Pèlerinage à Akihabara, le temple nippon de la high-tech

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De nombreux Tokyoïtes de tous les âges vont à Akihabara pour acheter moins chers leurs produits électroniques.
De nombreux Tokyoïtes de tous les âges vont à Akihabara pour acheter moins chers leurs produits électroniques. (Crédits : Pierre Manière)
Situé à l'est de Tokyo, le quartier d'Akihabara, aussi appelé "Electric City", est le repère des fondus d'électronique et de mangas. Des figurines de dessins animés aux jeux vidéo, aux derniers smartphones, en passant par les machines à laver, les chaînes hi-fi ou les sèches-cheveux, l'endroit est incontournable pour les fans de technologie et de pop culture japonaise.

A la sortie du métro, une jeune femme habillée en soubrette sautille au milieu de la rue, grand sourire aux lèvres. Armée d'une pile de prospectus, elle alpague les passants pour promouvoir une boutique de figurines de mangas.

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Une boutique de figurines de héros de mangas. (Crédits: P.M.)

Derrière elle, s'étend une large avenue bondée. Des deux côtés, d'immenses centres commerciaux bardés d'écrans vantent les derniers smartphones, tablettes, téléviseurs et autres produits high tech. Ils côtoient des boutiques, de toutes les tailles, dédiées pêle-mêle aux jeux vidéo, à l'électroménager, ou encore aux luminaires. Le tout sur fond de "J-pop", la musique pop japonaise, dont les jeunes groupes sont adulés par les ados. Akihabara, aussi appelé "Electric City", n'a décidément pas volé son nom.

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A Akihabara, les grands centres commerciaux côtoient les nombreuses petites échoppes. (Crédits: P.M.)

Situé à l'est de Tokyo, ce quartier est à la fois le temple de la high-tech et de la pop culture du Japon. Outre les légions de geeks qui font du lèche-vitrine devant les dernières cartes graphiques, les fans de jeux vidéo et de mangas, beaucoup de Tokyoïtes de tous les âges y font escale pour acheter un peu moins cher qu'ailleurs leurs machines à laver, chaînes hi-fi, appareils photos ou sèches-cheveux. Reste que l'endroit est connu pour être le bastion des "otakus" (qui signifie "chez-soi"). Souvent péjoratif, ce nom désigne les jeunes tellement passionnés par les mangas ou l'informatique qu'il ne sortent presque plus de chez eux, boudant parfois leurs études et leur vie sociale.

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Dans le quartier, les magasins de DVD se comptent par dizaines. (Crédits: P.M.)

A quelques dizaines de mètres du métro, la tour Sega passe pour être un de leurs fiefs. Emblématique, cette marque nippone a longtemps été un des leaders des consoles de jeux vidéo. Mais après plusieurs échecs sur ce marché au début des années 2000, elle a jeté l'éponge, pour se consacrer à l'édition de jeux et aux bornes d'arcade. Ce mercredi après-midi, l'intérieur de la bâtisse est empli de testostérone. Manettes au poing, une écrasante majorité de jeunes hommes ont les yeux rivés sur leurs écrans. Concentrés, ils font exploser des monstres à grand coups de sabre ou de bazooka.

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La tour Sega abrite des dizaines de jeux d'arcade sur plusieurs étages. (Crédits: P.M.)

A l'étage, Sato, cheveux longs et petites lunettes rectangulaires, tire sur sa cigarette dans le coin fumeur, en pianotant sur son smartphone. Cet ingénieur du son de 22 ans est un habitué des lieux.  On lui demande s'il vient souvent. Il rigole, lève les yeux quelques instants. Puis lâche:

"Cette semaine, je ne suis venu qu'une fois! Mais c'est vrai que je suis souvent là. On se retrouve ici avec les copains ou dans une autre salle un peu plus loin. J'aime bien aussi aller dans les boutiques de mangas. Akihabara, c'est vraiment chez nous."

Un peu plus loin dans la rue, une boutique de smartphones, tablettes et de montres connectées ne désemplit pas. A l'intérieur, He, incollable en matière d'iPhone et de Samsung Galaxy, conseille les clients. Cela fait 7 ans que cette jeune chinoise travaille ici. "J'ai été embauché parce qu'il y a énormément de touristes chinois. Ils viennent chez nous car on a beaucoup de produits non-taxés, ce qui peut-être avantageux." A 27 ans, elle est désormais bien installée au Japon, même si sa famille en Chine lui manque. "J'aime le quartier et le fait qu'on y voit beaucoup d'étrangers", affirme-t-elle. Son ambition? "J'aimerai faire des études de commerce, et pourquoi pas gérer ma propre boutique."

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He, 27 ans, a été embauchée car elle parle chinois. (Crédits: P.M.)

A une centaine de mètres de là, Yoshimi tente de calmer son fils qui court dangereusement dans sa boutique de luminaires et d'ampoules. Pourtant bien placée, son échoppe est vide. "Les affaires sont parfois difficiles", affirme-t-elle. A l'en croire, ses produits ne bénéficient pas de l'aura aujourd'hui très touristique du quartier. En outre, cette maman de 37 ans peste contre les nouvelles générations d'ampoules. "Celles-ci durent beaucoup plus longtemps, ce qui fait qu'on voit les clients moins souvent", constate-t-elle.

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Yoshimi et son fils. (Crédits: P.M.)

Malgré cela, elle ne se voit pas faire autre chose. "C'est un business familial, souligne-t-elle. C'est mon grand-père qui s'est installé ici dans les années 1950. A ses débuts, il vendait des téléviseurs et des radios."

A l'époque, Akihabara n'avait rien à voir avec l'"Electric City" de 2016. Détruit pendant la seconde guerre mondiale, le quartier  s'est transformé, passant d'un royaume des pièces détachées et de la bidouille, en Mecque de l'électroménager et de l'informatique lors du "miracle économique japonais" des années 1980. Jusqu'à devenir une des vitrines de la sous-culture japonaise, qui séduit, aujourd'hui encore, tant d'ados à travers le monde.

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Pour cette figurine de Sangoku, héros de Dragon Ball Z bien connu en France, il faut débourser la modique somme de 315 euros! (Crédits: P.M.)

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