Les données télécoms, un levier pour prévenir les crises alimentaires ?

 |   |  743  mots
« En Ouganda, une personne qui achète beaucoup de cartes pour une valeur très basse, de l’ordre de quelques centimes par recharge, signifie souvent qu’elle consomme du manioc. C’est un signe de pauvreté », explique Sébastien Deletaille, cofondateur de Real Impact Analytics.
« En Ouganda, une personne qui achète beaucoup de cartes pour une valeur très basse, de l’ordre de quelques centimes par recharge, signifie souvent qu’elle consomme du manioc. C’est un signe de pauvreté », explique Sébastien Deletaille, cofondateur de Real Impact Analytics. (Crédits : DR)
Spécialisée dans l’exploitation des données des opérateurs de télécommunications, la société belge Real Impact Analytics travaille sur des solutions utilisant les informations issues des cartes prépayées dans les pays émergents. A terme, ces outils pourraient permettre de prévenir les pénuries alimentaires ou les épidémies en Afrique.

Les nouvelles technologies sont de plus en plus utilisées lors des crises humanitaires. Lors du passage du typhon Haiyan aux Philippines, en novembre 2013, la sphère geek avait largement aidée le gouvernement de Manille à coordonner les secours. Désormais, tous les regards se tournent vers le big data. Il faut dire que l'utilisation des monceaux de données produites par les individus sont porteuses de grandes promesses. Non content d'épauler les humanitaires lorsqu'une catastrophe survient, celles-ci pourraient surtout permettre de prédire les crises. Parmi les sociétés qui planchent sur ces solutions, Real Impact Analytics figure en bonne place.

Créée en il y a cinq ans, cette société belge s'est spécialisée dans le traitement et l'utilisation des données télécoms. Concrètement, elle développe des solutions visant à améliorer les opérations promotionnelles et les processus opérationnels des opérateurs. « On les aide à mettre en place des campagnes de publicité par SMS plus pertinentes et ciblées, liées par exemple aux centres d'intérêts de leurs clients, explique Sébastien Deletaille, cofondateur de la société. En parallèle, on utilise les données pour doper l'efficacité des services internes. » Côté logistique, par exemple, les données permettent de mieux organiser le travail des distributeurs, en anticipant le moment où les boutiques tomberont à cours de certains produits.

Les cartes prépayées : une ressource de premier choix

Sur ce créneau, la société a fait son nid. Elle travaille avec des opérateurs de renom, parmi lesquelles Orange, l'espagnol Telefonica, ou le géant indien Airtel. Avec 100 collaborateurs, la société a réalisé un chiffre d'affaires de 6 millions d'euros en 2014, pour un résultat net avoisinant le million d'euros. Mais Real Impact Analytics a d'autres perspectives. Et celles-ci se trouvent dans les pays émergents, et notamment en Afrique. Pour Real Impact Analytics, les données télécoms constituent une véritable mine d'or dans nombre de pays pauvres où les Etats, faute de moyens, n'ont que peu d'informations socio-économiques sur leurs populations. Or les données émanant des mobiles - qui servent de plus en plus comme moyen de paiement -, constituent alors une formidable ressource pour déterminer la manière dont vivent les habitants. Mieux, elles pourraient bientôt devenir un puissant levier pour réduire la pauvreté, prévenir les épidémies, ou identifier des crises alimentaires.

Pour ce faire, Real Impact Analytics a lancé plusieurs projets pilotes et études en Ouganda, au Rwanda, en Côte d'Ivoire ou en Zambie. Regroupées sous une même bannière, baptisée Data for Good, ces initiatives ont vu le jour en partenariat avec des opérateurs télécoms et des organismes humanitaires comme le Programme alimentaire mondial, la Banque mondiale ou la Fondation Gates. Dans ces pays, les données issues des cartes prépayées permettent notamment de déterminer la situation socio-économique des individus, leur niveau de richesse, et la manière dont celui-ci évolue. « En Ouganda, une personne qui achète beaucoup de cartes pour une valeur très basse, de l'ordre de quelques centimes par recharge, signifie souvent qu'elle consomme du manioc. C'est un signe de pauvreté. A l'inverse, un individu aisé a plutôt tendance à acheter des cartes d'un montant plus élevé, et de manière plus espacée dans le temps. Cela signifie souvent qu'il se nourrit d'aliments plus riches et plus couteux, comme des carottes ou des mangues », détaille Sébastien Deletaille.

Des difficultés légales et juridiques

Ces données permettent d'établir des cartes interactives, dont les évolutions sont susceptibles d'alerter en temps réel les pouvoirs publics ou les organismes humanitaires. Dans une région, un changement soudain et généralisé des achats de cartes prépayées peut, par exemple, être synonyme d'un appauvrissement suite à de mauvaises récoltes.

Pour l'heure, Real Impact Analytics finalise ses études sur le terrain. D'ici six mois, la société espère lancer de vastes programmes dans plusieurs pays. Mais l'exercice n'est pas simple. « Nous nous heurtons à des difficultés légales et juridiques », explique Sébastien Deletaille. Celles-ci concernent notamment l'utilisation, l'anonymisation et la sécurisation des données. Car si ces dernières constituent une ressource de premier choix, elles pourraient devenir « un matériel à faire du génocide » entre de mauvaises mains, souligne le patron.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 13/06/2015 à 14:27 :
Tout est dit. A propos, qui rémunère la source des données? Ah... personne. Et qu'il soit d'accord ou non, il les donne, c'est ça?
Réponse de le 14/06/2015 à 13:19 :
La NSA fournie les données ! 😂👹🇨🇭

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :