Aux yeux des deux leaders de la télévision, leur union constitue un impératif pour « survivre » face à l’essor des géants américains du Net. Mais le poids du nouveau groupe dans le paysage audiovisuel et celui de la publicité risque de faire grincer des dents ses concurrents, et surtout l’Autorité de la concurrence, qui devra donner son feu vert.Un mastodonte de la télévision est en passe de sortir de terre. TF1 et M6 ont annoncé ce lundi leur volonté de se marier. Groupe M6, filiale à 48% de RTL Group, lui-même propriété de l'allemand Bertelsmann, était à vendre depuis près de trois mois. Une opportunité rare. Sans surprise, les prétendants se sont bousculés au portillon. Vincent Bolloré, le chef de file de Vivendi (Canal+), le trublion des télécoms Xavier Niel, mais aussi l'entrepreneur tchèque Daniel Kretinsky (Le Monde, Elle, Marianne) ont notamment déposé des offres. Mais c'est finalement la proposition de Bouygues, la maison-mère de TF1 et grand rival de M6, qui a séduit Thomas Rabe, le PDG de Bertelsmann.
Le groupe de Martin Bouygues vient d'entrer en négociations exclusives pour décrocher la timbale.
« Cette opération est très positive pour les deux groupes, qui vont pouvoir créer un groupe leader en France avec une part de marché probablement autour de 60% sur le marché publicitaire TV », souligne Jérôme Bodin, analyste chez Oddo-BHF.
Selon lui, cette fusion sera « massivement créatrice de valeur ». Même son de cloche pour Thomas Coudry, analyste chez Bryan Garnier. « C'est un bon deal pour les actionnaires de TF1 et de M6, surtout au regard des opportunités de synergies, évaluées par les deux groupes entre 250 et 350 millions d'euros, affirme-t-il. La nouvelle entité affichera un résultat opérationnel courant de 460 millions. Avec les synergies, il pourrait presque doubler. C'est énorme... »
TF1 et M6 veulent peser davantage face aux Gafa
Mais pour arriver à leurs fins, le deal devra décrocher l'aval de l'Autorité de la concurrence et du CSA. Ce n'est pas gagné, loin de là. L'autorité de la concurrence pourrait notamment juger que la nouvelle entité dispose d'une trop grosse part de la publicité télévisée. Du côté de TF1 et de M6, on argue que cette manière de voir les choses n'a plus lieu d'être. A leurs yeux, il faut considérer le marché de la publicité dans son ensemble, en incluant la publicité digitale. En élargissant ainsi le « marché pertinent » applicable à la télévision, le poids du nouvel ensemble TF1-M6 serait bien moindre. En 2020, le numérique représentait ainsi, et pour la première fois, plus de la moitié (55%) du marché publicitaire français, à près de 7 milliards d'euros, selon le cabinet d'études Magna Global. Sachant que ce segment est largement dominé par les géants du Net Google, Facebook et Amazon. TF1 et M6 soulignent également qu'ils font face à une concurrence de plus en plus agressive sur le front des contenus, avec l'essor des Netflix et Disney+. Dans ce contexte, une source proche de M6 juge que la consolidation relève de la « survie ». Jusqu'à présent, la chaîne a pourtant réussi à maintenir ses recettes publicitaires, mais au prix d'augmentations tarifaires. L'état-major de M6 estime que sur le long terme, cette situation n'est pas tenable.