Face au manque d’ingénieurs, techniciens et ouvriers compétents, les usines de production de puces informatiques peinent à recruter, et donc à croître à la mesure de leurs ambitions. Or, ces puces sont nécessaires aux progrès de l’intelligence artificielle.Alors que les entreprises continuent de se ruer sur l'intelligence artificielle (IA), espérant débusquer la nouvelle poule aux œufs d'or, l'industrie des microprocesseurs nécessaires pour entraîner et faire tourner les algorithmes d'IA affiche une santé reluisante. Les ventes de TSMC, entreprise taïwanaise, ont augmenté de 45% d'une année sur l'autre, après un deuxième trimestre déjà excellent. De son côté, Nvidia pourrait bientôt devenir la première entreprise à franchir le seuil vertigineux des 4.000 milliards de dollars de valorisation. Et pour cause, ces deux entreprises détiennent un quasi-monopole sur, respectivement, la fabrication et le design des puces d'IA les plus avancées.
Face à une demande qui semble insatiable et exerce une forte pression sur l'offre, les efforts pour accélérer la production se multiplient. Désormais, les gouvernements n'hésitent plus à mettre la main à la poche, les États-Unis en tête. Ces derniers prévoient notamment d'investir un total de 52 milliards de dollars dans l'industrie à travers le Chips Act, et les projets de construction d'usines y poussent comme des champignons, dans l'Arizona, au Texas ou encore dans l'Utah. Une ombre au tableau menace toutefois ce marché florissant : celui du manque de talents.
58% des emplois américains pourraient demeurer vacants
Selon un récent rapport de McKinsey, rien qu'aux États-Unis, les investissements dans l'industrie des puces vont nécessiter la création de 160.000 emplois de techniciens et ingénieurs spécialisés au cours des prochaines années. Or, seuls 1.500 ingénieurs et 1.000 techniciens rejoignent chaque année l'industrie des puces américaines. On est donc très loin du compte. La Semiconductor Industry Association, un lobby, estime quant à elle que l'industrie devrait créer 115.000 emplois d'ici 2030 pour répondre à ses besoins, dont 58% risquent cependant de demeurer vacants faute de main-d'œuvre qualifiée.
Cette tendance n'est pas cantonnée aux États-Unis. Elle affecte aussi des pays qui occupent une position stratégique dans l'industrie, comme la Corée du Sud, dont l'entreprise Samsung est l'un des principaux fondeurs mondiaux. L'industrie des puces sud-coréenne devrait connaître un déficit de main-d'œuvre de 56.000 personnes d'ici 2031, selon le Ministère sud-coréen de l'Éducation. Taïwan et la Corée du Sud, qui assurent à eux deux 80% de la production mondiale de semi-conducteurs, se trouvent de plus face à la perspective d'un effondrement démographique, ce qui ne peut qu'aggraver le déficit de talents.