Comment Facebook attise le feu des "Gilets jaunes"

Facebook gilets jaunes réseaux sociaux

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« La France en colère !!! », « Fly Rider infos blocage », « Nous Gilets Jaunes »... Depuis plusieurs semaines, des centaines de groupes et de pages pullulent sur Facebook pour tenter d'organiser le mouvement des Gilets jaunes. Utilisé comme un outil de communication et d'organisation pour les rassemblements, le réseau social de Mark Zuckerberg, qui compte en 2018 pas moins de 38 millions d'utilisateurs actifs mensuels en France, est crucial pour entretenir la colère citoyenne. Le 1er décembre dernier, encore près de 136.000 manifestants s'étaient rassemblés, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, engendrant de nombreux troubles à l'ordre public.
Tout est parti d'une simple pétition en ligne contre la hausse des taxes du carburant. Les internautes se sont ensuite emparés du réseau social pour exprimer leur désarroi et leur ras-le-bol à coups d'articles partagés, de vidéos coups de gueule et surtout d'appels aux blocage du pays. De fil en aiguille, des centaines de milliers d'internautes ont rejoint ces groupes, qui sont devenus les réceptacles d'une colère qui échappe aux syndicats et aux partis politiques. Pour Fabrice Epelboin, professeur à Sciences Po et spécialiste des médias sociaux et du web social, Facebook est donc devenu un "outil d'opposition" particulièrement redoutable:
Contacté par La Tribune, Facebook a affirmé ne pas être en mesure de chiffrer le nombre de groupes et de pages liés aux Gilets jaunes créés depuis le début du mouvement. Parmi les plus notables, on retrouve le groupe « Gilet Jaune » (137.000 membres) ou encore la page « Les Gilets Jaunes » (54.000 likes), qui diffuse des annonces de recrutement de militants ou encore des tutoriels pour se protéger contre le gazage lors des manifestations.
Dans ce mouvement sans chef, les administrateurs de groupes Facebook semblent avoir pris le rôle de porte-paroles, à l'instar de Priscillia Ludosky et d'Eric Drouet, à l'origine du groupe Facebook baptisé « La France en colère !!! », qui enregistre à ce jour plus de 200.000 membres.
Depuis le début du mouvement, plusieurs autres personnalités remarquées sur le web sont devenues des têtes d'affiche du mouvement. Certains d'entre eux s'apprêtent à rencontrer le Premier ministre, Edouard Philippe, ce mardi 4 décembre, dont Jacline Mouraud, qui a fait le tour de nombreux médias. Elle s'était fait connaître en se filmant avec son smartphone pour dénoncer la « traque » aux automobilistes en France. Sa vidéo a été visionnée plus de 6, 2 millions de fois sur le réseau social de Mark Zuckerberg.
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L'une des particularités des Gilets jaunes est que le mouvement est éparse et non-organisé, y compris sur Facebook. Depuis quelques jours, le mouvement tente toutefois de se structurer et de centraliser les informations avec notamment la création d'une carte via Google Maps. Elle permet de regrouper les détails de chaque manifestations (lieux, dates, horaires, etc.). Un site officiel des Gilets jaunes, qui se proclame comme étant la principale source d'informations relatives au mouvement, a également été lancé ce lundi 3 décembre.
Facebook joue aussi un rôle dans l'entretien de la colère via les informations qui circulent sur la plateforme. Certaines sont réelles, comme certaines photos et vidéos d'affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, qui sont devenues virales. Mais des fausses informations se joignent au flux. De nombreuses images ont notamment été détournées dans le but de suggérer des violences policières. Une photo de manifestantes tabassées par des CRS avait aussi été publiée au lendemain de la première manifestation, le 17 novembre, et avait été relayée plus de 130.000 fois sur Facebook. Il s'agissait, en fait, de photos de femmes ensanglantées prises en Espagne. Une vidéo, publiée le 30 novembre sur Twitter, montre également des CRS matraquer des enfants, sans que le contexte de la vidéo soit précisé. L'AFP Factuel, le service de fact-checking de l'agence de presse, a par la suite révélé que ces images dataient d'une mobilisation du 29 novembre 2015.
Pourtant, ces fake news, qui parviennent à attiser la colère des manifestants, n'auront pas d'impact sur la crédibilité du mouvement, selon Fabrice Epelboin, .
Les gilets jaunes avaient également dénoncé un complot de la part de Facebook, qui tenterait, selon eux, de censurer le mouvement sur le réseau social. De nombreuses publications ou événements ont été supprimés, mais l'entreprise américaine assure qu'elle n'a pas cherché à censurer les propos des manifestants.
Certains militants indiquent même avoir migré vers Télégram ou encore WhatsApp (une application appartenant à Facebook) pour éviter d'être censurés.
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Au lendemain du troisième samedi de mobilisation des gilets jaunes, plusieurs pages Facebook ont d'ores et déjà annoncé « L'Acte 4 » du mouvement. La page de l'événement qui aura lieu le samedi 8 décembre prochain a déjà fait plus de 15.000 intéressés et 2.400 participants.