Amazon de plus en plus dépendant de ses activités cloud

 |   |  890  mots
Amazon Web Services, la filiale cloud du géant, réalise 80% des bénéfices du groupes.
Amazon Web Services, la filiale cloud du géant, réalise 80% des bénéfices du groupes. (Crédits : Pascal Rossignol)
Hors cloud, Amazon a dégagé seulement 504 millions de dollars de bénéfices sur le second trimestre 2019. Cela, malgré un chiffre d'affaire toujours en hausse. En cause, la mise en place de la livraison en 24 heures, qui a ralenti la branche e-commerce, coeur d'activité de Amazon.

Petites turbulences pour la fusée Amazon. Après un premier trimestre 2019 conclu avec un bénéfice record à plus de trois milliards de dollars, la firme de Seatlle marque le pas. Pourtant, elle a présenté un chiffre d'affaires colossal de 63,4 milliards de dollars au deuxième trimestre, en augmentation de 20% par rapport à l'an dernier. Mais son bénéfice stagne presque, à 2,6 milliards de dollars, seulement 4% supérieur à 2018. Surtout, ce bénéfice dépend plus que jamais des activités de sa filiale cloud (location de ressources informatiques, ndlr) Amazon Web Services, qui dégage à elle seule 80% du total... alors qu'elle ne pèse que pour 13,2% de son chiffre d'affaires. Ce déséquilibre s'explique en partie par les mauvaises performances de la branche e-commerce. 
Amazon a investit 800 millions de dollars dans la mise en place de la livraison en 24 heures pour les comptes Prime, et l'activité n'est pour l'instant pas rentable. En conséquence, le titre a d'abord perdu 2% après la clôture de la Bourse, mais est remonté après que les analystes ont approuvé ce mouvement stratégique.

Livraison en 24 heures, un investissement au long cours...

Les abonnés à Prime, le service premium d'Amazon, disposaitent jusqu'ici d'une garantie de livraison en 48 heures. L'ambitieux PDG Jeff Bezos veut diviser par deux cette attente. Il s'attaque ainsi à de complexes problèmes logistiques. La mise en place de ce nouveau service a généré plus de 800 millions de dollars de dépenses. D'après Brian Olvavsky, directeur financier du groupe, Amazon a dû faire face à des coût additionnels dans les entrepôts, et la rapidité de la mise en place à affecté leur productivité.

"La livraison en un jour est désormais disponible pour les abonnés de Prime sur plus de 10 millions de produits, et ce n'est qu'un début", s'est-tout de même félicité le fondateur d'Amazon.

Selon Charlie O'Shea, analyste chez Moody's, les investissements nécessaires pour proposer cette livraison en 24 heures ont coûté à Amazon une réduction de sa marge, Interrogé par l'AFP, il accorde cependant du crédit à cette décision :  "C'est un coût à court terme qui sera payant sur le long terme, et nécessaire stratégiquement pour offrir un avantage compétitif aux consommateurs par rapport à la distribution en dur".

Mettre en place ce service "a créé un choc dans le système", a admis Brian Olsavsky, lors d'une conférence avec les analystes jeudi. "Nous travaillons à le résoudre, et nous allons y travailler pendant plusieurs trimestres. Mais quand la poussière sera retombée nous regagnerons en efficacité", a-t-il projeté.

La firme de Seattle a dû mettre en place ce service pour répondre à la riposte des géants de la distribution.

"Les grandes surfaces traditionnelles comme Walmart et Target ont accéléré leurs efforts au niveau de la vente en ligne et elles ont l'avantage de pouvoir offrir la livraison en magasin, pour les consommateurs qui veulent récupérer leurs achats rapidement", décrypte Neil Saunders, directeur de GlobalData Retail, pour l'AFP. "Amazon n'a pas vraiment cette possibilité donc il était obligé de répliquer en offrant une livraison plus rapide gratuitement".

... permis par la locomotive cloud AWS

Neil Saunders estime qu'à moyen terme Amazon pourrait réduire ses coûts en automatisant encore davantage ses entrepôts et ses systèmes de livraison, tandis que ses concurrents traditionnels devront eux aussi proposer des services encore plus rapide pour rester dans la course.

"Cela va aussi leur coûter cher mais, contrairement à Amazon, ils n'ont pas de divisions très lucratives pour amortir l'érosion de leur marge, comme le cloud", remarque-t-il.

Amazon Web Service s'accapare près d'un tiers du marché grandissant et lucratif marché du cloud. Son dauphin, Microsoft Azure reste à bonne distance, avec seulement 16% du marché. En conséquence, la branche cloud dégage 8,4 milliards de dollars de chiffres d'affaires, 37% de plus que l'année précédente. Déjà au dernier trimestre, le cloud représentait la moitié des bénéfices du groupe, pour seulement 12% du chiffre d'affaires. Ce trimestre, il dégage 2,1 milliards de dollars de bénéfices, en croissance de 21% par rapport à l'an dernier.

L'autre locomotive du groupe, plus petite mais en forte croissance, est la branche publicitaire. Ce trimestre, la publicité en ligne a dégagé plus de 3 milliards de dollars de revenus. Amazon ne détaille pas ses revenus publicitaires (qui sont compris dans les chiffres du e-commerce). Autrement dit, cette activité à marge élevée -les coûts étant très faibles dans la publicité en ligne- gonfle les performances d'Amazon dans le e-commerce et réalise certainement une grande partie de ses bénéfices. Il serait à ce titre intéressant qu'Amazon détaille clairement le poids de la publicité dans ses bénéfices du e-commerce, mais il risquerait en ce faisant d'attirer l'attention sur ses coûts exorbitants de distribution.

Le groupe table désormais sur un chiffre d'affaires compris entre 66 et 70 milliards de dollars au troisième trimestre (pour une croissance entre 17 et 24%) et un bénéfice opérationnel entre 2,1 et 3,1 milliards, largement inférieur aux 3,7 milliards de la même période en 2018. Brian Olsavsky a indiqué que cette perspective prenait en compte l'impact de la livraison en 24 heures, sans donner de chiffre.

(avec AFP)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 02/08/2019 à 20:10 :
Rien n'a changé dans le commerce depuis "Au bonheur des dames" de Zola.

L'achat par Internet est concurrencé par les chaines d'hypermarché en dur : Bezos tente d'y remédier avec la livraison sous 24 heures. Cette facilité coûte cher, elle n'est possible qu'en faisant des bénéfices à côté, le temps qu'il faudra pour faire bouger la concurrence.

Pour financer à terme la livraison sous 24 heures, il faudra que cette facilité capte du CA, et du bénéfice. Et ainsi priver les concurrents d'une partie du marché.

Ne serait-ce les modèles : "camionnette de livraison de site e-commerce" contre "voiture individuelle allant au super du coin" qui s'opposent ? Je me demande lequel est le plus efficace en économie d'énergie carbonée.
a écrit le 27/07/2019 à 9:43 :
Je pense que le mauvais calcul d'amazone est de parier sur la capacité ultra consumériste, bien réelle, des gens alors que la crise économique mondiale est en train d'anéantir le pouvoir d'achat, de chercher à toujours vouloir faire acheter plus à des gens qui le peuvent de moins en moins est plus que risqué.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :