Dans les coulisses du hackathon solidaire au profit du Samusocial

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Une cinquantaine de participants se sont penchés sur les problématiques du Samusocial de Paris (crédits : fiftyfive)
Une cinquantaine de participants se sont penchés sur les problématiques du Samusocial de Paris (crédits : fiftyfive) (Crédits : fifty-five)
Fifty-five, entreprise de consulting en marketing spécialisée dans la data, a organisé le week-end dernier un hackathon solidaire pour le compte du Samusocial de Paris. Une cinquantaine de passionnés d'informatique ont planché pendant 48 heures pour améliorer la logistique de l'organisation d'aide aux personnes sans abri, qui loge 34.000 personnes à Paris. Reportage.

Un ordinateur posé sur les genoux, une cinquantaine de développeurs, étudiants et professionnels, prennent attentivement des notes ce vendredi 15 février. A la tribune, Caroline Maleplate, Secrétaire générale du Samusocial de Paris, expose les problématiques qu'elle espère en partie résoudre pendant les deux jours de hackathon qui vont suivre. Pour l'organisation, c'est l'occasion de profiter de compétences en informatique qui leur manquent en interne, le temps d'un week-end, et d'en tirer des méthodes et outils applicables pour optimiser l'emploi du temps de ses salariés.

34.000 personnes logées par le Samusocial de Paris

"Nous employons 650 personnes, et nous logeons plus de 34.000 personnes, grâce à un budget de 250 millions d'euros", commence Caroline Maleplate. La dirigeante s'est déplacée avec une dizaine de ses collègues dans l'espoir de trouver une solution à un problème logistique. Le Samusocial de Paris loge des milliers de personnes sans-abri dans 580 hôtels, répartis sur 350 communes, pour plus de 11000 chambres en tout.

Pour s'assurer que ces logements "restent dignes et en bon état", une équipe de 13 personnes a pour mission de les visiter, noter les anomalies et les faire corriger dans un délai de deux semaines. Problème : les chefs d'équipe peinent à planifier et hiérarchiser efficacement les visites en raison d'une multitude de contraintes. Les équipes se trouvent donc régulièrement débordées, et certains gérants d'hôtel en profitent pour ne pas honorer leur contrat et échapper aux pénalités.

Hackathon 2

Les participants vulgarisent leurs travaux pour le personnel du Samusocial (crédit : La Tribune)

Le modèle du hackathon au service du social

Ce sont les équipes de Fifty-five qui ont pris contact avec l'organisation. "D'habitude, nous mettons nos compétences data au service du marketing, alors nous voulions nous essayer au social", s'explique Arnaud Massonnie, co-fondateur de ce groupe de consulting en data. Après avoir identifié les problématiques, l'entreprise a suggéré au Samusocial l'organisation d'un hackathon solidaire. Tout le monde ici intervient à titre bénévole. "Le format hackathon fonctionne sur un peu tous les sujets, et permet d'installer un momentum, un solide point de départ pour la mise en forme d'un projet", développe le patron des "fifty-fivers".

Parmi les participants répartis en neuf groupes, les profils varient. Mathieu et Nicolas, deux jeunes actifs, sont venu apporter leurs compétences de développeurs front-end après que leur manager leur a parlé du projet. Dhalia travaille quant à elle comme responsable soutien logistique chez Thalès et a repéré le hackathon sur Event Brite. "Ça fait 10 ans que je n'avais pas codé une ligne", souffle-t-elle. Elle apportera à son groupe son expertise dans ce type de problématique et ses compétences de gestion de projet. Dans son équipe, Serhet et Nassim, deux étudiants, sont venus appliquer de manière concrète leur apprentissage et grappiller de l'expérience.

Data visualisation, formulaire en ligne, outil de priorisation des visites...

Le Samusocial a ouvert ses propres jeux de données, que les participants s'engagent par écrit à supprimer à l'issu du week-end. A partir de ce matériau, les groupes ont développé pendant deux jours et demi des méthodes et outils de priorisation de l'ordre des visites, une application pour remplacer les formulaires papiers, ou encore un système pour transformer les commentaires sur l'état des chambres en données exploitables.

Hackathon 3

fifty-five organise et accueille le Hackathon pour le compte du Samusocial de Paris (crédit : fifty-five)

Chaque équipe a présenté son projet le dimanche en fin d'après-midi. Le groupe Analytics4Good, proposé par Cao, Bruno, Akli et Anis, consultants pour KPMG, s'est illustré avec une interface permettant de visualiser quels hôtels sont les plus défectueux, ou encore l'évolution du nombre d'anomalies relevées entre chaque visite. Leur outil propose ensuite un ordre prioritaire de visite et suggère de féliciter les gérants qui s'améliore et d'avertir ceux qui dégradent leur service. Il présente aussi aux salariés du Samusocial des itinéraires optimisés en fonction des visites de la journée, de leur moyens de transport et de leur secteur d'affectation.

Pour en venir à ce résultat aussi rapidement, les quatre consultants sont venu avec une équipe presque complète : data-scientist, data-engineer, data-analyst... Ils ne sont pas limités à la fermeture des locaux de fiftyfive, fixée à 22h. "C'était marrant donc on a fini chez Bruno, on a presque passé une nuit blanche" s'amuse Akli. "Contrairement à ici, dans notre travail, on n'entrevoit que très rarement les enjeux, on se contente de suivre un cahier des charges" regrette quant à lui Bruno.

La suite à donner, point faible des hackathons

Une équipe du Samusocial ravie, des participants heureux d'avoir découvert un nouveau milieu et aidé une bonne cause, tout paraît pour le mieux en ce dimanche soir, autour du cocktail. Mais c'est maintenant que le plus dur commence : utiliser les fruits de cette intelligence collective sur le long terme.

Pour l'instant, aucun dispositif de suivi concret n'est prévu de la part du Samusocial. "Nous allons proposer aux participants qui le souhaitent de visiter des hôtels avec nous", propose Caroline Maleplate, qui songe à débloquer des budgets, par réallocation des sommes récoltées sur les amendes de pénalités, ou grâce au mécénat. "Nous sommes partants pour donner notre code et accompagner une équipe qui reprendrait notre projet", se projettent déjà Nicolas et Mathieu, qui ont créé une ébauche d'interface de gestion des plannings, déjà fonctionnelle. Ils estiment cependant qu'ils auraient besoin de deux mois, à temps plein, pour faire aboutir leur projet à deux.

fifty-five se chargera de recontacter et accompagner les participants qui souhaitent poursuivre leur engagement.  De son côté, Arnaud Massonnie espère répéter l'événement l'an prochain, et y exposer les résultats concrets à court et moyen terme de celui de cette année.

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Commentaires
a écrit le 20/02/2019 à 16:32 :
ca fait sourire
quand il y a un pb qque part, tout le monde fait semblant de croire qu'installer un logiciel de plus ca va resoudre les pbs!
bien souvent ca ne resoud rien, ca fait double emploi, et ca cree plus de pbs que ca n'en resoud
he, y a des methodes de reflexion qui sont enseignees et permettent d'arriver a des trucs qui tiennent la route avant d'installer une usine a gaz ( qui contribue donc au recauffement climatique injuste)

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