"Gilets jaunes" : un impact économique "sévère et continu" selon Le Maire

Le maire rappelle orange a ses obligations de service universel
Gonzalo Fuentes

Le maire rappelle orange a ses obligations de service universel
Gonzalo Fuentes
Après un week-end de violences et d'affrontements sur tout le territoire, l'heure est au bilan. S'il est encore trop tôt pour avoir des estimations précises de l'impact économique, tous les professionnels appellent le gouvernement à un retour à la normale. Lors d'une réunion de crise ce lundi 3 décembre au matin, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a dressé un premier état des lieux des conséquences pour l'économie française. Et le tableau est loin d'être rassurant pour cette période de fin d'année.
Au plus bas dans les sondages, l'exécutif doit faire face à une situation d'urgence sur le plan économique. Ce lundi matin, onze dépôts de carburant exploités par Total étaient bloqués et 75 stations-service sur les 2.200 appartenant au groupe pétrolier étaient à sec.
À la suite d'une réunion avec une vingtaine de représentants d'organisations professionnelles, le ministre a livré quelques chiffres sur les pertes de certains secteurs et ils se révèlent faramineux.
L'industrie a également été frappée par les mobilisations de ces dernières semaines. Le secteur de l'automobile serait particulièrement touché chez "Renault et Peugeot, avec des baisses de commandes et des baisses encore plus importantes dans l'industrie agroalimentaire."
Selon la dernière enquête de Markit publiée ce lundi matin, l'industrie manufacturière française a connu sa plus faible croissance depuis deux ans. Les résultats mettent en évidence "une conjoncture difficile dans le secteur manufacturier français, les entreprises interrogées signalant une baisse du volume des nouvelles commandes, des suppressions d'emplois ainsi qu'une forte inflation de leurs coûts."
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Bruno Le Maire a profité de cette réunion pour annoncer quelques mesures afin de soutenir les entreprises en difficulté. "Depuis le 29 novembre dernier, les entreprises qui le souhaitent peuvent avoir recours au chômage partiel. S'agissant des ouvertures dérogatoires le dimanche, les commerces qui le souhaitent peuvent demander des dérogations. " De son côté, "la fédération bancaire française examine l'ensemble des situations de tous les artisans et commerçants des entreprises touchées" a précisé M. Le Maire.
"Cette crise est le produit de déchirements territoriaux qui menace notre unité nationale." Face à cette crise, Bruno Le Maire a jugé nécessaire "d'accélérer la baisse des impôts" mais aussi celle de la "dépense publique" pour répondre au plus vite au mouvement des "gilets jaunes".
Sur ce dernier point, le ministre a omis de préciser qu'il avait été aux responsabilités en tant que ministre de l'Agriculture sous Nicolas Sarkozy.
Les conséquences pour le commerce semblent également sévères. Selon un communiqué de la fédération du commerce, les blocages "ont eu des conséquences extrêmement négatives pour le commerce : magasins bloqués ou fermés, baisse de la fréquentation par les clients qui ne peuvent plus circuler, livraisons impossibles du fait du blocage des entrepôts, rupture sur de nombreux produits, sabotage des pompes à essence."
De son côté, le directeur général de l'alliance du commerce, Yohan Petiot, a indiqué "que le bilan est considérable voire irréversible pour certaines enseignes" . À Paris, "certains magasins ont enregistré une perte de 50% ce week-end avec plusieurs dizaines de millions d'euros en moins". Chez les salariés, il a constaté un impact psychologique fort. "Certaines enseignes ont mis en place des cellules de soutien psychologique à leurs salariés." Il espère un retour de "la libre-circulation des biens et des personnes."
Par ailleurs, toutes ces dégradations de magasins pourraient être bénéfiques pour d'autres supports. Comme l'a évoqué Jacques Creyssel, délégué général de la fédération du commerce et de la distribution, "qui va profiter de tout cela ? Ce sont les Gafa. Toutes les plateformes comme Amazon ou d'autres ne paient ni TVA ni impôt sur le chiffre d'affaires qui est généré en France. Ce sont des milliards qui échappent à l'État et aux contribuables."
Le secteur de l'hôtellerie est confronté à une baisse des réservations atteignant 15% à 20%. Selon la fédération professionnelle UMIH, le taux d'annulation varie entre 20% et 50% dans certains hôtels parisiens, tandis que le volume de réservations prévisionnelles est en chute de 10% à 15%. Présent lors de la réunion, le président du syndicat national des hôteliers-restaurateurs, Didier Chenet, a déclaré que l'impact "est moins fort en région qu'à Paris.
Au gouvernement, il réclame avant tout "la garantie de la sécurité des biens et des personnes." Il demande également à l'exécutif d'avancer l'exonération des cotisations sur les heures supplémentaires prévue au premier septembre 2019 pour la mettre en place au premier janvier. "Cette mesure peut avoir un coût mais elle aura un impact immédiat sur le pouvoir d'achat des Français." Pour son secteur, il veut demander "un moratoire sur la taxe de séjour régionale."
Au niveau de l'emploi, M.Chenet n'a pas avancé de chiffres mais a précisé que tous ces événements "pourraient avoir un très gros impact [....] avec vraisemblablement des mesures de chômage technique et des embauches qui pourraient être reculées ou annulées." Pour les jours à venir, il espère "qu'il n'y aura pas de week-end noir."
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Si le gouvernement ne réussit pas à calmer la colère et l'exaspération de milliers de Français dans les jours à venir, les conséquences pourraient encore s'aggraver pour de nombreux secteurs économiques déjà en proie à de sérieuses difficultés.
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