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Ventes de pages vues, de (faux) amis et de "j'aime" : un marché en plein boom

Photo de Nicolas Richaud

Nicolas Richaud

Publié le 16 septembre 2013 à 13:32 - Mis à jour le 16 septembre 2013 à 19:44

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Quelque 1,6 million de personnes "aiment" la page Facebook de soutien au bijoutier de Nice qui revendique la légitime défense après la mort d'un cambrioleur, un succès qui soulève une polémique. Certains experts suspectent les créateurs de la page d'avoir acheté des "faux amis" sur Internet. Car le marché des "clics" est lui bien réel et n'a pas attendu ce fait divers pour trouver sa clientèle.

100.000 "j'aime" un jour après son lancement, 1 million en trois jours, près de 1,6 million en cinq jours : sur le réseau social Facebook, les soutiens au bijoutier de Nice - qui a tué d'un coup de feu un des braqueurs ayant dévalisé son magasin mercredi 11 septembre et a ensuite été mis en examen - se multiplient et ce qui n'était qu'un fait divers semble en voie de se muer en un débat de société.

Ce mouvement de soutien a été lancé sur les réseaux sociaux et se réclame de la plus pure tradition de ces initiatives 2.0 : spontané, impulsif, au fonctionnement très horizontal, à l'instar des "pigeons", anonymous et autres "indignés".

Des chiffres gonflés artificiellement ?

Mais un doute plane quant à la véracité de ces soutiens et certains soupçonnent les créateurs de la page Facebook d'avoir acheté de "faux amis" sur Internet pour gonfler les chiffres.

Une question difficile à trancher selon Guilhem Fouetillou, co-fondateur de l'agence Linkfluence. "Les seuls qui ont la preuve, ce sont les propriétaires de la page et Facebook" déclare t-il sur iTélé.

"C'est un marché qui est florissant"

Quoi qu'il en soit, ce marché noir est en plein essor selon lui :

C'est un marché qui est florissant, qui est évidemment peu légal, et contre lequel se bat Facebook. Le prix moyen tourne autour des 20 dollars les 1.000 "likes".

"Il y a parfois un pic d'activité lorsqu'il y a un buzz sur le sujet comme c'est le cas actuellement"

39 euros les 1.000 "j'aime" sur Facebook, 65 euros les 50.000 vues sur Youtube, 149 euros les 5.000 Followers sur twitter : les offres sont multiples et se déclinent sur les différents réseaux sociaux. En France, les premières entreprises proposant ce type d'offres sont apparues il y a deux-trois ans maintenant.

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Parmi les premières à s'être lancées sur ce marché, on retrouve notamment la société acheterdesfans ou Boostic. Depuis, elles ont été rejointes par de nombreuses entreprises concurrentes. Le marché des clics, un nouvel eldorado ? Pas tant que ça, si l'on en croit les propos de Léo Caillart, l'un des associés de Boostic :

Notre niveau d'activité est très correct mais c'est un marché plutôt stable depuis deux ans, même s'il y a parfois un pic d'activité lorsqu'il y a un buzz autour du sujet comme c'est le cas actuellement. Cependant, je ne pense pas que ce secteur puisse trop se développer. Pas mal d'entreprises et de personnes sont frileuses, notamment pour des questions d'éthique.

Des entreprises aux groupes de musiques en passant par le gouvernement américain

Concernant la clientèle, si les entreprises sont les plus demandeuses, les profils sont tout de même relativement variés :

Il y a un bon nombre d'entreprise qui constatent qu'elles sont en retard sur les réseaux sociaux et que leurs concurrents ont par exemple plus de "likes" qu'elles sur Facebook. Mais il y a aussi des petites jeunes qui s'achètent de la fausse notoriété sur Twitter pour draguer et il y a également des groupes de musique qui s'achètent des vues sur Youtube avant d'aller démarcher des maisons de disques.

Il y a quelques semaines, un client un peu particulier de ces sites a été révélé au grand jour : le gouvernement américain ! Ce dernier aurait ainsi dépensé près de 500.000 euros entre 2011 et 2013 pour s'acheter des fans sur Facebook.

>> Pas assez aimé, le gouvernement américian s'achète des amis sur Facebook

En 2012, près de 3 milliards de faux "like"

Le marché étant encore très nébuleux, difficile d'en évaluer le poids financier. Boostic, qui ne communique pas son chiffre d'affaires, revendique par exemple plus de 10.000 clients aux Etats-Unis.

Il y a un an, Facebook reconnaissait que sur ses 955 millions de membres à l'époque, 83 millions étaient douteux. Ce qui représentait alors près de 3 milliards de faux "like".

Des méthodes plus ou moins légales

Pour la méthode, Boostic confie s'appuyer sur une base de données de plusieurs millions d'utilisateurs et cible ceux susceptibles d'être intéressés par l'entreprise, la personne, ou autres, en quête de notoriété. Du web-marketing classique et qui n'a rien d'illégal, selon  Léo Caillart :

Nous respectons la législation, nous ne faisons rien d'illégal aux yeux de la France ni d'un autre pays. Aucune procédure n'a jamais été ouverte à notre encontre, y compris de la part de Facebook.

Certaines entreprises ont cependant recours aux techniques moins légales, dites de "clickjacking", (ou "likejacking" pour Facebook précisément), ou bien encore à la création de faux comptes.

Une dérive propre aux réseaux sociaux ?

Mais cette tendance est-elle réellement une conséquence directe des réseaux sociaux ? Difficile d'être affirmatif. Après tout, le gonflement artificiel des chiffres n'est pas un phénomène nouveau.

À lire également

  • Pas assez aimé, le gouvernement américain s'achète des amis sur Facebook
  • Combien vaut (vraiment) Twitter ?
  • Youtube dépasse un milliard d'usagers par mois

En témoigne, par exemple, les pratiques anciennes et toujours en vogue des organisateurs de manifestations à l'issue de tous les défilés, qu'ils se revendiquent de gauche, de droite,  politique ou pas, et qui n'hésitent jamais à gonfler les chiffres de participations. Mais cela ne coûte rien. Tandis qu'avec sur les réseaux sociaux, des entreprises privées vous présentent la note à la fin. Mais après tout, quand on aime, on ne compte pas…

Nicolas Richaud

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