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Knockin, l’appli polémique de porte-à-porte qui gêne les sarkozystes

Photo de Sylvain Rolland

Sylvain Rolland

Publié le 07 septembre 2016 à 05:30

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Embarrassée par la polémique portant sur le fichage d’éventuels sympathisants de Nicolas Sarkozy via l’application de porte-à-porte Knockin, l’équipe de campagne de l’ancien président s’est livrée à un rétropédalage très maladroit. En attendant l’avis de la Cnil, prévu pour la fin du mois, qui doit se prononcer sur la légalité de ce type d’applications pour le moins intrusives.

Pour convaincre le maximum de personnes de voter pour Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite et du centre, qui se tiendra en novembre, les jeunes militants Républicains disposent d'un nouvel allié. Il s'agit de Knockin, une application de géolocalisation qui donne accès, sur une carte, au nom et à l'adresse précise des personnes qui ont déjà "manifesté un intérêt" pour Nicolas Sarkozy. De quoi dépoussiérer sérieusement la pratique ancestrale du porte-à-porte, en toquant uniquement chez les personnes prédisposées à recevoir la bonne parole sarkozyste.

"Le porte-à-porte reste la meilleure manière de convaincre quelqu'un", explique Paul Hatte, 23 ans et fondateur de l'application.

En 2014, ce jeune fan de l'ancien président a intégré l'équipe du député américain démocrate Patrick Murphy, alors candidat aux élections de mi-mandat aux États-Unis. Bluffé par l'utilisation des nouvelles technologies pour faire campagne, l'étudiant à Science Po Paris (en master de politiques publiques) décide d'importer ce savoir-faire en France.

"Knockin est un outil novateur qui permet grâce aux données de diminuer le nombre de portes auxquelles il faut frapper, tout en trouvant davantage de portes ouvertes", résume-t-il.

Bienvenue au XXIe siècle, où les campagnes se gagnent aussi grâce à la technologie.

Knockin, le Pokémon Go des sarkozystes ?

Problème : les noms et les adresses sont recoupés grâce aux données personnelles récupérées sur le web. À une condition : avoir "manifesté un intérêt sur nos plateformes, notamment sur sarkozy.fr", précise Axel Calandre, le conseiller Innovation et numérique du candidat. Logiquement, les plateformes englobent aussi les pages du candidat sur ses réseaux sociaux, c'est-à-dire Facebook, Twitter ou encore Instagram. La radio RMC, qui a suivi des militants qui prospectaient avec Knockin, décrit le processus:

"Par exemple, si vous 'likez' la page Facebook de Nicolas Sarkozy ou une de ses publications sur Twitter, l'application considère que vous êtes un sympathisant de droite et va recouper toutes les données publiques vous concernant afin de trouver votre adresse".

Avant la mise à jour du vendredi 2 septembre, il suffisait tout simplement de s'inscrire sur l'application pour avoir accès à la carte, avec le nom et l'adresse de tous les sympathisants recensés sur la plateforme. On pouvait également y ajouter soi-même un contact, comme s'est amusé à le faire le site Numerama, en géolocalisant le désormais célèbre Paul Bismuth, le nom d'emprunt que Nicolas Sarkozy utilisait pour échanger avec son avocat à l'abri des écoutes judiciaires.

Évidemment, la révélation du fonctionnement de Knockin a entraîné une levée de boucliers sur les réseaux sociaux, l'application étant accusée de ficher les citoyens en fonction de leurs orientations politiques présumées.

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"C'est mieux que Pokemon Go ! Découvre sur la carte où vivent tes voisins qui votent à droite !"ironisait un utilisateur dans les commentaires du Google Play Store, le magasin applications d'Android.

Interpellée, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a annoncé qu'elle se prononcera sur la légalité de ce type d'outils d'ici à la fin du mois de septembre.

Rétropédalage maladroit

Insouciance, excès d'enthousiasme ou abus ? Quoi qu'il en soit, l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy, qui n'avait pas du tout anticipé la polémique, tente maintenant d'éteindre l'incendie en se livrant à un rétropédalage maladroit.

«Il faut que l'on coordonne la communication avant de pouvoir vous répondre», indiquait Paul Hatte à La Tribune mardi matin.

Finalement, Axel Calandre nous rappellera. L'utilisation des 'likes' sur Facebook et Twitter pour obtenir l'identité et l'adresse des éventuels sympathisants ?

"C'est une très mauvaise interprétation, une maladresse de langage de la part de la personne qui a dit ça".

Le recoupement de données personnelles sans en informer les personnes concernées, ce qui constituerait effectivement un fichage ?

"Aujourd'hui, les personnes démarchées sont celles qui ont laissé de manière libre et volontaire leur adresse mail, leur téléphone, et d'autres données facultatives, sur le site Sarkozy.fr", précise-t-il.

Par ailleurs, "laisser des informations personnelles sur les réseaux sociaux est un choix et une responsabilité de chacun", ajoute-t-il pour souligner la légalité de Knockin.

Lifting en profondeur

Pour expliquer comment l'application trouve ses éventuels sympathisants, Axel Calandre et Paul Hatte évoquent des algorithmes et des logiciels d'analyse prédictive, qui permettent de quadriller les zones les plus susceptibles d'héberger des soutiens.

"Nous importons et recoupons des bases de données socio-économiques, démographiques, des résultats électoraux, bref des données publiques et légales issues de la plateforme Datagouv", explique Axel Calandre, qui relève que l'équipe de Knockin travaille avec un correspondant de la Cnil sur la question des données personnelles.

Par ailleurs, Knockin a déjà bénéficié d'un lifting en profondeur, vendredi 2 septembre, pour supprimer le plus discrètement possible l'effet "Pokémon Go". Désormais, chaque nouvel inscrit doit être validé par un "référent", qui prend ensuite contact pour "déterminer son degré de motivation" avant de l'intégrer aux patrouilles de porte-à-porte. Il n'est donc plus possible d'accéder librement à la base de données. Le système de prospection, qui permettait à chacun d'ajouter des contacts sur la carte, a également été supprimé.

L'élection présidentielle se gagnera aussi grâce à la technologie

Préoccupés par la volonté de moderniser la manière de faire campagne en France, les soutiens de Nicolas Sarkozy se sont peut-être inspirés un peu trop librement du modèle américain, où il est possible de récolter et d'utiliser un grand nombre de données personnelles, comme le nom, l'adresse, l'ethnie, la sexualité ou encore la profession. Mais la législation française est bien plus protectrice de la vie privée et très attachée à l'anonymisation des données publiques. Il faut aussi que la personne concernée ait donné son consentement.

Cette rigueur n'empêche pourtant pas ce genre d'outils de prospérer ces dernières années. La plateforme Nation Builder et son concurrent Blue State Digital sont de véritables boîtes à outils de coordination militante, qui simplifient drastiquement la logistique d'une campagne électorale, de l'activité des militants aux dons, en passant par la création d'événements. Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, entre autres, l'utilisent en vue de la primaire, tandis que Jean-Luc Mélenchon l'a déjà adopté pour sa campagne présidentielle.

Plus proche de Knockin -sans le côté intrusif- le logiciel 50+1 a été la star des dernières élections municipales, en 2014, pour le PS. Créé par trois partisans de François Hollande, cet outil dédié au porte-à-porte a été adopté par une soixantaine de candidats socialistes. En analysant les données des derniers résultats électoraux, du taux de chômage et de la popularité du candidat sur Internet, il pouvait prédire le résultat de l'élection et envoyer les militants dans les zones qu'il était possible de faire basculer.

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Sylvain Rolland

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