RGPD : le torchon brûle entre Google et les acteurs français de la pub

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Pendant quelques jours, les annonceurs ne pouvaient plus acheter d'espace sur des sites comme lefigaro.fr, et ces sites ne percevaient plus de revenus publicitaires via l'achat automatisé de publicité numérique. Les médias dont la régie publicitaire utilisent exclusivement les outils de Google, n'ont, eux, pas subi de coupures.
Pendant quelques jours, les annonceurs ne pouvaient plus acheter d'espace sur des sites comme lefigaro.fr, et ces sites ne percevaient plus de revenus publicitaires via l'achat automatisé de publicité numérique. Les médias dont la régie publicitaire utilisent exclusivement les outils de Google, n'ont, eux, pas subi de coupures. (Crédits : Dado Ruvic)
Les principales associations d'annonceurs et régies publicitaires reprochent à Google d'avoir coupé le robinet publicitaire pour certains médias jugés non-conformes avec le RGPD, sans les prévenir en amont et les rendant dépendants de ses décisions.

Les premières conséquences de l'entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données (RGPD) se font déjà sentir pour les acteurs de la publicité en ligne. Dans une lettre ouverte adressée à Google, les principales associations d'annonceurs et régies publicitaires lui reprochent d'avoir entraîné une "coupure massive des achats", conséquence de l'application par le géant américain du nouveau règlement européen.

"Votre mise en œuvre de ce règlement a été subite et sans concertation, et a eu un impact majeur sur les revenus et les coûts d'une grande partie des acteurs, à tous les niveaux de la chaîne de valeur publicitaire", accusent les cinq co-auteurs de la lettre, qui sont l'UDA (Union des annonceurs), l'Udecam (Union des entreprises de conseil et achat médias), le SRI (Syndicat des régies Internet), le Geste (groupement des éditeurs en ligne) et l'IAB France (Internet advertising bureau).

Lire aussi : Le RGPD est officiellement en vigueur, et c'est le grand flou

Des sites de médias inaccessibles car pas conformes selon Google

Le RGPD, entré en vigueur le 25 mai, impose à toutes les entreprises d'obtenir le consentement de leurs utilisateurs en ce qui concerne la gestion et la transmission de leurs données. Or, de nombreux sites de médias français se sont retrouvés inaccessibles aux annonceurs à la suite de l'application des nouvelles règles par Google, qui estimait que ces médias n'offraient pas assez de garanties en termes de consentement.

Pendant quelques jours, les annonceurs ne pouvaient ainsi plus acheter d'espace sur des sites comme lefigaro.fr, et ces sites ne percevaient plus de revenus publicitaires via l'achat automatisé de publicité numérique. Les médias dont la régie publicitaire utilisent exclusivement les outils de Google, n'ont, eux, pas subi de coupures.

Lire aussi : Protection des données : le chaotique business de la conformité RGPD

Les régies ne reprochent pas à Google d'avoir intégré le RGPD, qu'elles considèrent comme "une avancée marquante pour les consommateurs européens", mais "il y a eu un dommage collatéral, parce qu'ils (Google) n'ont pas été dans une démarche de concertation et ont coupé l'accès de manière unilatérale", affirme Sylvia Tassan Toffola, présidente du syndicat des régies internet (SRI) et vice-présidente de TF1 Publicité.

"Le RGPD est un changement important pour tout le monde. Nous avons mis tout en œuvre pour nous assurer que Google respecte ses obligations dans le cadre du RGPD, et pour aider nos partenaires dans leurs efforts de mise en conformité. En un an et dans près de 60 pays, nous avons collaboré avec plus de 10.000 éditeurs, annonceurs, agences et associations, (...) et nous nous engageons à poursuivre cette discussion", a répondu un porte-parole de Google.

Les acteurs de la pub ne veulent pas être "pris en otage" par Google

D'après le SRI, la majorité des médias concernés, notamment ceux disposant de moyens conséquents, ont pu résoudre le problème en quelques jours après des négociations individuelles pour être de nouveau connectés. Mais "l'objet de la lettre, c'est de mieux préparer le futur, de mieux anticiper l'avenir, et surtout de rappeler qu'on ne peut pas être pieds et poings liés ou 'pris en otage' par un acteur, quel qu'il soit", explique Sylvia Tassan Toffola.

"La grande question aujourd'hui c'est de savoir s'il y a une opportunité pour des annonceurs et des médias de fonctionner hors de l'écosystème Google", renchérit Jean-Luc Chetrit, directeur général de l'Union des annonceurs. "Ce qui s'est passé prouve qu'ils sont capables involontairement ou pas de bloquer l'ensemble de l'écosystème."

À court terme, les signataires demandent à Google "d'accélérer (son) calendrier pour rétablir au plus vite une véritable interopérabilité des outils et le fonctionnement pérenne du marché", et de "mettre en place un processus permanent de concertation". Ils ont prévu d'alerter l'Autorité de la concurrence sur "les conséquences d'une telle dépendance technologique".

Lire aussi : Isabelle Falque-Pierrotin (Cnil) : "Le RGPD remet les acteurs européens et internationaux à égalité de concurrence"

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Commentaires
a écrit le 13/06/2018 à 17:10 :
Il faut tout simplement passer à Qwant comme moteur de recherche !
Réponse de le 02/08/2018 à 18:01 :
Il faut surtout installer le navigateur BRAVE qui bloque toutes les publicités et va casser le modèle économique actuel de la publicité.
a écrit le 13/06/2018 à 15:03 :
Premièrement, il faut se rappeler que ce règlement est sorti en Avril 2016, laissant ainsi plus de 2 ans à ces sociétés, principales "cibles", de ce mettre en conformité.
La première phrase de la communication de cette association est, dès lors, assez risible : "Votre mise en œuvre de ce règlement a été subite et sans concertation ...". La date du 25 mai 2018 est connue depuis fort longtemps et cela montre à quel point ces publicitaires ont pris le RGPD à la légère alors que Google, pour une fois, lui, est dans les clous les plus strictes.
Il ne faut pas se laisser berner par les instincts primitifs anti-GAFAM, la faute en revient ici bel et bien aux publicitaires qui n'ont pas crus bons de se mettre en conformité.
a écrit le 12/06/2018 à 16:05 :
Bonjour,
Merci beaucoup pour cet article.
Cdt Sylvain PASSEMAR
a écrit le 12/06/2018 à 14:11 :
Voilà les premières victimes collatérales du RGPD. Elles sont françaises, et ce n'est qu'un début. Le RGPD s'applique à tous les européens, et les multinationales l'appliquent à leurs clients. Les Etats européens peuvent être satisfaits de leur loyauté.
a écrit le 12/06/2018 à 11:19 :
C'est la puissance de ces GAFA qui savent exploiter immédiatement tous les outils qu'on leur met sous la main, contraignants ou non, nos vieux pépères de la publicité européenne sont tout bouleversés.

Pendant que les américains avancent les européens gémissent..
Réponse de le 12/06/2018 à 12:59 :
Euh, vous savez que le RGPD est une réglementation Européenne?

De plus ça fait des années que c'est annoncé, ces annonceurs ne pouvaient pas se préparer ?
Réponse de le 13/06/2018 à 10:20 :
" Euh, vous savez que le RGPD est une réglementation Européenne? "

Heu vous avez compris mon commentaire ?

Non comme d'habitude... -_-

"De plus ça fait des années que c'est annoncé, ces annonceurs ne pouvaient pas se préparer ? "

Ils sont européens donc forcément ancrés dans le raisonnement de la médiocrité oligarchique.

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