Télécoms : pourquoi les investisseurs restent méfiants

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Fin février, c'est un des sujets qui a agité, en coulisses, les dirigeants des télécoms européennes lors du dernier Mobile World Congress, le congrès mondial du mobile de Barcelone. Malgré leurs efforts, les opérateurs suscitent toujours la méfiance des investisseurs en Bourse. L'indice Stoxx Europe 600 Telecommunications, qui rassemble les principaux opérateurs européens (dont Orange, Altice, BT, Deutsche Telekom, Vodafone, Telefonica ou Telecom Italia) a ainsi chuté de 15,56% depuis un an. Sachant que cette tendance baissière dure depuis au moins trois ans.
Pourquoi un tel désamour, alors que sur le fond, l'industrie des télécoms et ses réseaux constituent les fondations indispensables et vitales à l'actuelle révolution numérique ? Les analystes financiers qui suivent le secteur, eux-mêmes, s'interrogent.
A ce sujet, Orange, par exemple, a vu son chiffre d'affaires progresser en France de 0,6% à 18 milliards d'euros l'an dernier. Cela n'était plus arrivé depuis 2009.
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Qu'est ce qui explique, alors, cette sous-performance du secteur ?
Analyste chez Oddo, Vincent Maulay souligne aussi le « mur de capex [investissements, Ndlr] dans la fibre, le mobile, et les fréquences », auquel sont confrontés les opérateurs télécoms. En France, les investissements vont crescendo depuis plusieurs années. Les Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free dépensent de plus en plus d'argent dans la fibre optique et dans la 4G. Selon l'Arcep, le régulateur des télécoms, les investissements se sont élevés à 8,9 milliards d'euros en 2016, en hausse de 13,4% par rapport à l'exercice précédent. Il s'agit, ni plus ni moins, du plus haut niveau d'investissements depuis que l'Arcep les contrôle, depuis 2004.
Selon Vincent Maulay, le marché a tout de même « une idée un peu biaisée » concernant l'avenir de l'industrie. A ses yeux, beaucoup d'investisseurs doutent que les opérateurs vont vraiment réussir à faire payer les consommateurs pour la fibre, et ainsi bénéficier d'un bon retour sur investissement. « Nous, au contraire, on pense que ce sera possible », affirme-t-il. L'analyste relève également des problèmes liés à la régulation du secteur. Pour Vincent Maulay, celle-ci crée de l'incertitude. « En Europe, les fréquences [indispensables pour les communications mobiles, Ndlr] ne sont pas libérées de façon unifiée », illustre-t-il. L'autre point qui provoque, dans une certaine mesure, des inquiétudes, est lié à la compétitivité des opérateurs européens en matière de 5G. « Jusqu'à présent, la Commission européenne n'a pas vraiment réussi à créer de véritable élan concernant cette technologie », explique Vincent Maulay, soulignant que les opérateurs européens, qui avaient pris par le passé du retard dans la 4G, pourraient à terme en souffrir.
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« A contrario, la Chine investit beaucoup dans la 5G pour devenir, comme elle l'espère, un leader mondial de la tech à horizon 2025, note-t-il. Idem pour les Etats-Unis, où les opérateurs américains mettent les bouchées doubles dans cette technologie pour ne pas se laisser distancer. » Si ces derniers se montrent si offensifs, explique l'analyste, c'est aussi parce que la fin de la neutralité du Net au pays de l'Oncle Sam - toujours très critiquée - leur offre des perspectives d'importants retours sur investissements. Alors que dans l'Union européenne, ce principe est pour l'heure sacralisé, au grand dam des industriels des télécoms, qui souhaitent pouvoir commercialiser des accès à Internet avec des qualités de service différentes.
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Au Mobile World Congress de Barcelone, le patron d'un opérateur européen assurait qu'il était toujours difficile de convaincre les marchés que les investissements dans la fibre, et demain dans la 5G, seraient payants. « Pourquoi ? Parce qu'en Europe, le paysage en termes de régulation et de compétition ne nous aide pas [...] », a-t-il affirmé. Selon lui, sa complexité susciterait des doutes sur la viabilité du modèle économique des opérateurs. Avant de taper, comme beaucoup d'industriels à Barcelone, sur le principe de neutralité du Net, perçu comme une « limitation » à la monétisation de la 5G.
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