"La relation humain-machine reste à construire" (Laurence Devillers)
Propos recueillis par Lysiane J. Baudu
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Photo d'illustration
Olivier Ezratti
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L'intelligence artificielle peut-elle tout faire aujourd'hui ?
Laurence Devillers- En tout cas, elle agit dans des domaines que nous ne pouvions pas soupçonner il y a peu. Cela va du développement massif des réseaux sociaux aux secteurs de la santé. D'ailleurs, nous devons anticiper ce que fera l'IA demain - par exemple, offrir la possibilité, via des chatbots, de converser avec des personnes décédées grâce à des textes originaux qui auront été fournis aux machines. Le projet existe déjà au Japon pour aider à faire le deuil d'un proche disparu, mais avec une durée de 49 jours, le temps du deuil selon la tradition bouddhiste. Ce qui pose la question de notre rapport à ces objets. Or, aucune réglementation n'existe à l'heure actuelle... La société doit débattre sur ce sujet comme sur bien d'autres relatifs au déploiement du numérique et de l'IA. Quoi qu'il en soit, il n'y aura pas de retour en arrière. Et j'espère que lors de la campagne présidentielle, l'IA, le numérique et la technologie seront au cœur des débats, que ce soit sur l'absence de rôles modèles féminins dans le secteur, la puissance des outils fondés sur l'IA ou la dépendance vis-à-vis de l'étranger, à travers les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft).
Bien que les femmes soient peu présentes en science, nous avons d'excellentes chercheuses à l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (INRIA), au CNRS ainsi qu'au Collège de France. Cependant, elles ne sont pas assez mises en avant dans les médias et, en conséquence, elles ne suscitent pas d'attirance pour ces secteurs chez les filles. La Fondation Blaise Pascal, dont j'assure la présidence avec comme président d'honneur Cédric Villani, a pour vocation de soutenir la médiation scientifique en mathématiques et en informatique notamment pour les jeunes, les filles et les publics défavorisés socialement et géographiquement.
Les machines seront-elles dotées des mêmes facultés, y compris émotionnelles, que les humains ?
Propos recueillis par Lysiane J. Baudu