DEBAT. NFT : trois lettres qui ont fait une entrée remarquée dans l'univers de la tech. Ces jetons non fongibles sont des certificats d'authentification d'objets digitaux basés sur la blockchain, dont les prix se sont envolés en quelques mois. Arnaque ou futur du digital ? Lors du Think Tech Summit organisé par la Tribune le 28 mars au Grand Rex, deux experts ont exposé leurs arguments pour et contre.Si vous êtes prêt à acheter le premier SMS de l'histoire pour 107.000 euros ou le premier tweet de Jack Dorsey, fondateur de Twitter, pour 2,4 millions c'est que vous faites partie des 2% de Français qui ont choisi d'investir dans les NFT, principalement des jeunes, selon une étude de l'Adan (Association pour le développement des actifs numériques).
Pour tous les autres, ces trois lettres mystérieuses signifient "Non-Fungible Token" ou jetons non fongibles (uniques). Il s'agit de fichiers numériques (photos, vidéos, messages, fichiers audio, etc.) auxquels sont attachés un certificat d'authenticité stocké dans la blockchain. À ne pas confondre avec les cryptomonnaies, comme le Bitcoin ou l'Ether, qui servent notamment à acheter ces NFT.
En 2014, l'artiste et cofondateur de la plateforme Monegraph Kevin MacCoy tweete sur le transfert de propriété d'une de ses œuvres digitales via le logiciel Readymade NFT. Mais c'est en 2017 que la hype autour de ces jetons explose avec les CryptoKitties (chats virtuels) considérés comme les premiers véritables NFT. La collection de CryptoPunks, petits personnages utilisés comme avatars par des stars comme Snoop Dog ou Jay Z, a atteint la somme de 1,6 milliard de dollars. D'où l'accusation récurrente de bulle spéculative associée à ces fichiers numériques. Jérôme de Tychey, fondateur de Cometh, un jeu qui repose sur la blockchain et les NFT et président d'Ethereum France, est un défenseur convaincu de ces jetons non fongibles.
« Vive les NFT qui offrent un nouveau medium d'expression artistique, qui ont engendré une première licorne made in France avec Sorare (éditeur de cartes virtuelles de footballeurs qui a levé 680 millions de dollars en septembre 2021 NDLR) et dont l'interopérabilité qu'ils permettent offre une perspective nouvelle pour le jeu en réseau ! » s'est-il exclamé sur la scène du Grand Rex. Gilles Cadignan, fondateur et président de Woleet, une solution de certification des documents d'entreprises grâce au protocole Bitcoin, est loin de partager cet enthousiasme : « ces trois lettres sont comme une incantation. Quand on les prononce, on est tout de suite à la mode. Mais rappelez-vous les ICO (levées de fond en cryptomonnaies) de 2018 censées révolutionner le financement des startups. On est en 2022 et plus personne ne fait d'ICO ... ».