« Souvent dénigrée, la recherche française n'a pas à rougir ! »

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(Crédits : DR)
La quatrième édition du Hello Tomorrow Global Summit se tient les 26 et 27 octobre à Paris. Plus de 3.000 personnes sont attendues pour découvrir 500 innovations qui pourraient changer le monde dans les prochaines années. Rencontre avec Guillaume Vandenesch, le directeur général de l'ONG Hello Tomorrow, organisateur du sommet, dont La Tribune est l'un des partenaires médias.

LA TRIBUNE - Pourquoi créer un événement autour des deep tech, ces startups à très haute valeur ajoutée technologique focalisées sur l'innovation de rupture ?

GUILLAUME VANDENESCH - La révolution numérique, la transition énergétique et l'arrivée à maturité de nouvelles technologies comme l'intelligence artificielle, sont amenées à changer drastiquement la société et l'économie. Cela donne l'opportunité à des entrepreneurs, partout dans le monde, de créer des solutions totalement inédites, sur la base d'innovations scientifiques et techniques dites « de rupture », capables de répondre à ces nouveaux défis dans tous les domaines, de l'industrie à la santé, en passant par l'agriculture, l'environnement, l'énergie, l'aérospatial, le bienêtre, les mobilités... Le Hello Tomorrow Global Summit vise donc à rassembler tous les ans la crème de la crème des innovateurs du monde entier. Ces entrepreneurs, qui travaillent souvent dans leur labo de manière isolée, ont besoin de se connecter à leur écosystème, car le transfert de ces innovations scientifiques et technologiques en produits sur le marché reste encore peu fréquent, particulièrement en France. Les entrepreneurs de la deep tech ont besoin de beaucoup d'investissements en capital et de beaucoup plus de temps avant de commercialiser un produit. Ils viennent donc au Hello Tomorrow Global Summit pour échanger avec d'autres entrepreneurs, qui travaillent sur des technologies similaires dans des domaines complètement différents. Mais aussi et surtout pour rencontrer des investisseurs qui leur permettront de se développer, et pour tisser des liens avec des grands groupes qui ont vocation à se transformer avec eux. 3 000 personnes, dont 50 % d'étrangers, sont attendues pour découvrir des innovations qui pourraient changer le monde.

Comment distinguer les vraies innovations de rupture des projets très futuristes, dont on ne sait s'ils pourront être viables un jour ?

Les 500 innovateurs que nous avons sélectionnés présentent un potentiel révolutionnaire non pas dans dix ou vingt ans, mais demain, c'est-à-dire dans deux, trois ou cinq ans. À la différence d'autres événements, Hello Tomorrow, comme son nom l'indique, est vraiment dans le concret. Ici, pas de science-fiction, pas de projection sur un monde futuriste qui pourrait ne jamais exister. Toutes les startups présentes disposent de validations scientifiques solides et d'innovations qui peuvent arriver sur le marché à court terme.

Comment avez-vous sélectionné ces 500 entrepreneurs et comment mettre en valeur les meilleures innovations ?

Pendant le sommet se déroule un concours de startups, le Hello Tomorrow Challenge, qui a débuté au printemps par un appel à projets dans le monde entier. Nous avons reçu 3000 candidatures venant d'une centaine de pays. Beaucoup de startups ont été repérées grâce à notre réseau mondial de volontaires, qui sont très bien connectés aux universités et au tissu entrepreneurial de leur zone géographique. Nos équipes effectuent ensuite une présélection pour retenir entre 1000 et 1200 dossiers, ceux qui présentent un vrai potentiel de transformation. Puis un jury d'experts, composé d'entrepreneurs, de chercheurs et d'investisseurs, affine la sélection jusqu'aux 500 startups invitées à participer au sommet. Enfin, un autre jury, composé de nos partenaires industriels, d'autres investisseurs et divers spécialistes, se penchent sur le Top 500 pour choisir 75 finalistes, répartis en dix catégories de sept ou huit startups chacune : santé, aérospatial, mobilité, industrie 4.0, bien-être, environnement, alimentation et agriculture, transition énergétique, data et intelligence artificielle, et nouveaux matériaux. Pendant le sommet, ces 75 startups « pitchent » leur innovation. Le jury choisit un gagnant par catégorie. L'un d'entre eux reçoit en plus le titre de grand gagnant du Hello Tomorrow Global Summit, doté de 100 000 euros, contre 15 000 euros pour les neuf autres gagnants.

Que deviennent ceux qui n'ont pas été choisis parmi les 75 finalistes ?

Ils ne viennent pas pour rien, loin de là. Toutes les startups ont accès à l'Investor Day, la veille du sommet. Il s'agit d'une journée privée, chez Bpifrance, avec 70 fonds français et internationaux, où se créent de nombreuses opportunités de business. Les entrepreneurs peuvent aussi effectuer des présentations de leur innovation pendant le sommet, et rencontrer ainsi de nombreux potentiels partenaires et médias.

Le sommet présente un panorama mondial des startups deep tech. Comment se situe la France par rapport au reste du monde ?

Tous les ans, au moins un Français gagne un des dix prix. Je précise que nous ne pratiquons aucun quota, que les jurys sont différents pour chaque catégorie et qu'ils ne peuvent pas se concerter pour « équilibrer » les lauréats. En revanche, aucun Français n'a gagné le grand prix, mais la France est toujours très bien représentée, à la fois dans le Top 500 et dans les 75 finalistes. Cela révèle la grande qualité des entrepreneurs et de la recherche française, que beaucoup dénigrent à tort. La France n'a vraiment pas à rougir.

Dans le détail, la France place cette année 64 projets dans le Top 500 et huit dans les 75 finalistes. Dans cette dernière catégorie, c'est le deuxième contingent mondial derrière les ÉtatsUnis (20) et devant le Royaume-Uni (sept), l'Inde (six), puis la Suisse et l'Allemagne (quatre). Nous avons remarqué que notre sélection de finalistes reflète toujours assez fidèlement le classement des universités de Shanghai. À quelques exceptions près, le Top 10 de Shanghai fournit une bonne partie des 75 finalistes. C'est peut-être pour cela que d'autres pays, parce qu'ils disposent d'universités de très grand niveau, ont un meilleur ratio que la France. La Suisse, par exemple, n'a que 11 projets dans le Top 500 car c'est un très petit pays, mais en place quatre dans les 75 finalistes et a gagné au moins un prix tous les ans. Israël fait aussi partie de ces petits pays qui se distinguent par la qualité de leur recherche.

Observez-vous de nouvelles tendances dans l'innovation deep tech ?

L'Inde n'arrête pas de progresser. Grâce à un excellent tissu universitaire, notamment la filiale du MIT à Madras, le nombre de candidatures explose. C'est une vraie tendance, comme, en général, la montée en puissance de l'ensemble de l'Asie, même s'il est très difficile de savoir ce qui se fait en Chine. L'Afrique et l'Amérique du Sud sont en retard, mais on commence à voir des projets qui rivalisent, en qualité, avec ceux des pays d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Asie. Pour la première fois, il y a un Kenyan et un Brésilien parmi les 75 finalistes. Enfin, nous avons créé cette année la catégorie des Nouveaux matériaux car la transformation énergétique entraîne énormément d'innovations dans ce domaine, notamment autour des nouvelles batteries.

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Commentaires
a écrit le 26/10/2017 à 19:02 :
Il y a le classement de Shangai d'un côté et la réalité de l'autre, et la réalité c'est que les USA ne doivent leurs progrès scientifiques et techniques qu'à leur pouvoir à attirer des cerveaux venus d'autres pays.
Or ces autres pays (notamment la Chine) ont de plus en plus la capacité à retenir leur talents.
Réponse de le 27/10/2017 à 15:17 :
@johnmackagan: et c'est la raison pour laquelle le pouvoir change de main au cours des siècles. La Chine sera probablement le prochain pays le plus puissant de la planète, mais il faudra quand qu'elle mette fin à ses pratiques politiques et démocratiques d'une autre âge :-)
Réponse de le 27/10/2017 à 18:48 :
@patrickb
Oui mais c'est pas gagné. Déjà parce que la Chine s'enrichit, ce qui permet de donner une certaine légitimité au régime vu de l’intérieur et d'un autre côté parce que le parti a un contrôle total du web chinois.

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