Libra, nouvelle arme de Facebook pour renforcer sa domination sur le Net

 |   |  1087  mots
Facebook a crée l'Association Libra, à but non lucratif, avec 27 partenaires pour proposer courant 2020 Libra, cette monnaie digitale qui s'appuie sur la technologie Blockchain.
Facebook a crée l'Association Libra, à but non lucratif, avec 27 partenaires pour proposer courant 2020 "Libra", cette monnaie digitale qui s'appuie sur la technologie Blockchain. (Crédits : Dado Ruvic)
Dans le sillage du géant chinois WeChat, qui intègre une fonction de paiement en ligne depuis des années, Facebook se lance dans la monnaie digitale afin d'étendre son écosystème de services pour collecter toujours plus de données personnelles et améliorer ses recettes publicitaires. Décryptage.

Les photos, les vidéos et les simples "like" ne lui suffisent plus. Facebook, premier réseau social au monde avec plus de 2,3 milliards d'utilisateurs, veut aussi se rendre indispensable pour les transactions financières. Le fleuron de la Silicon Valley a levé le voile mardi 18 juin sur le lancement de sa crypto-monnaie. Le groupe de Mark Zuckerberg a crée l'Association Libra, à but non lucratif, avec 27 partenaires. Parmi eux, Visa, Mastercard et PayPal, mais aussi Uber et Spotify. Baptisée "Libra", cette monnaie digitale s'appuie sur la technologie blockchain et sera disponible au cours du premier semestre 2020. Via sa nouvelle filiale Calibra, Facebook va proposer un portefeuille numérique permettant de payer avec Libra.

Lire aussi : Facebook lance une "monnaie digitale mondiale" Libra pour créer des services financiers

En créant sa propre monnaie - prérogative exclusive des États - Facebook change de dimension. Les intérêts pour le groupe américain sont multiples, à commencer par la collecte et l'exploitation de données, le cœur de son modèle économique. La publicité ciblée, réalisée grâce à l'analyse de données personnelles, a généré plus de 95% du chiffre d'affaires de Facebook en 2018.

"Avant, Facebook savait avec qui et dans quel restaurant vous aviez dîné. Désormais, il saura également combien vous avez payé", résume Manuel Valente, directeur de la recherche de Coinhouse (ex-Maison du Bitcoin). "Le cœur du business model de Facebook a toujours reposé sur la collecte et la monétisation des données personnelles de ses utilisateurs. Or, il n'y a rien de plus précieux que les données financières, qui permettront d'affiner encore davantage le profil des utilisateurs pour proposer des publicités ciblées, valorisées auprès des annonceurs."

Des partages de données inévitables ?

Facebook dit avoir créé Calibra pour "garantir la séparation des données sociales et financières". Mais dans les faits, la filiale ouvre pourtant grand la porte au partage de données, avec bien sûr l'autorisation préalable des utilisateurs.

"Si une fonctionnalité du produit Calibra peut être personnalisée ou améliorée grâce aux données de Facebook, nous devrons d'abord obtenir l'accord de nos clients", écrit l'entreprise. "(Nos clients) peuvent par exemple choisir d'importer leur liste d'amis Facebook dans Calibra pour faciliter les envois d'argent." Sans oublier : "Nous pouvons par exemple être amenés à utiliser les données de Facebook Inc. pour voir quelles régions montrent une adoption plus large de l'Internet."

Comme l'intérêt de Libra réside aussi dans la possibilité d'échanger de l'argent avec ses contacts Facebook, Messenger et WhatsApp, le partage de données entre la firme de Mark Zuckerberg et sa filiale indépendante pourraient être monnaie courante... Pour Manuel Valente, ces "conditions d'utilisation sont tendancieuses", d'autant plus que le scandale Cambridge Analytica, entre autres, a montré que l'entreprise est loin d'être irréprochable en matière de respect de la vie privée et de protection des données.

Jérôme Colin, le directeur exécutif du pôle stratégie du cabinet Fifty-Five, nuance toutefois la potentielle mainmise de Facebook sur des données sensibles. "Théoriquement, les données financières transitant par Libra ne seront pas partagées avec Facebook. Et la gouvernance a été pensée pour rassurer ce genre de craintes, puisque chaque membre du consortium dispose d'un droit de vote. Facebook n'aura donc pas plus de pouvoir qu'un autre membre", tempère-t-il.

"Mais indirectement, Calibra va permettre de récolter des données. Facebook va déployer rapidement Libra à son écosystème, en l'intégrant à ses applications WhatsApp et Messenger. Si une transaction Libra est réalisée sur Messenger, les données financières ne seront pas communiquées mais les interactions (quel utilisateur a parlé à quelle marque...) seront récoltées par les canaux de Facebook", détaille-t-il.

Construire un écosystème toujours plus complet, à la WeChat

Faciliter l'intégration des paiements, c'est aussi pour Facebook le moyen de développer du e-commerce directement sur sa plateforme, en permettant de passer des commandes en deux clics, notamment sur Messenger. Et de bâtir un écosystème toujours plus complet, dont il est difficile d'en sortir pour les utilisateurs. "À court terme, Libra devrait surtout faciliter les petites transactions. Elle peut être utile dans les pays à faible bancarisation, pour les micro-paiements (ndlr : achat d'articles de presse à l'unité, jeux vidéo...), pour les adolescents qui n'ont pas encore de carte bancaire", liste Jérôme Colin.

"Avoir une solution de paiement permet à Facebook de s'assurer que l'utilisateur reste le plus longtemps possible dans son écosystème". Une stratégie appliquée par tous les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon). "À l'origine Apple vendait des terminaux, Google de la publicité et Amazon était un site d'e-commerce. Mais aujourd'hui il y a de plus en plus de convergence : tous se diversifient", poursuit Jérôme Colin. Apple développe des relais de croissance dans les services (streaming audio et vidéo, santé...), Google et Amazon ont pris position dans le cloud, la maison intelligente et une myriade d'autres secteurs...

Facebook s'inspire visiblement du géant chinois WeChat, "super-application" qui permet à la fois de communiquer, de commander un taxi ou encore de réaliser des paiements pour son shopping. Cette concentration de services illustre l'évolution d'Internet et les positions monopolistiques acquises par les fameux Gafa.

"Il y a 20 ans, les utilisateurs naviguaient d'un site à l'autre, chacun appartenant à un groupe différent", explique Manuel Valente. "Aujourd'hui, nous assistons à une concentration sans précédent où il serait presque possible d'utiliser Internet exclusivement via Google ou Facebook. Le nombre d'entreprises avec lesquelles nous interagissons diminue."

Libra, juste un début pour Facebook

En cas de succès, Facebook ne cache pas ses ambitions de proposer "en temps voulu" des services financiers supplémentaires aux particuliers et aux entreprises, tels que "payer des factures en appuyant simplement sur un bouton, acheter un café avec la lecture d'un QR Code ou utiliser les transports en commun sans argent sur soi ni titre de transport."

"Le véritable enjeux pour Facebook sera de faire sortir Libra de son écosystème pour le faire accepter par des plateformes d'e-commerce, comme Rakuten ou Cdiscount. Dans un premier temps, le réseau de partenaires pourra aider à son adoption", estime Manuel Valente. "L'étape ultime sera ensuite de s'attaquer aux commerces physiques, qui pourraient être équipés de terminaux dédiés."

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 20/06/2019 à 16:03 :
Il y a donc Bitcoin, un mécanisme de transfert de valeur résistant à la censure. Et construit à l’évidence avec une parfaite connaissance de ce qu’est une ‘monnaie’.

Et Libra, à l’évidence un outil de collecte de données utilisant la terminologie ‘cryptocurrency’… Cherchez l’erreur.
a écrit le 20/06/2019 à 15:01 :
Quel est l'intérêt d'ILIAD et des autres de s'associer à cette affaire ?
a écrit le 20/06/2019 à 12:51 :
Jurer que libra gardera toujours sa valeur la rend suspecte . . .

Tant que ces monnaies seront versatiles (nom poli pour dire qu'elles sont hautement spéculatives) je ne vois aucun intérêt à s'en procurer, sauf si on veux à tout prix de la monnaie de singe.

Petit aphorisme : il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais de monnaie qui vaille (ysmv).
a écrit le 20/06/2019 à 12:49 :
Jurer que libra gardera toujours sa valeur la rend suspecte . . .
Tant que ces monnaies seront versatiles (nom poli pour dire qu'elles sont hautement spéculatives) je ne vois aucun intérêt à s'en procurer, sauf si on veux à tout prix de la monnaie de singe.
Petit aphorisme : il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais de monnaie qui vaille (ysmv).
a écrit le 20/06/2019 à 11:45 :
Est-ce un problème ? Personne n'est obligé d'avoir un compte facebook et d'adopter cette monnaie.
Cordialement
a écrit le 20/06/2019 à 11:39 :
J'adore . Non seulement facebook vient de rendre les cryptos mainstream, mais en plus de mettre une grande claque a tout les obtus qui beuglaient à tout va que les cryptos n ont pas d'avenir (peut être les mêmes qui disaient qu'internet n a pas d avenir). Maintenant on commence à voir les banquiers et la classe politique pétocher a l 'idée que la population pourrait se passer des banques et transférer leur capitaux vers les cryptos (donc impossible de saisir l'argent de la population pour rembourser leur connerie en cas de nouvelle crise) .
Réponse de le 21/06/2019 à 21:20 :
Moi je pense que vous êtes bien idéaliste et que dans le monde réel, un gars comme D.Trump peut faire dévisser le cours de n’importe quelle crypto de -1000% sur un coup de tête en signant un décret.
La Chine, c'est pareil, ils peuvent décider du jour au lendemain qu'une crypto est interdite chez eux, comme ça, sans discussion.
Par contre ce que l'on peut faire grâce aux cryptos c'est dépenser 1M€ en crypto, puis revendre ses cryptos 1M€, l'opération peut sembler neutre mais l'argent s'est déplacé d'un point A à un point B, le point B étant de préférence aux Bermudes.
a écrit le 20/06/2019 à 10:52 :
mais comment, Zuckenberg fait sa propre monnaie, comme n'importe quel État souverain et personne n'a rien à exciser? Ils ont cassé les boîtes à l'Italie pour ses mini-Bots aussi dangereux que la monnaie nationale et donc les précurseurs d'un Italexit et dans ce cas Zuckenberg va lancer sa propre monnaie avec des chiffres d'affaires de milliards par jour et tout le monde est silencieux? N'est-ce pas parce que le "jeune homme" fait partie de l'élite mondiale et de la franc-maçonnerie ?
a écrit le 20/06/2019 à 10:08 :
Il serait souhaitable que l' ONU s'empare du sujet.
a écrit le 20/06/2019 à 9:56 :
La monnaie, c'est la souveraineté d'un pays. Déjà qu'on a confié le financement des États aux banques privées, la porte est entrouverte pour que ce soient les GAFA qui prennent le relais.
Est ce bien raisonnable ? Et on se plaint de la montée des nationalismes ! Y a de quoi un peu non?
a écrit le 20/06/2019 à 9:20 :
Que fait le législateur ? il dort toujours ? s’occupe de ses petites affaires ?
a écrit le 20/06/2019 à 9:05 :
Résistez face à la dictature facebook qui se met en place.
a écrit le 20/06/2019 à 8:31 :
Vous mentionnez 2.3 milliards d'utilisateurs mais il conviendrait de parler de comptes. Il y a peu, Facebook avouait chasser plusieurs milliards de faux utilisateurs par trimestre. Il va donc falloir s'attendre à ce que les entreprises publicitaires demandent prochainement des comptes à FB. La note pourrait être salée, ce qui explique pourquoi le réseau est gentiment en route pour se transformer en réseau bancaire. Car le modèle économique de la banque, c'est la dette. A suivre, mais la déroute approche.
a écrit le 20/06/2019 à 8:27 :
Cela permet surtout de libérer l'argent massivement emprisonné dans les paradis fiscaux des mégas riches ce de fait complètement inutile et donc nuisible à l'économie mondiale.

Les entreprises ont intérêt à passer par delà les banques si elles veulent de la croissance.
a écrit le 19/06/2019 à 21:59 :
Nous avons déjà Bitcoin ; Bitcoin est un mécanisme de transfert de valeur résistant à la censure, et transfrontalier, avec des propriétés monétaires plus forte que l'or. Ces quelques caractéristiques qui ne sont pas exhaustives, et dont il est le seul à réellement posséder dans la classe des 'crypto monnaies', le rende déjà incontournable.

Et maintenant Libra, un monnaie digitale, avec un objectif très différent.
Réponse de le 20/06/2019 à 8:37 :
Sauf que le bitcoin ne peut pas être utilisé pour effectuer des paiements (volatilité très élevée, delai pour compléter une transaction, consommation d'électricité par transaction extrèmement importante).

Le mieux qui puisse être fait, c'est de la spéculation.
Réponse de le 20/06/2019 à 16:40 :
La capitalisation de Bitcoin, est faible, il est normal que le cours soit volatile. Ce n’est pas un véritable problème. Les transactions sur Bitcoin sont ‘finales’ et sont plus rapides qu’avec le réseau Bancaire, ou il faut attendre des semaines. Et maintenant ‘Lightning’ est disponible, c’est le système de paiement de Bitcoin, il permet d’obtenir des transactions instantanées. La consommation d’énergie est liée à la sécurité et au propriété monétaires fortes. A vous de choisir, un billet de banque, ne coute rien à produire, et sera produit sans limite de quantité, et par comparaison, vous ne pouvez pas ‘miner’ un Bitcoin pour rien. Le prix du kWh fait le lien avec l’économie réelle. Tout comme miner de l’or a un coût.,

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :