Manoeuvres en coulisses autour de la chaîne bonus de Canal Plus

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Les pouvoirs publics examinent les scénarios qui leur permettraient de priver Canal de sa chaîne gratuite sur la TNT.

Canal Plus va-t-elle pouvoir lancer une chaîne gratuite sur son canal bonus sur la TNT ? Cette épineuse question devrait bientôt être tranchée. Le président du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) Michel Boyon, mandaté par le gouvernement pour étudier la question, va remettre son rapport d'ici début septembre.

Mais il apparaît de plus en plus clairement que les pouvoirs publics, même s'ils ne le disent pas officiellement, n'ont guère envie que cette chaîne voie le jour. Les raisons sont multiples : ils sont sensibles au discours de TF1, farouche opposant au projet. En outre, la chaîne cryptée a de mauvais rapports aussi bien avec le CSA (qui déplore sa position dominante dans la TV payante) qu'avec l'Élysée (qui serait mécontent entre autres des « Guignols » et de la ligne éditoriale d'iTélé).

Mais empêcher ce projet est plus facile à dire qu'à faire. En effet, cette chaîne bonus est un droit accordé par la loi à la chaîne cryptée. Un droit est valable à compter du 30 novembre. Lorsque Canal déposera son dossier auprès du gendarme de l'audiovisuel, ce dernier pourra faire traîner les choses quelques mois, mais sera in fine légalement obligé d'accorder son autorisation à la chaîne cryptée. Les pouvoirs publics étudient donc depuis le printemps trois possibilités pour contourner cet obstacle :

- changer la loi : c'est la solution la plus simple, mais elle très difficile à mettre en oeuvre. Il faudrait trouver une fenêtre de tir au Parlement avant le 30 novembre, ce qui semble quasi impossible. Et Canal prétend qu'il n'y aura pas de majorité pour un tel texte;

- redonner la main au CSA : le CSA lancerait des appels à candidatures pour de nouvelles chaînes TNT, où Canal pourrait notamment présenter son projet de chaîne gratuite. En contrepartie, TF1, M6 et Canal perdraient leur chaîne bonus. Une solution qui paraît consensuelle, donnant satisfaction à tous, y compris aux autres candidats à la TNT : NextRadioTV, NRJ... Sauf que Canal n'est pas dupe : la chaîne cryptée refuse de perdre un droit acquis, en échange d'une option potentielle dépendant du bon vouloir d'un CSA qui ne l'aime guère. Et il ne semble pas que cette option soit recommandée par le rapport Boyon;

- changer de norme : dans ce troisième scénario, une nouvelle norme, le DVB-T2, serait imposée pour la diffusion de toute nouvelle chaîne TNT, y compris les chaînes bonus. Or aucun foyer français n'est aujourd'hui équipé d'un décodeur supportant le DVB-T2. Toute nouvelle chaîne devrait donc attendre plusieurs années que les foyers français soient équipés. Cette solution peut être mise en place rapidement : il suffit que le gouvernement publie un arrêté technique changeant de norme. Toutefois, cet arrêté doit être soumis à Bruxelles, ce qui prend trois mois, et donc il faudrait aller vite. Cette solution est notamment soutenue par le ministre de l'Industrie Éric Besson, et pourrait être une des pistes mises en avant par le rapport Boyon. Problème, certains conseillers ministériels ne la jugent pas solide juridiquement, et craignent que Canal conteste cet arrêté, en arguant, à juste titre, que son but réel est de la spolier de son canal bonus.

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Commentaires
a écrit le 26/08/2011 à 2:19 :
canal plus aura des vrai souci avec le prochain sandale sexuel qui va toucher un de ses principaux dirigeant les prochain jour
a écrit le 23/08/2011 à 10:32 :
On a tendance à faire passer Canal + pour une victime dans ces histoires de chaînes bonus par retour d'ascenseur basé sur les investissements de Canal + dans le décrochage de l'analogique (en avance de phase) et les subventions pour les décodeurs comme nous l'expliquait Bertrand Méheut.

Or, d'une part, Canal + est en situation de monopole et dans l'hexagone. D'autre part, pourquoi ces efforts ne sont pas consentis dans les départements ultra marins où la TNT a été lancée dans les grands noms des groupes privés qui préfèrent commercialiser des bouquets satellitaires payant que les habitants des DOM-TOM n'ont pas forcément les moyens de se payer.

En somme, sans lien avec l'actualité avec le procureur Cyrus Vance, n'est pas victime forcément celle ou celui qui se présente comme telle.

@+ cactus
a écrit le 22/08/2011 à 20:18 :
Je me permets une petite précision à qq fins utiles.

Le DVB-T2 est déjà une réalité outre-manche et les fabricants d'écrans plats qui vendent dans l'hexagone exactement les mêmes modèles (sauf modification mineure sur les prises d'alimentation) intègrent déjà la gestion du DVB-T2. Donc, il n'est pas totalement vrai de dire qu'aucun téléviseur ne gère le DVB-T2. Disons que certains téléviseurs le gèrent mais les heureux propriétaires ne le savent pas forcément. Et ils sont ss doute nombreux [...]

A suivre.

++
a écrit le 22/08/2011 à 14:45 :
Très mauvaise nouvelle pour les téléspectateurs et pour le monde de la création. On s'en rendra bien vite compte devant l'émergence de la télévision connectée. Il paraît évident que le but premier est ici de priver Vivendi d'une chaine nationale généraliste. Regardons la télévision numérique des autres pays européens, plus riche, plus variée. Plus de 40 chaines gratuites par exemple au Royaume-Uni ou en Italie, avec plusieures chaines musicales, plusieures chaines de sport.
Réponse de le 23/08/2011 à 13:23 :
Gratuite ?? J'ai vécu à Londres et on payant 45£ par mois pour la télévision. Avec la seule antenne extérieure ne fournissait que 5 malheureuse chaine.
Réponse de le 05/09/2011 à 10:59 :
Par contre les allemands possèdent plus de chaines gratuites que la France. Et de plus on peut facilement les avoir en clair avec un décodeur satellitaire landa.
On devrait plus regarder ce que font les allemands que notre nombril?

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