Clément Saad est né dans le Sud, à Montpellier plus précisément. Et c'est dans cette cité très prisée des étudiants qu'il fait ses études de mathématiques puis d'informatique. Après son master, le ministère de la Défense lui commande une thèse sur les algorithmes d'organisation pour des réseaux de capteurs. « Comme je suis quelqu'un d'impatient, je l'ai terminée en deux ans et demi à l'été 2008 », évoque le trentenaire.
C'est l'année où les smartphones et les tablettes envahissent le marché de la téléphonie, et le jeune docteur en informatique comprend vite que les enjeux de sécurité vont toucher les applications mobiles plutôt que les terminaux eux-mêmes.
En étudiant ces applis, il repère très vite « un trou dans la raquette » de la sécurité. « Début 2009, j'en parle à mon ami Vivien Raoul et à mon frère Stéphane, qui finissait son école de commerce, et les deux me rejoignent sur le projet », raconte Clément Saad. Enseignant à l'université de Montpellier, il en profite pour recruter les meilleurs de ses étudiants.
Au début, il s'appuie sur son salaire de professeur, tandis que ses associés travaillent bénévolement. « Créer son entreprise est un vrai sacrifice, qui peut en décourager plus d'un. Sans le soutien de ma femme, cadre dans une société informatique, je ne sais pas si j'y serais arrivé », avoue ce père de deux garçons de 5 et 9 ans.
En octobre 2010, Pradeo est créé, et remporte rapidement plusieurs concours consacrés à l'innovation, récoltant ainsi plusieurs centaines de milliers d'euros. Les associés attendent 2012 pour faire leur première levée de fonds, d'un million d'euros, auprès de fonds d'investissement et de business angels. « Il faut lever de l'argent quand vous n'en avez pas besoin », estime Clément Saad. Quelques mois plus tard, le jeune dirigeant rembourse ses business angels et recrute des managers, à condition qu'ils investissent dans Pradeo.
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« Quand on a mis son argent dans une société, on ne se bat pas de la même façon que si on reçoit quelques actions », affirme le cofondateur de la startup.
Une fois la phase commerciale consolidée et les produits finalisés, la démarche industrielle débute mi 2013. À la fin de cette année-là, Pradeo a réalisé un chiffre d'affaires de 150 000 euros. En 2014, première année pleine de commercialisation, les ventes atteignent un million, et la société devient profitable.
En 2014, la startup mandate la société américaine Gartner Group pour réaliser une étude sur ses concurrents. Le cabinet détecte deux sociétés américaines sur ce créneau de la sécurité mobile. Elle ajoute qu'aucune n'égale les performances de la solution de Pradeo qui analyse les applications mobiles et les décortique de manière exhaustive pour révéler leurs actions : voler les contacts, installer des virus, enregistrer les SMS, etc.
Très vite, des mastodontes de la tech comme Samsung, IBM et Microsoft concluent des partenariats avec la startup montpelliéraine. « Ces géants technologiques intègrent nos solutions dans leurs produits. De notre côté, nous bénéficions de leur puissance commerciale. C'est un accélérateur de croissance extraordinaire », apprécie le cofondateur de Pradeo.
Depuis ce décollage, la société connaît une croissance à deux chiffres, a ouvert une filiale à San Francisco et à Londres, et a construit un réseau de revendeurs en Asie. Bien implanté dans le secteur du « B to B», Pradeo pourrait s'attaquer au marché des particuliers, mais uniquement via des partenariats avec des opérateurs téléphoniques. L'appli gratuite Checkmyapps sur Android permet déjà de détecter un premier niveau de malveillance : vert, c'est bon, orange, moyen et rouge, dangereux.
La startup envisage une deuxième levée de fonds pour s'implanter dans tous les pays européens et en Asie. Les développeurs d'applis malveillantes sont prévenus : Pradeo veille !
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