénères par l'expressivité de son visage.
Néanmoins, Robopec est à la marge de son activité puisqu'elle fait surtout des développements robotiques pour l'armée.
Produire des robots d'assistance low cost, c'est justement ce que vise Rodolphe Hasselvander, cofondateur de Blue Frog Robotics, une société issue du Criif (Centre de robotique intégrée d'Île-de-France). Ce laboratoire a déjà réalisé deux robots.
Le premier, baptisé Sami, est un humanoïde pilotable à distance grâce à la caméra 3D Kinect. Ce qui lui permet de reproduire fidèlement et en temps réel les gestes et les mouvements qu'exécute le téléopérateur. Il se déplace sur roues tout comme Buddy, le second robot du Criif qui est, lui, plus petit (45 cm de haut, contre 1,60 m).
Lequel compte au préalable lancer une campagne de crowdfunding pour lever des fonds. En cas de succès, il compte commercialiser son offre soit par la vente auprès du grand public pour un prix oscillant entre 500 et 1.000 euros, soit sous forme d'abonnement mensuel que distribueront les mutuelles.
Le bras Jaco aide les personnes à se nourrir et à réaliser quelques tâches de la vie quotidienne./ DR / YT
Outre le délicat problème du financement de l'industrialisation des robots rencontrés par la majorité des entreprises de la robotique française se pose, pour l'utilisateur cette fois, la double problématique du service après vente et de la maintenance. Un besoin sur lequel se positionne Ergo-Diusion, une jeune entreprise créée à Plerin (Côtes-d'Armor) qui distribue, forme et installe le matériel médical, partout en France.
Luc Le Pape, qui distribue en France le célèbre bras robotisé Jaco. Lequel permet non seulement aux utilisateurs de se nourrir seuls et d'avoir ainsi de l'intimité, mais aussi d'ouvrir une porte et d'exécuter d'autres tâches.
Ce dernier développe un projet très avancé avec deux acteurs du département : Cléode, qui développe des solutions domotiques, et l'opérateur de plates-formes Tabs.
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>>> FOCUS Le service à la personne, un nouveau marché pour les industriels
La robotique de service à la personne offre de nouveaux débouchés aux industriels. En témoigne BA Systèmes (20M de CA en 2013 et 140 personnes), un des leaders français des systèmes de manutention, qui a créé en 2012 un pôle Santé. Un premier robot destiné aux salles de chirurgie équipées d'appareils radiologiques et développé avec General Electric vient d'être lancé sur le marché. Dans la foulée, la PME a réalisé un prototype d'aide à la marche pour les personnes souffrant notamment de sclérose en plaques.
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De son côté, RB3D, un fabricant de robots collaboratifs pour lutter contre les troubles musculo-squelettiques des salariés de l'industrie, vient de lever 2 millions d'euros auprès de sociétés de capital-risque.
Un programme de recherche est en cours au CEA pour piloter cet exosquelette à l'aide d'une puce implantée dans le cerveau des tétraplégiques.
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