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Arnaud Lagardère en situation financière difficile

Jamal Henni

Publié le 20 avril 2010 à 16:17

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L'héritier de Jean-Luc Lagardère a dépensé 340 millions d'euros pour doubler sa participation dans son groupe. Mais il a acheté ses actions presque au plus haut, et en s'endettant lourdement. Sa situation financière est donc devenue très tendue. Il y a un an, lorsque le cours a atteint son plus bas, il a dû desserrer la nasse.

Arnaud Lagardère et Guy Wyser-Pratte, le financier qui conteste la gouvernance et la stratégie du groupe, sont au moins d'accord sur un point: le cours de l'action Lagardère est trop bas. Et cette baisse du cours a rendu très délicate la situation financière personnelle d'Arnaud Lagardère. En effet, celui-ci est aujourd'hui très lourdement endetté. Sa dette peut être estimée à près de 350 millions d'euros, soit presque autant que sa participation dans son groupe, qui en vaut 400 millions. Encore cette valeur a-t-elle récemment été dopée par l'activisme du financier franco-américain...

Actions gagées

Cette dette a été contractée afin de financer la montée au capital d'Arnaud Lagardère dans son groupe. Il a doublé sa participation (passée de 5,5% à 10,3%) en deux étapes (2005 et 2007), ce qui lui a coûté au total 340 millions d'euros. Un des objectifs de cette opération était -déjà- de répondre aux critiques sur la structure en commandite, qui permettait à son père de contrôler le groupe avec seulement 5% du capital. Des critiques que brandit à nouveau Guy Wyser-Pratte.
Arnaud Lagardère a financé cette opération en s'endettant auprès de banques. Selon « le Nouvel Observateur », il s'agit de BNP Paribas et Calyon. On note que depuis 2007, la quasi-totalité des actions d'Arnaud Lagardère sont gagées auprès des banques. Cela semble indiquer que les banques ont demandé à l'héritier de fournir en garantie des prêts les actions qu'il détient dans son groupe.


Achat au plus haut

Autre problème: le timing de ces achats, effectués via la société Lagardère Capital & Management (LCM) détenue à 99% par Arnaud Lagardère. Ils ont été réalisés quand le cours était très élevé (respectivement 57,9 et 61 euros). Hélas, le cours a ensuite été divisé par trois, pour tomber il y a un an à 19 euros, son plus bas niveau depuis une dizaine d'années. La participation d'Arnaud Lagardère ne valait alors plus que 258 millions.
En face, la dette financière de LCM s'élevait fin 2006 à 292 millions d'euros. Depuis 2006, LCM ne publie plus ses comptes, et a refusé de nous communiquer tout chiffre récent. Mais on sait qu'en 2007, Arnaud Lagardère a encore dépensé 200 millions d'euros pour monter au capital. La dette en 2008 peut donc être estimée à 492 millions d'euros, soit le double de la valeur des actions d'Arnaud Lagardère au plus bas. Autrement dit, l'héritier était alors virtuellement ruiné.


Les créanciers sont-ils nerveux ?

A en croire plusieurs sources, les banques créancières d'Arnaud Lagardère auraient commencé à s'inquiéter l'an dernier face à cette chute du cours. Selon ces sources, les prêts contractés par Arnaud Lagardère lui imposeraient même de rembourser ses banques si le cours de l'action Lagardère passe en dessous d'un seuil plancher, seuil qui aurait été atteint l'an dernier. Interrogé sur ce point, le groupe a refusé de répondre. Mais une source bancaire nie que les banques aient exigé un remboursement d'Arnaud Lagardère.


Desserrer la nasse

En tous cas, l'hériter a effectué l'an dernier une opération financière qui lui a permis de desserrer un peu sa nasse financière. Fort heureusement, quand le cours était élevé, le co-gérant n'avait pas exclu que le cours puisse chuter, et s'était protégé contre une baisse éventuelle, en achetant des «puts» (option de vente) auprès d'une banque -il s'agirait de Calyon. Ces «puts» concernaient la moitié les titres détenus par Arnaud Lagardère. En pratique, si Arnaud Lagardère décide d'exercer un « put », la banque est alors obligée d'acheter au co-gérant une action Lagardère à un prix et une date fixées à l'avance. Concrètement, la moitié de ces « puts » étaient exerçables mi-2010 à un prix d'environ 45 euros. Donc, dès que le cours passe sous les 45 euros, l'exercice du « put » se traduit par un gain pour Arnaud Lagardère.

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Mais ce dernier a décidé de ne pas attendre l'échéance de ces « puts » mi-2010, et a préféré les déboucler par anticipation dès l'été 2009, pour des raisons qu'il n'a pas souhaité expliquer. Cette opération a permis de faire rentrer dans ses caisses 109 millions d'euros correspondant à la différence entre le cours de l'époque et le prix d'exercice des puts. Il a ainsi allégé d'autant sa dette, tout en gardant ses actions.


"Bon père de famile"

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Interrogé, le groupe a répondu qu'Arnaud Lagardère "ne souhaite pas répondre à des questions qui tiennent à sa sphère privée, y compris financière" et renvoyé vers les informations fournies à l'AMF. Le co-gérant aborde brièvement le sujet dans une interview mardi au " Figaro ", assurant : "ma situation personnelle illustre ma confiance quant aux perspectives de mon groupe. La couverture partielle de mon portefeuille d'actions [est] un acte normal pour un actionnaire agissant en bon père de famille".

Jamal Henni

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