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"Le marché de la rencontre en ligne est une jungle" (Meetic)

Photo de Sylvain Rolland

Sylvain Rolland

Publié le 13 février 2016 à 10:00 - Mis à jour le 13 février 2016 à 14:28

Le Quotidien Numérique

02 juillet 2026

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Alors que Meetic fête en 2016 ses 15 ans d’existence, Alexandre Lubot, le CEO Europe de Meetic - Match Group, revient sur l’évolution du marché de la rencontre en ligne, la course à l’innovation, l'impact des disrupteurs Tinder ou Happn, et les polémiques sur les données personnelles et le nombre réel d’utilisateurs qui ont secoué le secteur ces derniers mois. Entretien exclusif.

Créé à Boulogne en novembre 2001 par l'entrepreneur Marc Simoncini, Meetic a ouvert le marché de la rencontre en ligne et vécu tous ses soubresauts, de la révolution mobile à celle des nouveaux services comme Tinder et Happn.

Depuis janvier 2014, la pépite française est détenue à 100% par le groupe Match, qui possède 45 sites et applis de rencontre dans le monde, notamment OkCupid, PlentyOfFish ou encore Tinder. Le groupe a fait son entrée en Bourse, sur le Nasdaq, le 19 novembre dernier.

Alexandre Lubot, le CEO de Meetic - Match Group Europe depuis 2013, revient pour La Tribune sur l'évolution du secteur depuis quinze ans. Il explique aussi comment innover dans un environnement de plus en plus concurrentiel, et aborde sans langue de bois les polémiques qui ont secoué, ces derniers mois, le monde des rencontres en ligne.

LA TRIBUNE. Meetic fête cette année ses quinze ans. En novembre 2001, lors de sa création, le marché de la rencontre en ligne était balbutiant. Aujourd'hui, c'est un secteur extrêmement concurrentiel dans lequel se battent des centaines de sites et d'applications, des plus généralistes aux plus spécialisés, avec des modèles économiques très différents. Comment Meetic s'est-il adapté à ces évolutions ?

ALEXANDRE LUBOT. Meetic a carrément créé le marché de la rencontre en ligne en 2001. Quinze ans plus tard, nous sommes toujours le service de rencontres préféré des Français dans un environnement totalement différent, comme vous l'avez souligné. Nous sommes fiers d'annoncer que janvier 2016 s'impose comme le meilleur mois de notre histoire. Les inscriptions ont grimpé de 30% en France et de 20% en Europe. Peu d'entreprises Internet aussi âgées sont toujours au top au bout de 15 ans.

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Le marché de la rencontre en ligne est une jungle. Notre secret, c'est l'innovation, l'adaptation permanente à la fois aux nouvelles technologies mais aussi aux évolutions sociétales, tout en restant à l'écoute des besoins de nos clients. C'est la clé.

Quand une entreprise du digital existe depuis si longtemps, elle a l'occasion de se faire ubériser toutes les semaines. Mais si nous sommes toujours debout et bien portants, c'est parce que nous avons su prendre deux virages majeurs, contrairement à certains de nos concurrents.

Le premier a été l'évolution vers le mobile. On présente Meetic comme un site de rencontres, mais depuis deux ans, c'est mobile first. 70% de nos utilisateurs se connectent sur des terminaux mobiles, via notre application ou sur notre site via un moteur de recherche sur smartphone. Cette révolution des usages a tout changé, y compris en interne. Désormais, on conçoit d'abord nos produits pour les supports mobiles, puis on les adapte aux grands écrans.

Quel a été le deuxième tournant ?

L'arrivée des offres gratuites. Au milieu des années 2000, de nombreux concurrents ont cru nous disrupter en proposant des services gratuits. Evidemment, il est plus facile d'émerger quand on ne demande pas au consommateur de payer. Cela nous a mis sous tension, car lorsqu'on a, comme Meetic, la culture du payant, il faut assurer, offrir le meilleur service et donner au consommateur le sentiment qu'il en a pour son argent.

Finalement, cette concurrence ne nous pénalise pas. Six millions de couples se sont formés sur Meetic depuis sa création, et un Français sur cinq connaît un couple Meetic. De plus, les études ont montré que l'engagement du consommateur est plus fort lorsqu'il paye pour un service. C'est aussi un gage de sérieux et de qualité. Chez Meetic, la proportion hommes/femmes est de 55/45, ce qui est loin d'être le cas chez de nombreux concurrents.

Quel est votre modèle économique ?

Meetic est une entreprise française, créée à Boulogne en 2001, désormais présente dans 15 pays en Europe. 300 de nos 350 salariés sont à Paris, où se situe le siège, les équipes techniques, marketing, la recherche produit, la communication... L'immense majorité de nos revenus viennent des abonnements. Nos prix sont dégressifs en fonction de la durée de l'offre: 30 euros environ pour un mois, puis autour de 10 euros par mois pour six mois. En France, nous proposons des formules d'un mois, trois mois ou six mois, mais dans certains pays, cela va jusqu'à un an, car le marché est différent.

A cet abonnement s'ajoutent des fonctions comme le "boost", qui améliore la visibilité d'un profil et qui est plébiscité par les hommes. Ces fonctions peuvent s'acheter à l'unité ou être intégrées dans un abonnement. On travaille aussi actuellement sur un mode "invisible", notamment pour les femmes qui veulent naviguer sur les profils sans être repérées.

Enfin, nous avons lancé début 2013 une activité "événements". Nous en organisons 150 par mois en Europe, dans 170 villes et 12 pays. Ce ne sont pas des speed dating mais des soirées entre célibataires, dans des bars ou au bowling par exemple. Nous proposons aussi des cours de cuisine, de cocktails, de danse, la visite d'un lieu et même des week-end. Pour la Saint-Valentin, nous organisons une soirée de dégustation de champagne sur la Tour Eiffel. C'est une activité très rémunératrice qui permet de réduire la pression d'une rencontre amoureuse grâce à l'effet de groupe, et de passer une bonne soirée quoi qu'il arrive.

En fait, notre métier a évolué. Nous ne sommes plus un site de rencontres mais une véritable plateforme. Notre tache est de trouver des alibis pour que deux personnes puissent se rencontrer. Le reste leur appartient...

En parlant de chiffres, pourquoi ne révélez-vous pas le nombre réel d'utilisateurs? Vous communiquez pourtant sur des chiffres très précis. Sur votre site, il est écrit que "397 belles histoires commencent tous les jours sur Meetic" ou que "un quart des anciens membres ont trouvé un partenaire". Pourquoi cette culture du secret, ce manque de transparence, que vous partagez d'ailleurs avec la plupart des acteurs de la rencontre en ligne?

Nous ne dévoilons pas ce chiffre car il est extrêmement difficile à mesurer. L'institut Comscore, par exemple, ne mesure pas l'audience sur le web mobile ni sur les applications. De son côté, AppAnnie se concentre uniquement sur l'audience des applications, mais pas sur le web mobile ni sur les ordinateurs de bureau.

Ensuite, il est trompeur de communiquer sur ce chiffre car les acteurs du secteur n'ont pas tous la même définition de ce qu'est un utilisateur. Certains cumulent tous les utilisateurs inscrits depuis leur création au lieu de dresser un panorama à l'instant T. D'autres confondent un téléchargement, une inscription sur l'appli et un utilisateur actif... Si tout le monde n'est pas sur la même longueur d'ondes, à quoi bon?

Enfin, beaucoup d'acteurs sont volontairement peu clairs car ils veulent lever des fonds, ou se faire racheter... De notre côté, Meetic appartient au groupe Match, qui choisit de communiquer sur d'autres chiffres.

L'an dernier, vous avez attaqué votre concurrent Adopte un mec car vous estimiez que sa communication vantant 10 millions d'inscrits était trompeuse...

Laisser entendre dans une immense campagne publicitaire qu'Adopte un mec avait 10 millions d'utilisateurs alors qu'il semblait plutôt que c'était un cumul de tous les utilisateurs inscrits depuis sa création nous posait problème, oui. Vous avez raison, il y a un manque de transparence dans ce secteur, mais Meetic n'a jamais versé dans ces pratiques. C'est aussi l'une des raisons de notre longévité et de la confiance que nous témoignent les utilisateurs.

[NDLR : Meetic invoquait des actes de publicité trompeuse et réclamait l'arrêt de la campagne de communication et 10 millions d'euros d'indemnisation. Le 16 février 2015, le Tribunal de commerce de Paris, saisi en référé d'heure à heure, c'est-à-dire en procédure de grande urgence, a débouté Meetic.]

Le nombre d'abonnés est-il tabou car il n'est pas aussi important que le secteur le laisse croire? L'Institut national d'études démographiques (Ined) révélait le 10 février que seuls 16% des Français se sont déjà inscrits sur un site de rencontre...

Cela me fait sourire, car ce n'est qu'une étude parmi d'autres. Il faut noter qu'elle a été réalisée à partir de données récoltées en 2013 et 2014 ! Or, le marché a énormément évolué depuis. Cela correspond à peine aux débuts de Tinder, qui est arrivé fin 2013 en France. La réalité est qu'il y a beaucoup plus d'adeptes des sites de rencontres et que les usages ont beaucoup changé.

Depuis dix ans, le nombre de célibataires a augmenté de 12% en France et le nombre de mariages a reculé de 9%. Je peux aussi vous citer d'autres études, tout aussi sérieuses, comme celle d'Ipsos en 2015 qui indique que Meetic a créé 6 millions de couples et qu'un Français sur cinq connaît un couple formé sur Meetic.

Que faites-vous des données que vous récoltez sur vos utilisateurs ?

Nous sommes très vigilants sur la protection des données et de la vie privée. Les gens nous confient des informations très intimes et nous veillons à prendre toutes les précautions réglementaires et éthiques qui s'imposent. C'est primordial, car nous fonctionnons sur la confiance.

En août dernier, le scandale Ashley Madison a révélé une tromperie à grande échelle de l'entreprise sur son nombre réel d'utilisateurs, le profil de ses membres (très peu de femmes), et sur son utilisation des données personnelles. A-t-il eu un impact sur les recrutements et en terme de confiance des utilisateurs?

Non, pas du tout. Meetic n'a rien à voir avec Ashley Madison. Nos produits sont différents, nos valeurs aussi, nous ne sommes pas du tout sur le même créneau. Le scandale Ashley Madison est le reflet d'un problème moral propre à cette entreprise.

Comment avez-vous réagi à la mise en demeure de la Cnil, en juillet 2015, qui portait sur 13 sites français de rencontres, dont Meetic? L'institution reprochait notamment des manquements au niveau de la collecte et du traitement des données sensibles, ainsi qu'un manque d'information des consommateurs sur leurs droits et les conditions du dépôt de cookies.

Toutes les entreprises citées par la mise en demeure n'étaient pas à mettre dans le même panier. Puisque nous sommes les leaders du marché, il aurait été étonnant que Meetic ne soit pas dans la liste de la Cnil. Dans notre cas, il s'agissait plutôt de perfectionnements que de manquements. Au moment de la mise en demeure, beaucoup de points soulevés par la Cnil étaient sur le point d'être réglés. Bien évidemment, nous sommes en dialogue permanent avec eux et nous avons fait le nécessaire pour nous mettre en conformité.

Le secteur de la rencontre en ligne n'a jamais été aussi concurrentiel. Craignez-vous de vous faire ringardiser ou "ubériser" par des services comme Tinder, Happn ou Once, qui créent de nouveaux usages grâce à des innovations technologiques?

Je m'amuse à garder les articles de presse qui annoncent l'arrivée de nouveaux services de rencontres censés "ubériser" Meetic ou Tinder. Il y en a toutes les semaines. Notre secteur présente très peu de barrières à l'entrée, donc il est très facile de lancer un nouveau produit. Surtout à l'ère du mobile. Car ces startups bénéficient d'un réseau de distribution très important grâce aux magasins d'applications comme l'Apple Store et Android Play.

Parmi tous ces nouveaux services, Tinder est la seule véritable révolution. Il est présent dans 192 pays. Il était censé nous ringardiser, en fait il se trouve qu'on fait partie du même groupe et qu'on est plutôt complémentaires. 80% de l'audience de Tinder a moins de 35 ans, tandis que la moyenne d'âge des utilisateurs de Meetic se situe autour de 35 ans.

Tinder est sorti d'un laboratoire d'IAC [InterActiveCorp, l'entreprise américaine de médias qui possède Match Group, auquel appartient Meetic, NDLR]. Nous avons rencontré ses dirigeants, cela nous a permis de comprendre la disruption à l'œuvre et d'adapter notre modèle. Le génie de Tinder, c'est d'avoir inventé le flux de profils qui défilent sur l'écran et le système du "match", qui fait qu'on ne peut entrer en discussion que lorsque les deux personnes se sont mutuellement "likées". En fait, Tinder nous a aidé à nous adapter sur mobile, nous avons repris par exemple le système du flux de profils.

Les autres nouveaux services, en revanche, n'ont rien inventé du tout. Happn mise sur la proximité, les rencontres avec des personnes que nous sommes censés avoir croisées, mais la géolocalisation n'est pas une révolution depuis Tinder. Once, même constat... L'idée de sélectionner une personne censée nous correspondre n'est pas nouvelle. Chez nous, cela s'appelle Meetic Affinity, et cela existe depuis 2008.

Happn et Once incarnent simplement deux modes de rencontre parmi d'autres, ils conviennent donc à une minorité de personnes. Chez Meetic, nos applications et nos divers services les proposent tous !

Comment innover encore aujourd'hui ?

On travaille d'arrache-pied sur de nouvelles idées d'applications, qui ne seront pas forcément incorporées à l'écosystème Meetic. Nous sommes très à l'écoute de nos utilisateurs, ils nous inspirent pour imaginer de nouveaux alibis de rencontre, qui se traduiront dans les prochains mois par des nouveaux services.

Nous innovons aussi sur le marketing. Notre dernière campagne, intitulée #LoveYourImperfections, fait un carton. L'idée, c'est de penser à contre-courant. Il ne sert à rien de cacher qui on est sur notre profil, car lors de la rencontre, notre personnalité prend le dessus. Alors on dit aux gens d'être eux-mêmes et de revendiquer leurs imperfections et petites manies, car ce qu'on n'aime pas chez nous peut séduire quelqu'un d'autre. Beaucoup d'abonnés ont indiqué leurs imperfections sur leur profil, comme "je suis bordélique", "je ris trop fort", "je rougis trop", "je suis trop franc"... Nous travaillons même à intégrer ces imperfections dans le moteur de recherche interne.

Enfin, puisque Meetic fait partie d'un groupe puissant de médias dédiés à la rencontre, nous réfléchissons aussi à des synergies entre les différents titres. C'est l'un des chantiers pour 2016.

Avez-vous vécu des histoires d'amour grâce à Meetic ?

Absolument ! D'ailleurs, tous les employés doivent avoir l'application, qu'ils soient mariés, en couple ou célibataires. Ce qui ne veut pas dire qu'ils doivent y faire des rencontres, bien sûr. Plus sérieusement, je fais partie des parcours types que l'on voit sur Meetic. J'ai 43 ans, je suis divorcé avec un enfant. Après ma séparation -c'était bien avant de rejoindre l'entreprise-, je me suis inscrit sur Meetic et sur tous les autres services qui existaient à l'époque. Cela m'a donné beaucoup d'idées et de la crédibilité pour diriger le service.

Par contre, j'ai rencontré la personne avec laquelle je vis aujourd'hui dans un bar, comme beaucoup de monde. Mais c'est aussi pour cela que nos événements marchent si bien!

---

À lire également

  • Meetic et Tinder réussissent leurs débuts à Wall Street
  • Fundme, "le Meetic" des startup et des investisseurs
  • Données : les pratiques douteuses des sites de rencontres exposées au grand jour
  • Le PDG d'Ashley Madison démissionne

>> Lire aussi, DIAPORAMA: Cinq nouvelles applis françaises de rencontres qui veulent détrôner Tinder

Sylvain Rolland

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