Le streaming, bouée de sauvetage de l’industrie de la musique ?

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A la fin du mois de juillet, le marché de l'écoute en ligne progressait de 43% sur un an, à 58 millions d'euros. Le streaming grignote de plus en plus de parts de marché de l'industrie du disque.
A la fin du mois de juillet, le marché de l'écoute en ligne progressait de 43% sur un an, à 58 millions d'euros. Le streaming grignote de plus en plus de parts de marché de l'industrie du disque. (Crédits : Reuters)
Sur les sept premiers mois de 2015, le marché du streaming musical a progressé de 43% en France sur un an et représente désormais les deux tiers des revenus numériques de la musique. Mais ces excellentes performances ne suffisent toujours pas à compenser le déclin de l’industrie du disque.

Pendant des années, l'industrie musicale, paniquée par l'inévitable déclin des ventes de CD, a considéré l'écoute en ligne, ou streaming, comme une menace supplémentaire sur un secteur déjà fortement concurrencé par le téléchargement illégal.

Aujourd'hui, le vent a tourné. L'industrie de la musique regarde le streaming avec les yeux de Chimène. Et pour cause : grâce aux abonnements mensuels sur des plateformes en ligne comme Deezer, Spotify, Tidal ou Apple Music, le streaming musical créé de la valeur, contribue à la révolution numérique de la musique, et représente le meilleur moyen de dissuasion contre le téléchargement illégal.

Le streaming se développe, le CD continue sa chute

Les derniers chiffres montrent que le streaming s'impose de plus en plus comme une bouée de sauvetage pour le secteur de la musique. A la fin du mois de juillet, le marché de l'écoute en ligne progressait de 43% sur un an, à 58 millions d'euros, annonce ce mardi le Syndicat national de l'édition phonographique (Snep).

Même si Apple reste discret sur le nombre de personnes qui utilisent don service, l'arrivée d'Apple Music, à la fin du mois de juin, a "profité à l'ensemble du secteur" selon Guillaume Leblanc, le directeur général du Snep:

"Le streaming est un secteur jeune et en plein développement. La multiplication de nouveaux acteurs élargit le marché, améliore la notoriété d'une pratique, l'écoute en ligne, qui est encore loin d'être arrivée à maturité", ajoute-t-il.

De fait, les revenus issus de l'exploitation numérique ne cessent d'augmenter. A la fin juillet, ils représentaient 89 millions d'euros, soit 43% des revenus totaux du marché de la musique, estimé à 220 millions. De son côté, le marché physique (CD) plie mais ne rompt pas. Il pèse toujours 118 millions d'euros, soit 57% des revenus.

Si les ventes "physiques" restent donc toujours majoritaires, leur part diminue à vitesse grand V: -12% par rapport à juillet 2014. Le mouvement paraît inexorable. Aux Etats-Unis, le chiffre d'affaires de l'exploitation numérique a dépassé pour la première fois celui des ventes physiques en 2014. Le phénomène est encore plus marqué dans les pays du nord de l'Europe, Finlande en tête.

Développer le modèle du streaming payant

Le modèle d'abonnement mensuel (généralement autour de 9,99€) porte la dynamique du streaming, avec une croissance de 66% sur un an. Bonne nouvelle pour les majors du disque : les modèles "gratuits", financés par la publicité, déclinent légèrement (-2%). Les plateformes de streaming y verront sans doute un encouragement pour développer leurs offres payantes, synonymes de davantage de revenus.

Car la conversion des utilisateurs "gratuits" en abonnés représente l'un des enjeux majeurs des plateformes comme Deezer et Spotify, dont le modèle économique reste fragile malgré la popularité de leurs plateformes. La marge de progression reste énorme, car les utilisateurs gratuits représentent l'essentiel des utilisateurs. Spotify, le leader mondial, compte ainsi 75 millions d'utilisateurs actifs, mais seulement 20 millions sont abonnés.

Pour Apple Music, l'enjeu de la conversion au payant est également colossal. Le nouveau service de la firme californienne arrive à la fin du mois de septembre au terme de sa période de gratuité. Ses utilisateurs devront donc choisir entre quitter le service ou s'y abonner, puisque la firme a choisi de ne pas proposer d'écoute gratuite. Cette date butoir fait office d'heure de vérité pour la firme à la Pomme, qui avait annoncé 11 millions d'utilisateurs fin juillet, mais la moitié auraient déjà déserté.

Des marges de progression toujours énormes

L'augmentation de titres écoutés - 9 milliards en sept mois, soit une hausse de plus de 40% par rapport à l'an dernier - montre également que le streaming est en train de s'imposer dans les usages.

Mais la forte croissance de son chiffre d'affaires ne suffit toujours pas à compenser la baisse des ventes des supports physiques, qui atteint 18% sur un an, ainsi que celle des ventes en téléchargement (-16%). Au final, l'ensemble du marché de la musique est en baisse de 6,2%, à 207 millions d'euros contre 220 millions il y a un an.

Dans ce contexte, l'arrivée de plus en plus de nouveaux acteurs est une chance selon Guillaume Leblanc. En plus des leaders Spotify, Deezer, Pandora ou Apple Music et des challengers comme Tidal du rappeur Jay-Z, l'arrivée de Groove Music (Microsoft) et l'arrivée d'acteurs de la grande distribution (E.Leclerc avec Réglo Musique, la Fnac avec Jukebox) "contribue à populariser l'usage du streaming et va encourager ces acteurs à se mener une guerre des prix avec des offres différentes", ajoute-t-il.

Le secteur du streaming musical n'a donc pas fini de connaître une croissance à deux chiffres.

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Commentaires
a écrit le 09/09/2015 à 10:04 :
Faut pas desesperer des moines copistes du CD/DVD ... Napster a apparut qu il a que 15 ans ....
Et ils ont mit tout ce temps a se rendre compte que leur business model devait evoluer ... Quand on pense a ce qu ils auraient pu offrir a leurs clients si au lieu de depenser des fortunes en lutte sterile (voire liberticide pour faire passer des Hadopi) ils auraient investi cet argent sur des technos telle que soptify ...
Mais bon le directeur d universal music (P Negre) ne voyait aucun avenir a internet , donc a quoi bon investir dedans ...
a écrit le 09/09/2015 à 7:09 :
L'industrie de la musique considère la musique comme un produit destiné à être rentable, pour faire du frique en gros. Pas étonnant que l'on en arrive à des "produit" musicaux de piètre qualité. On pourrais aussi parler des interprètes préfabriqués par l'industrie qui sclérosent le travaille des vrai compositeurs en monopolisant toute la visibilité musical.

Je suis musicien amateur, je boycotte d'industrie même si mes artistes préférés doivent en pâtir. Il faut parfois savoir être raisonnable dans les revenues. Par ailleurs je tiens à dénoncer l'exploitation excessive sur les prix des instruments, des enregistrements et de la production de produit musicaux cher les amateurs.

Mais, je doit tout de même remercier le public qui nous permet de passer de super moment, tout le monde gagne à sortir de cher soi et découvrir les richesses du monde. Richesses qui ont bien plus de valeur à mes yeux que celle de l'argent. Même si pouvoir vivre sainement pourrais être bien et arrêter de devoir payer pour jouer.
a écrit le 08/09/2015 à 21:16 :
Sur les sommes collectées, combien va aux artistes, aux chanteurs, aux musiciens ?
Les ventes de vinyles, ça décolle ? On passera au CD ensuite, une sorte de boucle infinie. :-))
Avant d'aller en Suède fin mai, j'ai numérisé mes 200 CD pour les mettre sur quatre clés USB, mon autoradio, trop moderne, ne lit plus les CD (et ça serait encombrant). Je n'en achète plus, à part le coffret de feu Marie-Claire Alain, organiste.
Mon streaming, c'est la FM (hertzienne).

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