REPORTAGE. Le spectaculaire centre de données de Lefdal, enfoui dans une ancienne mine à l’ouest d’Oslo, est spécialisé dans le calcul haute performance. Et ce sont les eaux du fjord qui refroidissent ses serveurs.Face à un glacier bordé par un fjord, sur la côte ouest de la Norvège, les montagnes du comté de Vestland abritent un data center unique au monde et insoupçonné des touristes. Impossible de le distinguer depuis l'extérieur car il est souterrain, installé dans l'ancienne mine de Lefdal, où était autrefois exploitée l'olivine, un silicate. Franchir son entrée béante et noire, c'est se retrouver transporté dans les mines de la ville de la Moria de la saga du Seigneur des anneaux.
Dans la pénombre, on descend à 56 mètres sous terre, arpentant d'impressionnantes galeries avec 19 mètres de ciel de carrière. Le bruit des perceuses y est incessant. Pas de nains à l'horizon creusant la roche pour extraire du « mithril », mais des ouvriers affairés à fixer cloisons et conteneurs dans toutes les cavités exploitables à l'intérieur de la montagne.
L'efficacité énergétique poussée à son maximum
IBM, Mercedes Benz ou BNP Paribas disposent ici de leurs propres serveurs pour du calcul haute performance : gestion des risques pour les banques ou simulations d'accidents pour les constructeurs automobiles. Leurs installations sont donc très puissantes et énergivores. Si ces acteurs ont choisi ce site difficile d'accès et éloigné de 500 kilomètres de la capitale Oslo, c'est parce qu'il est alimenté par de l'énergie renouvelable produite à proximité. Mais, surtout, parce qu'il est particulièrement efficient.
Son indicateur d'efficacité énergétique, aussi appelé power usage effectiveness en anglais (PUE), est inférieur à 1,1. Une performance pour un site d'une capacité de 80 mégawatts (MW), prévu pour atteindre les 200 MW dans les années qui viennent. Pour comparaison, en France, le PUE moyen des data centers est de 1,46 d'après la dernière enquête du gendarme des télécoms.
Amélie Charnay, envoyée spéciale en Norvège