Gauthier Vignon et Matthieu Régnier démocratisent l'impression 3D

Geneviève Hermann

Geneviève Hermann
Dès l'entrée, dans les bureaux de Dagoma, au premier étage d'une ancienne usine textile réhabilitée en plein coeur de Roubaix, le regard est attiré par une centaine de petites machines identiques posées sur plusieurs rangées d'étagères. Elles se meuvent toutes seules silencieusement. On dirait des jeux de construction. L'hôte des lieux, Gauthier Vignon, y jette un coup d'oeil pour vérifier si tout va bien et fait signe à son associé, Matthieu Régnier, occupé à préparer des commandes à l'autre bout de la pièce. Les jeux sont en fait des machines d'impression 3D qui se reproduisent elles-mêmes avant d'être expédiées en kit ou préinstallées. Respectivement vendues à 299 et 399 euros, elles partent comme des petits pains. Dagoma a lancé ses premières ventes en janvier 2015 sur Internet auprès du grand public. En octobre 2015, moins d'un an plus tard, la jeune entreprise enregistrait déjà près de 200 commandes sur un seul mois.
À en croire Gauthier Vignon et Matthieu Régnier, les deux fondateurs de cette startup née en juillet 2014 à Tourcoing, la démocratisation de l'impression 3D va changer le monde dans lequel nous vivons. Ils en sont convaincus et parlent d'une même voix quand il s'agit de défendre l'idée d'une société où chacun aurait plus de liberté et d'autonomie pour créer son environnement en fonction de ses désirs.
L'« ubérisation » de l'économie se déploie pour le bénéfice de tous dans la mesure où cette approche des échanges rend chaque individu artisan de sa manière de vivre. Pour Gauthier Vignon, le principe de liberté est également très important.
Les dirigeants de Dagoma prônent également le retour à une fabrication locale des produits. Les sept années durant lesquelles Gauthier Vignon a travaillé en Chine l'ont convaincu de l'absurdité de rémunérer de quelques pièces de monnaie des gens qui fabriquent des objets dont ils n'ont aucune utilité. Encore moins quand ces objets ont une durée de vie très courte et rapportent de l'argent à des intermédiaires qui ne créent pas de valeur.
Les créateurs de Dagoma sont sur la même longueur d'onde. Ils l'ont compris lors de leurs premiers échanges. C'était fin 2011. Ils faisaient alors partie des équipes d'Adeo à Shanghai et travaillaient dans le même immeuble. Rien ne les prédisposait à se rencontrer. Gauthier Vignon était directeur de la qualité et avait son bureau au 11e étage.
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Diplômé d'une école d'ingénieur de Blois, marié et père d'une petite fille, il aime les livres, le jardinage et prendre son temps. Originaire de Tourcoing, Matthieu Régnier pilotait une équipe de développeurs Web au septième étage. Sportif et musicien, il ne tient pas en place. L'un est PC. L'autre est Mac. Mais quand des Français travaillent loin de leur pays natal, au sein d'une entreprise où la grande majorité du personnel est chinois, ils rentrent vite en relation.
Ayant pris l'habitude de se déplacer à vélo, ils ont l'idée d'en réaliser un rapide à plier et facile à transporter. Faire construire un prototype coûte trop cher. Ils décident de le fabriquer en résine sur une imprimante 3D et achètent une machine en kit. Impossible de l'installer correctement. Ils optent alors pour une autre déjà montée, mais mettent plus d'une semaine à la faire tourner. Ayant compris comment régler ce genre d'engins, ils se mettent à en construire pour leurs copains. Entretemps, ils ont abandonné leur projet de vélo compte tenu du coût de fabrication des pièces. Qu'à cela ne tienne, ils créent leur entreprise à Shanghai comme prévu. Non pas pour mettre en oeuvre des vélos, mais des imprimantes 3D.
En 2014, ils décident de rentrer en France. Matthieu part le premier. De retour à Tourcoing, des relations familiales le mettent en contact avec des structures d'accompagnement comme LMI Innovation et Réseau Entreprendre Nord.
Les deux hommes ne regrettent pas leur choix, même si Gauthier fait l'aller-retour entre Roubaix et Nantes toutes les semaines pour retrouver sa famille. Il en est même ravi.
Dans une entreprise libérée, rien n'interdit de travailler à distance.
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MODE D'EMPLOI
Où les rencontrer ? Dans leur entreprise, où ils arrivent tôt le matin et d'où ils partent tard le soir. Également dans la plupart des Startup Week-ends organisés en France et auxquels ils participent bénévolement.
Comment les aborder ? Avec de l'énergie et de la passion. Ils aiment les personnes dont les yeux pétillent quand elles parlent de leurs centres d'intérêt. « J'ai du mal à rester inactif. Si mon interlocuteur arrive à m'occuper l'esprit, je rentre dans la discussion », précise Matthieu Régnier.
À éviter ! Parler de la pluie et du beau temps...
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