FranceTV Zoom : comment France Télévisions veut concurrencer Netflix et Youtube

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Rémi Pflimlin, l'actuel président de France Télévisions, mise sur la télévision de recommandation pour concurrencer des services comme Netflix
Rémi Pflimlin, l'actuel président de France Télévisions, mise sur la "télévision de recommandation" pour concurrencer des services comme Netflix (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2010. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Avec son nouveau service sur mobile FranceTV Zoom, disponible depuis ce mardi sur l’Apple Store, France Télévisions crée la première chaîne TV personnalisée sur mobile en France. L’objectif : s’adapter aux nouveaux usages numériques des téléspectateurs et concurrencer Netflix ou Youtube, qui révolutionnent la manière de consommer les contenus vidéos. Ambitieux, mais pas gagné.

Vous avez 5 minutes à tuer avant un rendez-vous, 20 minutes d'attente chez le dentiste ou une heure de trajet en bus? Autant regarder la télévision. Depuis ce mardi, France Télévisions propose aux mobinautes une nouvelle application, baptisée "FranceTV Zoom", qui se veut "une chaîne de TV sur-mesure sur mobile". Selon Rémi Pflimlin, l'actuel président du groupe (mais plus pour longtemps), ce lancement est "majeur" pour France Télévisions. Et pour cause: il s'agit du premier service de télévision sur mobile créé par un groupe audiovisuel en France.

Un algorithme qui sélectionne des contenus personnalisés

Une équipe de 25 personnes planche depuis janvier 2014 sur FranceTV Zoom. Une fois n'est pas coutume, il place France Télévisions, très en retard sur le numérique il y a encore cinq ans, dans la position de l'innovateur, car aucune autre grande chaîne française ne dispose d'un service équivalent spécialement dédié à l'usage mobile.

Le principe est simple. Après avoir téléchargé l'application, disponible gratuitement sur l'Apple Store (elle devrait être lancée sur Android "avant la fin de l'année"), le mobinaute arrive sur une plateforme aux faux airs de Youtube. Celle-ci lui demande d'indiquer ses thèmes de prédilection (info, séries, sport, culture, talk show...) et de renseigner ses émissions préférées diffusées sur les chaînes du groupe ainsi que celles qu'il n'apprécie pas. Puis, une nouvelle fenêtre s'enquiert du temps dont il dispose (5, 10, 20 minutes ou plus).

Ces données sont moulinées par un algorithme, créé par la startup lyonnaise Cognik, qui les utilise pour sélectionner une liste de vidéos (des "playlists") susceptibles de lui plaire, correspondant à des programmes diffusés ces sept derniers jours, et adaptés au temps dont il dispose. Si l'utilisateur n'a que 5 minutes devant lui, l'algorithme sélectionnera des webséries, des programmes courts ou des extraits d'émissions, réalisés par une équipe éditoriale. S'il a le temps, il pourra visionner des émissions en intégralité... selon les contrats passés avec les producteurs, dont certains sont en cours de négociation.

Après visionnage, l'utilisateur peut indiquer s'il a aimé la vidéo ou pas, ce qui permettra à l'algorithme d'affiner sa sélection la prochaine fois. Et aux équipes d'utiliser ces "retours utilisateurs" pour mieux cerner les attentes, pour l'heure mystérieuses, des mobinautes quand il s'agit de télévision sur mobile.

La pub comme modèle économique

Autre particularité, le spectateur peut aussi piocher dans une sélection de vidéos thématiques choisies par l'équipe éditoriale. Comme "Se coucher moins bête", qui propose des extraits d'émissions sur la connaissance, ou encore "Voyage voyaaaage", une playlist de vidéos au contenu explicite. Une offre conçue pour "ceux qui aiment la télé mais vivent la diffusion linéaire comme une contrainte, n'ont pas le temps de tout regarder et ont du mal à choisir parmi les centaines de chaînes et les millions de vidéos", résume Bruno Patino.

Pour l'heure, la direction de France Télévisions n'indique n'avoir aucun objectif en terme de nombre de téléchargements, l'application étant "en test" auprès du grand public. En revanche, comme sur les services de replay dont FranceTV Pluzz et son milliard de vidéos consultées par mois, le spectateur devra subir des publicités chaque dix minutes. "La condition", selon France Télévisions, de la gratuité du service.

Le virage stratégique du mobile

Avec FranceTV Zoom, le groupe d'audiovisuel public amorce un virage calculé vers le mobile. "De plus en plus de gens regardent la télévision sur le mobile, c'est une évolution inévitable de la consommation des programme télévisés", estime Bruno Patino, le directeur des programmes et des développements numériques de France Télévisions.

Le raisonnement ne manque pas de bon sens. La numérisation de la société et la popularisation des smartphones changent les usages. Selon Médiamétrie, la France compte déjà 30,4 millions de mobinautes, dont 56% de la population de 11 ans et plus. Les Français disposent en outre de 6,4 écrans en moyenne, et 2 millions des plus de 15 ans regardent quotidiennement la télévision sur un autre écran. Une proportion en nette augmentation: 86% de ces téléspectateurs « multicanaux » se sont convertis ces deux dernières années...

D'autre part, avec l'augmentation du nombre de chaînes de la TNT et la popularité des services de VOD, de replay et des nouveaux acteurs comme Netflix, l'éparpillement de l'offre télévisuelle menace l'équilibre des chaînes de télévision "historiques", qui voient une partie de leur audience, et notamment les plus jeunes, fuir vers d'autres modèles et d'autres plateformes.

La place que prennent les smartphones et ces nouveaux services change la donne. Ils sont en train de créer une nouvelle manière de consommer la télévision, non-linéaire, sur le principe du "quand je veux, où je veux, comme je veux", ajoute Bruno Patino. Nous devons nous adapter à cette évolution des usages pour offrir des services appropriés aux nouvelles attentes. C'est aussi une mission du service public".

Concurrencer Netflix et Youtube avec une "télévision de recommandation"

Avec FranceTv Zoom, France Télévisions espère avoir trouvé la réponse pour retenir les mobinautes dans ses filets. Pour contrer Youtube, l'appli propose elle aussi des contenus courts qu'elle espère incisifs et qui se regardent sur le pouce. Pour rivaliser avec Netflix, Zoom reprend le principe des algorithmes de recommandation automatique, censés proposer des vidéos semblables à celles que l'on a déjà visionnées, et qui donc sont susceptibles de nous plaire.

Selon France Télévisions, l'avenir de la télévision se joue dans sa capacité à réussir sa mutation dans la coexistence de deux modèles : la télévision de programmation, et la télévision de recommandation.

"Chaque offre a ses vertus : la télévision de programmation reste sans égal pour les événements, l'accompagnement, tout ce qui dans la vie sociale exige la simultanéité massive d'une audience voyant la même chose au même moment. La télévision de recommandation se révèle, elle, d'une efficacité sans pareille pour proposer à chacun de voir, au bon moment, la série, le film, le documentaire qui correspond à ce que ses amis ou des algorithmes, et souvent les deux, savent être son attente".

Reste à découvrir si FranceTV Zoom a les épaules assez large pour cette mission. Ce n'est pas gagné. Ce nouveau service pourrait bien ne représenter qu'un petit caillou dans le pied des géants Netflix ou Youtube.

Car "Zoom", qui ne diffuse que des programmes maison, ne dispose ni du catalogue divers et très cinématographique qui fait le succès de Netflix, ni de la puissance sociale de Youtube, où une vidéo postée par un inconnu peut rencontrer en quelques heures un succès fulgurant. Un choix limité, et donc une attractivité limitée. De plus, l'application ne dispose pas encore d'un outil de recommandation sociale, c'est-à-dire de la possibilité d'échanger avec sa "communauté" sur les réseaux sociaux. "On y travaille", avance prudemment le groupe.

En phase avec le projet de la nouvelle présidente

Les équipes qui ont travaillé au lancement de FranceTV Zoom peuvent au moins se rassurer en se disant que leur nouvelle offre correspond parfaitement à la ligne que souhaite impulser la nouvelle présidente du groupe, Delphine Ernotte-Cunci. Dans son projet, baptisé "Audace 2020", la future première femme présidente du groupe d'audiovisuel (à partir du 22 août), affichait clairement son intention de développer la logique du "second écran".

"Le numérique, ce n'est pas que le web. C'est de plus en plus le mobile, la tablette et la télévision connectée. Il faut concevoir l'offre numérique en même temps sur tous ces supports et y retrouver une même ergonomie. La télévision de rattrapage se déroule en grande partie sur des ordinateurs et à 25% sur des appareils mobiles. Cette mutation des usages appelle une transformation de l'offre".

Avant de partir, l'actuel président Rémi Pflimlin laisse donc un petit cadeau sur la table de sa successeur. Se révélera-t-il en or, ou empoisonné ?

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Commentaires
a écrit le 05/06/2015 à 16:15 :
Jme suis fais les abdos rien qu'en lisant le titre de l'article :'D
a écrit le 03/06/2015 à 16:46 :
ou comment justifier l'extension de la redevance télé aux différents devices, smartphone, pc, et tablette.

il faudrait rendre cette redevance optionnelle car il y a des gens (des jeunes?) qui ne regardent pas la tv, ni sur pc, ni sur son smartphone même si l'application francetélé existe.
a écrit le 03/06/2015 à 10:03 :
Cet organisme de fonctionnaires en surnombre et trop bien payés veut jouer sur les deux tableaux public/privé. On va prendre des risques avec de beaux discours mais quand l'échec sera constaté, c'est le contribuable qui paiera. Quand on est irresponsabilisé par statut, on n'a pas le droit de prendre des risques ou alors on va dans le privé et on convainc les actionnaires de financer. Un fonctionnaire est là pour fonctionner, pas pour jouer avec l'argent public comme chez AREVA et pour bien d'autres élucubrations qui se soldent par des catastrophes que le contribuable doit assumer....
Réponse de le 03/06/2015 à 10:22 :
oui, à part que FTV est financé à presque 50% par la publicité qui n'est pas de l'argent public. Et si on disait que la partie innovation dont il est question dans l'article serait financée par cet argent provenant de la pub et que l'argent de la redevance servirait à faire "fonctionner", cela vous irait?

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