Stockage du CO₂ en Norvège : la France mise sur l'enfouissement pour sa décarbonation
latribune.fr
Pour les entreprises françaises, notamment celles des secteurs sidérurgique, cimentier ou chimique, cet accord est l’occasion de se conformer aux régulations environnementales tout en maintenant leur compétitivité.
La France et la Norvège ont signé un accord autorisant l’exportation et le stockage géologique du CO₂ industriel français. Cette initiative, qui ouvre la voie à des projets d'envergure comme Northern Lights, vise à décarboner les industries lourdes, mais soulève des questions sur le coût, la sécurité et l'opportunité de cette « solution de fin de chaîne ».
En début de semaine, Éric Lombard, le ministre français de l'Économie, et Terje Aasland, le ministre norvégien de l'Énergie, ont scellé un accord autorisant l'exportation et le stockage géologique de CO₂ d'origine industrielle française. Cette signature, intervenue quelques heures seulement après la promulgation de la loi dérogeant au protocole de Londres de 1996, marque un tournant audacieux dans la gestion des émissions de gaz à effet de serre du pays.
Cet accord ouvre la voie à des projets d'envergure. Parmi eux, Northern Lights, une initiative déjà bien avancée et portée par des géants de l'énergie tels que Shell, Equinor et TotalEnergies. Ce projet vise à stocker le CO₂ dans les fonds marins norvégiens, dont les capacités géologiques sont estimées à près de 80 milliards de tonnes par la Direction générale de l'énergie et du climat. Un autre projet, CO₂ Highway Europe, prévoit la construction d'un carboduc reliant la France et le Benelux à la Norvège, soulignant l'ambition d'une infrastructure transfrontalière consacrée au captage et au stockage du carbone (CSC).
Émissions irréductibles
Pour la France, l'enjeu est de taille : il s'agit de réduire significativement les émissions des industries lourdes, souvent complexes à décarboner. Le CSC est présenté comme une solution potentielle pour atteindre les objectifs de neutralité carbone, offrant une option viable aux émissions irréductibles. En externalisant le stockage, la France pourrait accélérer sa transition énergétique sans pénaliser excessivement ses secteurs industriels stratégiques.
Pour les entreprises françaises, notamment celles des secteurs sidérurgique, cimentier ou chimique, cet accord est l'occasion de se conformer aux régulations environnementales tout en maintenant leur compétitivité. Plutôt que d'investir massivement dans des technologies de décarbonation encore coûteuses et incertaines sur le territoire national, elles pourront désormais se débarrasser de leurs émissions en les exportant.
« Solution de fin de chaîne »
Cette stratégie soulève inévitablement son lot de questions. Le coût du transport et du stockage du CO₂ en Norvège sera-t-il réellement compétitif à long terme ? Quelles garanties de sécurité et de durabilité environnementale sont offertes par le stockage en mer ?
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Plus fondamentalement, cette option risque de retarder les efforts de réduction des émissions à la source en déplaçant le problème. Il s'agit en effet d'une « solution de fin de chaîne », qui pourrait détourner les financements et l'attention des investissements nécessaires à une transformation en profondeur des modes de production et de consommation. La dépendance à une solution externe, fondée sur l'exportation de déchets carbonés, pose aussi des questions sur la souveraineté énergétique et environnementale de la France. Des préoccupations environnementales subsistent quant aux risques de fuites de CO₂ stocké sous la mer et leurs impacts sur les écosystèmes marins.
La rapidité de la promulgation de la loi et de la signature de l'accord souligne la volonté politique d'avancer rapidement sur le dossier du CSC. Pour le gouvernement, il s'agit d'une solution complémentaire aux autres leviers de la transition énergétique, tels que le développement des énergies renouvelables ou l'efficacité énergétique. La Direction générale de l'énergie et du climat insiste d'ailleurs sur le caractère « nécessaire » du CSC pour atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050, arguant que toutes les options doivent être envisagées.