Ventes de pages vues, de (faux) amis et de "j'aime" : un marché en plein boom

Nicolas Richaud

Nicolas Richaud
100.000 "j'aime" un jour après son lancement, 1 million en trois jours, près de 1,6 million en cinq jours : sur le réseau social Facebook, les soutiens au bijoutier de Nice - qui a tué d'un coup de feu un des braqueurs ayant dévalisé son magasin mercredi 11 septembre et a ensuite été mis en examen - se multiplient et ce qui n'était qu'un fait divers semble en voie de se muer en un débat de société.
Ce mouvement de soutien a été lancé sur les réseaux sociaux et se réclame de la plus pure tradition de ces initiatives 2.0 : spontané, impulsif, au fonctionnement très horizontal, à l'instar des "pigeons", anonymous et autres "indignés".
Mais un doute plane quant à la véracité de ces soutiens et certains soupçonnent les créateurs de la page Facebook d'avoir acheté de "faux amis" sur Internet pour gonfler les chiffres.
Une question difficile à trancher selon Guilhem Fouetillou, co-fondateur de l'agence Linkfluence. "Les seuls qui ont la preuve, ce sont les propriétaires de la page et Facebook" déclare t-il sur iTélé.
Quoi qu'il en soit, ce marché noir est en plein essor selon lui :
39 euros les 1.000 "j'aime" sur Facebook, 65 euros les 50.000 vues sur Youtube, 149 euros les 5.000 Followers sur twitter : les offres sont multiples et se déclinent sur les différents réseaux sociaux. En France, les premières entreprises proposant ce type d'offres sont apparues il y a deux-trois ans maintenant.
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Parmi les premières à s'être lancées sur ce marché, on retrouve notamment la société acheterdesfans ou Boostic. Depuis, elles ont été rejointes par de nombreuses entreprises concurrentes. Le marché des clics, un nouvel eldorado ? Pas tant que ça, si l'on en croit les propos de Léo Caillart, l'un des associés de Boostic :
Concernant la clientèle, si les entreprises sont les plus demandeuses, les profils sont tout de même relativement variés :
Il y a quelques semaines, un client un peu particulier de ces sites a été révélé au grand jour : le gouvernement américain ! Ce dernier aurait ainsi dépensé près de 500.000 euros entre 2011 et 2013 pour s'acheter des fans sur Facebook.
Le marché étant encore très nébuleux, difficile d'en évaluer le poids financier. Boostic, qui ne communique pas son chiffre d'affaires, revendique par exemple plus de 10.000 clients aux Etats-Unis.
Il y a un an, Facebook reconnaissait que sur ses 955 millions de membres à l'époque, 83 millions étaient douteux. Ce qui représentait alors près de 3 milliards de faux "like".
Pour la méthode, Boostic confie s'appuyer sur une base de données de plusieurs millions d'utilisateurs et cible ceux susceptibles d'être intéressés par l'entreprise, la personne, ou autres, en quête de notoriété. Du web-marketing classique et qui n'a rien d'illégal, selon Léo Caillart :
Certaines entreprises ont cependant recours aux techniques moins légales, dites de "clickjacking", (ou "likejacking" pour Facebook précisément), ou bien encore à la création de faux comptes.
Mais cette tendance est-elle réellement une conséquence directe des réseaux sociaux ? Difficile d'être affirmatif. Après tout, le gonflement artificiel des chiffres n'est pas un phénomène nouveau.
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En témoigne, par exemple, les pratiques anciennes et toujours en vogue des organisateurs de manifestations à l'issue de tous les défilés, qu'ils se revendiquent de gauche, de droite, politique ou pas, et qui n'hésitent jamais à gonfler les chiffres de participations. Mais cela ne coûte rien. Tandis qu'avec sur les réseaux sociaux, des entreprises privées vous présentent la note à la fin. Mais après tout, quand on aime, on ne compte pas…
Nicolas Richaud