Canal+ assomme beIN Sports dans son match pour les droits TV du foot français

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(Crédits : reuters.com)
La filiale de Vivendi va débourser près de 550 millions par an de 2016 à 2020 pour diffuser les meilleurs matches de Ligue 1. Canal+ et beIN Sports ont raflé l'ensemble des lots pour la Ligue 1 et la Ligue 2, pour un montant record de 748,5 millions d'euros par saison, en hausse de plus de 20%.

Canal+ a cassé sa tirelire pour rester le premier diffuseur de la Ligue 1 de football face à son rival qatari beIN Sports. Selon une source proche du dossier, la filiale de Vivendi a promis à la Ligue de football professionnel (LFP) de débourser près de 550 millions par an de 2016 à 2020 pour diffuser les meilleurs matches. Aujourd'hui, le groupe dirigé par Bertrand Méheut paie 420 millions d'euros par saison.

Les deux premiers lots

Canal+, diffuseur de la Ligue 1 depuis 1984, renforce donc son offre premium, puisque la chaîne proposera à ses abonnés une offre augmentée. En remportant les deux premiers lots de l'appel d'offres lancé par la LFP, la chaine cryptée sera le diffuseur des trois plus belles affiches de chaque week-end, en direct, et conserve ses magazines, dont sa vitrine le Canal football Club, le dimanche en access prime-time. BeIN Sports, lui, a remporté les lots 3 à 6 et aura donc la possibilité de diffuser sept autres matches en direct, les trois meilleurs en différé, une douzaine en codiffusion, ainsi que les multiplex des 19e, 37e et 38e journées et le Trophée des Champions.

"Nous sommes très satisfaits de pouvoir poursuivre notre histoire commune avec la L1 pour un nouveau long bail jusqu'en 2020", a expliqué à l'AFP Cyril Linette, directeur des sports de la chaîne cryptée. "Notre offre s'enrichira, dans la continuité du partenariat qui nous lie avec le football français.

Montant record : 748,5 millions par saison

Canal+ et beIN Sports ont raflé l'ensemble des lots pour la Ligue 1 et la Ligue 2, pour un montant record de 748,5 millions d'euros par saison (726,5 millions d'euros pour la L1 et 22 millions pour la L2), contre 607 millions d'euros actuellement (avec d'autres acteurs résiduels). Un record puisque les droits domestiques du football français n'avaient jamais été vendus pour plus de 668 millions d'euros (2008-12).

L'enjeu était de taille dans la mesure où le football est l'un de ses principaux produits d'appel avec le cinéma et les séries. Les analystes de Natixis estiment en effet que la Ligue 1 motive près de la moitié des abonnements à la chaîne, soit autour de trois millions.

"Personne n'a envie que Canal soit en difficulté, Canal est une chaîne historique qui soutient le cinéma, la création, mais en même temps il faut que Canal accepte d'être en concurrence", a déclaré Frédéric Thiriez, le président de la LFP.

Légère déception du côté de la Ligue 

En obtenant une augmentation de 23% des droits de retransmission, la LFP a en partie réussi le coup tenté lorsqu'elle a lancé son appel d'offres le mois dernier, à la surprise générale, avec plus d'un an d'avance. Frédéric Thiriez expliquait alors vouloir donner de la visibilité financière aux clubs français.

Mais il voulait surtout tirer parti de la forte rivalité entre Canal+ et le qatari Al Djazira, dont les chaînes beIN Sports ont séduit en moins de deux ans plus de 1,7 million d'abonnés grâce à un portefeuille bien garni de compétitions, pour certaines prises à la chaîne cryptée.

L'arrivée en juin 2012 de ce nouvel acteur aux moyens financiers importants s'est traduite par une inflation du prix de certains droits sportifs, dont récemment ceux du Top 14 de rugby pour lesquels Canal a dû doubler la mise.

Si les analystes n'attendaient pas un doublement pour la Ligue 1, la LFP espérait une belle augmentation et certains de ses membres semblaient être déçus à la sortie de leur réunion.

"C'est un chiffre tout à fait proche de ce que nous souhaitions. Ce n'est pas un triomphe, mais un résultat honorable. J'avais parlé de placer le championnat français sur le podium en Europe, nous y sommes quasiment", a commenté Frédéric Thiriez. "J'aurais aimé plus parce que j'ai beaucoup d'ambition pour le foot français. Mais le marché a parlé", a-t-il ajouté, promettant que cet argent ne serait "pas gaspillé".

La Ligue estimait qu'avec des clubs comme le Paris SG ou Monaco et des stars comme Ibrahimovic, Thiago Silva et Falcao, la L1 devait se rapprocher des droits des championnats d'Espagne (750 millions pour les droits domestiques et internationaux) ou d'Allemagne (675 millions), l'Italie (960 millions) et surtout l'Angleterre (1,7 milliard) restant intouchables.

"C'est un demi-succès, on n'est pas très loin de ce que l'on voulait, mais pas tout à fait non plus", a relevé Bernard Caïazzo, président du conseil de surveillance de Saint-Etienne et membre du comité de pilotage de l'appel d'offres.

Néanmoins, cette nette progression des droits reste malgré tout une bénédiction pour des clubs en grande difficulté financière depuis plusieurs saisons et qui accusaient en juin 2013 un déficit global de 39,5 millions d'euros. Ils vont en outre être soumis à la taxe à 75% sur les salaires les plus élevés, dont l'impact est estimé à 44 millions par an par la Ligue.

Canal+ au coeur de la stratégie de Vivendi

Canal+ peut, lui, pleinement se satisfaire du résultat de l'appel d'offres dont il contestait le calendrier anticipé. Le groupe a engagé plusieurs recours, dont l'un a été rejeté successivement par le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris puis par la cour d'appel de Paris. Un autre est en cours devant l'Autorité de la concurrence.

Le groupe dirigé par Bertrand Méheut est appelé à jouer un rôle de premier plan dans le futur spécialiste des médias que sa maison mère Vivendi - propriétaire entre autres de SFR et de la maison de disque Universal - a pour ambition de bâtir, une fois achevé son désengagement des télécoms.

Le numéro un de la télévision payante en France pèsera environ 40% du résultat opérationnel (Ebitda) de Vivendi lorsque celui-ci se sera séparé de l'opérateur téléphonique SFR, pour lequel il est en discussion avec deux repreneurs potentiels.

Les offres pour la Ligue des champions remises lundi

BeIn, moins bien dotée que lors du précédent appel d'offres, aura rapidement l'occasion de répliquer: l'UEFA attend lundi les dossiers des candidats à la diffusion de la Ligue des champions pour la période 2015-2018.

Interrogé par l'AFP, le directeur de la rédaction de la chaîne sportive Florent Houzot n'a pas caché que ce nouvel appel d'offres était un objectif.

"C'est un match. On est à la mi-temps de ce match. La première période vient de se terminer, la deuxième ça sera la Ligue des Champions. Les 15 minutes de pause, c'est ce week-end. A la pause, un coach analyse la première période et donne ses objectifs pour la deuxième. On en est là", a-t-il dit.

 

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a écrit le 12/04/2014 à 1:58 :
Ce n'est pas Al Djazira mais Al Jazira pour les Francophones et Al Jazeera pour les Anglophones ! En Arabe même transcrit, on ne prononcer par la lettre "D" devant le "J" sauf dans le patois algérien.
a écrit le 06/04/2014 à 10:53 :
CANAL PLUS pour les gogos . Payer un abonnement alors que l'on peut regarder tout les matchs sur internet (et diffusés par .... canal plus) ou pour une somme modique télécharger un film que l'on veut voir . Merci qui ???
a écrit le 05/04/2014 à 22:20 :
C+ s'en tamponne !
Il a le monopole de la diffusion des films
Il n'aura qu'à augmenter les droits
Regardez mon dernier film (ou ma série pourrie !) et vous payerez pour le foot
En plus, on va vous remettre ça
C'est confortable les monopoles de fait ou de droit ( non excusez moi : de gauche !)
a écrit le 05/04/2014 à 11:43 :
Ca veut dire qu'on aura enfin plus de foot sur les chaînes gratuites ? :)
a écrit le 05/04/2014 à 10:21 :
Pas une tune de mes 4 sous n'irons engraisser cette ignominie.
Réponse de le 05/04/2014 à 14:50 :
Et qu'est ce qu'on en a à faire ?
a écrit le 05/04/2014 à 9:18 :
Ce que veulent les qataris avec le PSG c'est être sur le toit de l'Europe, ce qui donne une visibilité mondiale à leur investissement et cela se passe lors de la Ligue des champions. Canal+ en ayant claqué autant pour la L1 n'a plus les moyens de lutter avec BeIN Sports. Les qataris ont misé sur la Ligue des champions qui leur apportera prestige mais peu d'abonnés supplémentaires alors que pour moins cher ils prenaient le rugby et tous ses passionnés, un investissement moins prestigieux mais plus rentable.

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