IA : l'envolée de Mistral, de start-up à décacorne en à peine deux ans

Cette levée de fonds est la quatrième pour Mistral depuis sa création en avril 2023.
Mistral AI

Cette levée de fonds est la quatrième pour Mistral depuis sa création en avril 2023.
Mistral AI
Mistral fait souffler les milliards. La start-up française d'intelligence artificielle (IA) a annoncé dans un communiqué ce mardi une levée de fonds en série C de 1,7 milliard d'euros, confirmant une information dévoilée la veille par l'agence de presse Reuters.
Ce nouveau tour de table, l'un des plus importants pour une jeune pousse française, lui permet de quasiment multiplier par deux sa valorisation, qui atteint désormais 11,7 milliards d'euros (près de 14 milliards de dollars). Elle devient ainsi la première décacorne de l'Hexagone, terme qui désigne les entreprises dont la valorisation se situe entre 10 et 49,9 milliards de dollars - le grade après celui de licorne (de 1 à 10 milliards) et avant celui de pentacorne (plus de 50 milliards). La Tribune revient en dix articles sur le développement à grande vitesse de cette entreprise lancée il y a seulement deux ans.
Cette levée de fonds est la quatrième pour Mistral depuis sa création en avril 2023. Et de loin la plus importante - la précédente, en juin 2024, avait atteint 600 millions d'euros.
Elle a en plus la particularité de faire entrer à son capital le géant des technologies ASML. Spécialisée dans la fabrication de machines de lithographie, des équipements indispensables à la production de semi-conducteurs, cette entreprise néerlandaise a mis sur la table 1,3 milliard d'euros à elle seule - le reste provient des fonds DST Global, Andreessen Horowitz, Bpifrance, General Catalyst, Index Ventures et Lightspeed ainsi que du géant américain des puces Nvidia.
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Cette alliance « a pour objectif de générer une forte plus-value à [nos] clients grâce à des produits et solutions innovants dopés à l'IA et offrira des pistes de recherche commune », a expliqué le patron d'ASML, Christophe Fouquet, cité dans le communiqué de Mistral. Au terme de l'opération, son groupe détiendra autour de 11 % du capital de Mistral, a-t-il précisé dans un communiqué distinct, devenant ainsi le premier actionnaire de la start-up après chacun des fondateurs, qui contrôlent encore majoritairement la société. ASML obtiendra par ailleurs un siège au conseil d'administration de Mistral, ce qui lui permettra de peser sur « les futures décisions stratégiques et technologiques », a précisé son dirigeant.
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Ce partenariat s'ajoute à la longue liste de ceux déjà signés par Mistral. Le dernier retentissement en date remonte au mois de juin : un rapprochement avec le géant américain Nvidia pour créer une plateforme de cloud (informatique à distance), sans beaucoup plus de détails apportés pour l'heure. Cette annonce faisait d'ailleurs suite à un projet de data center géant en Île-de-France annoncé en mai par les deux groupes, accompagnés par le fonds d'investissement émirati MGX. Un an plus tôt, c'est avec Microsoft que Mistral contractualisait.
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Il n'y a pas qu'avec les grands noms internationaux de la tech que Mistral a pactisé. La start-up s'est aussi rapprochée d'acteurs français de divers secteurs pour y déployer ses outils d'intelligence artificielle, notamment son robot conversationnel appelé Le Chat. « Dans les dix années qui viennent, notre ambition est d'être un des acteurs qui façonnent la technologie et la manière dont on l'utilise », a déclaré mi-janvier à l'AFP Arthur Mensch, l'un des cofondateurs de la start-up.
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Cette nouvelle levée de fonds permet à Mistral de « réaffirmer son indépendance », comme indiqué dans son communiqué. Une clarification qu'Arthur Mensch rappelle régulièrement, des rumeurs de rachat circulant souvent à son sujet. Une acquisition par Apple a notamment défrayé la chronique cet été. Mais la start-up n'est pas à vendre et compte bien poursuivre dans cette voie, malgré la concurrence féroce sur le marché de l'IA.
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Mistral vient d'ailleurs de dévoiler pour la première fois ses chiffres financiers. La décacorne fait état de revenus annualisés (ARR) de 300 millions d'euros et d'un booking total de 1,4 milliard d'euros.
L'avenir ne sera pas de tout repos pour la jeune pousse française. Mistral a clairement décroché dans la course aux financements en comparaison avec les autres acteurs de l'IA. En témoigne la levée de fonds il y a quelques jours de son concurrent Anthropic, à qui l'on doit le modèle d'IA générative baptisé Claude, qui s'est élevée à 13 milliards de dollars (11 milliards d'euros). Un tour de table presque 10 fois supérieur à celui de Mistral qui permet à la start-up américaine d'atteindre les 183 milliards de dollars (155,6 milliards d'euros) de valorisation, loin devant la française.
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Pour assurer sa pérennité, Mistral, qui n'est pas encore rentable, ne devra pas se contenter de levées de fonds et doit engranger des revenus. « Il faut qu'[elle] fasse 500 millions de chiffre d'affaires en 2025 », a déclaré en début d'année Nicolas Dufourcq, le directeur général de Bpifrance. « Le sujet, ce sont les revenus », a-t-il insisté, appuyant que « tout le monde doit travailler avec Mistral ».
Outre la question financière, celle de la réglementation sera aussi au cœur du devenir de la start-up. Les premières mesures du règlement européen sur l'intelligence artificielle (AI Act), qui introduit un cadre réglementaire et juridique commun pour l'IA au sein de l'Union européenne, ont commencé à entrer en application en début d'année. Les acteurs du secteur devront s'y conformer au risque, à partir d'août 2026, de se voir infliger des sanctions.
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