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Technos & MediasTélécoms

Internet des objets : au MWC de Barcelone, les opérateurs télécoms passent à l'attaque

Photo de Pierre Manière

Pierre Manière

Publié le 24 février 2018 à 07:56 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:17

Statista, WMC, Barcelone, 5G, biométrie, intelligence artificielle, smartphone, World Mobile Congress

Statista, WMC, Barcelone, 5G, biométrie, intelligence artificielle, smartphone, World Mobile Congress, réalité virtuelle et augmentée, télécoms,

Statista*

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[ MWC 2018 ] Comme chaque année, le Mobile World Congress, le plus grand salon mondial des télécoms, se déroulera du 26 février au 1er mars dans la capitale de la Catalogne. Au fil des éditions, l'événement accorde une place de plus en plus importante à l'Internet des objets. Pour les opérateurs mobiles, c'est l'endroit rêvé pour promouvoir leurs solutions.

Aujourd'hui, l'Internet des objets (ou IoT pour Internet of Things) est considéré par l'industrie des télécommunications comme une révolution à ne pas rater. C'est la raison pour laquelle ce secteur fera à nouveau l'objet de toutes les attentions, cette année, au Mobile World Congress de Barcelone. Au programme du plus grand salon mondial consacré aux télécoms, qui se déroulera du 26 février au 1er mars dans la cité catalane, les conférences et débats dédiés aux développements de l'IoT pullulent.

On y évoquera les derniers usages en vogue, qu'ils concernent le grand public (avec les voitures, enceintes, réfrigérateurs, lampes et autres vêtements connectés) ou les professionnels (à l'instar des industriels qui misent sur l'Internet des objets pour optimiser la productivité et la maintenance de leurs machines). Mais on y parlera aussi de technologie pure et dure, car de nombreuses solutions existent pour connecter les objets à Internet.

Si l'engouement des industriels des télécoms pour l'IoT va crescendo, c'est parce que son développement est perçu comme leur prochaine poule aux oeufs d'or. À travers le monde, les hommes ont en grande partie déjà accès à Internet grâce aux smartphones et aux ordinateurs. Mais presque tout reste à faire pour connecter les milliards d'objets, de véhicules et d'infrastructures (les routes, les voies ferrées, les réseaux d'approvisionnement en eau ou en électricité) qui nous entourent. En leur permettant de communiquer des informations sur leur usage ou leur environnement, les industriels des télécoms espèrent développer de nouveaux services et applications dans des secteurs aussi variés que la santé, la construction, la défense, l'énergie, les transports ou le divertissement.

À titre d'exemple, un lampadaire connecté peut bien sûr être contrôlé à distance ou envoyer une alerte si son ampoule a besoin d'être changée. Mais il peut aussi parfaitement, une fois doté de certains capteurs, renseigner sur la météo ou sur la pollution.

35 milliards d'objets connectés d'ici à 2030

Convaincus que l'Internet des objets constitue la prochaine étape de la révolution numérique, les cabinets d'études dégainent régulièrement des chiffres mirobolants liés à son essor et à son futur poids économique. Ainsi, le think tank Idate estime qu'il y aura 35 milliards d'objets connectés à travers le monde à l'horizon 2030, contre 11,2 milliards en 2017. Même son de cloche pour le cabinet d'études IDC, qui parie sur 28 milliards de dispositifs communicants d'ici à 2020. Quant à l'impact économique, il est aujourd'hui bien difficile de s'en faire une idée, au regard des énormes écarts entre les projections disponibles. Si les très optimistes experts de l'équipementier américain Cisco jugent que le marché mondial de l'IoT pèsera 14.400 milliards de dollars en 2022, ceux du cabinet d'étude Strategy Analytics ne l'évaluent, eux, qu'à 550 milliards en 2025 !

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Quoi qu'il en soit, les acteurs traditionnels des télécoms multiplient les projets pour prendre leur part de ce gros gâteau. C'est particulièrement vrai dans les pays développés où les opérateurs mobiles voient leurs perspectives de croissance limitées dans leur coeur de métier. Dans l'Hexagone, par exemple, l'écrasante majorité des Français dispose déjà d'un mobile et de l'abonnement qui va avec.

Dans ce contexte, on comprend mieux pourquoi des acteurs comme Orange ou Bouygues Telecom misent gros sur l'IoT. Il y a un peu plus d'un an, le premier s'est notamment associé avec Vinci pour tester des capteurs dans des aires d'autoroute. Avec les données récoltées, Orange espère optimiser la maintenance et la gestion de ces sites. Quant au second, il s'est allié entre autres avec Carrefour pour connecter des conteneurs roulants, et ainsi améliorer l'approvisionnement des hypers.

Sigfox boude le salon de Barcelone

Ultra-médiatisé, le Mobile World Congress constitue une belle opportunité pour l'écosystème mobile installé de présenter ses services. L'organisateur de l'événement, l'association GSM (ou GSMA), le lobby des opérateurs et équipementiers télécoms, ne ménage pas ses efforts pour promouvoir les solutions de ses membres. Tandis que les services de leurs rivaux, de leur côté, figurent bien souvent au second plan.

Cette année, une absence sera, à n'en point douter, particulièrement remarquée : celle de Sigfox, le pionnier français de l'Internet des objets (lire aussi page 6).

Présent lors des éditions précédentes du salon, il a décidé de bouder celle-ci. Ses troupes seraient lasses, selon sa direction, d'essuyer des avalanches de piques et de critiques des opérateurs mobiles. Il faut dire que Sigfox est considéré par ces derniers comme un sérieux concurrent. Depuis 2010, cette société développe une technologie de réseaux bas débit, à bas coût, et à faible consommation d'énergie. Elle permet à des myriades d'objets de communiquer en échangeant des messages très courts, comparables à des textos.

Avec sa technologie, Sigfox compte ainsi, pour de nombreux usages et applications, damer le pion aux opérateurs mobiles, dont les solutions seraient trop coûteuses et énergivores. Sigfox revendique entre 500 et 600 clients, et affiche 2,5 millions d'objets connectés sur son réseau. Ses clients sont variés. Des groupes du BTP, de la sécurité ou de l'énergie utilisent aujourd'hui sa solution pour connecter leurs engins de chantier, leurs systèmes d'alarmes ou leurs compteurs électriques. Au mois de janvier, Sigfox a également décroché un important contrat, de 300 millions d'euros, pour installer dans une vingtaine de métropoles chinoises une solution de téléassistance des personnes âgées.

Pleins feux sur la cybersécurité des objets connectés

Échaudés par l'arrivée de ce concurrent aux dents longues, les acteurs traditionnels du mobile se sont mobilisés. À travers un consortium, plusieurs opérateurs et industriels ont développé une technologie similaire, baptisée LoRa, qu'ils estiment meilleure que celle de Sigfox. Sans surprise, un important stand vantant les mérites de LoRa sera bien en vue au Mobile World Congress.

Pour faire de l'ombre à Sigfox, l'industrie du mobile mise aussi sur une nouvelle technologie au nom barbare : le « Narrow Band IoT ». Lors de la précédente édition du salon, Franck Bouétard, le patron d'Ericsson en France, a ainsi jugé que Sigfox allait se faire manger tout cru par l'arrivée de ce nouveau standard dédié à l'Internet des objets. « Des milliards d'objets vont être vendus avec ce standard dans le monde entier, a-t-il estimé, selon le site spécialisé Silicon.fr. Sigfox va être complètement débordé par cette masse d'objets qui vont déferler sur la planète. »

Les solutions comme le « Narrow Band IoT » doivent permettre aux opérateurs mobiles traditionnels de garder la main sur l'Internet des objets en attendant la 5G. Ce prochain standard de communication mobile, qui verra le jour à partir de 2020, est en effet conçu pour faire à la fois de l'ultra haut débit (pour lire des vidéos en très haute définition et proposer d'autres services gourmands en bande passante) et du très bas débit pour l'IoT. En parallèle, l'IoT suscite aussi l'intérêt de nouveaux acteurs, attendus en nombre au Mobile World Congress : les spécialistes des logiciels de sécurité.

De fait, la protection des objets connectés préoccupe tous les acteurs du secteur. Surtout depuis que des cyberattaques géantes font régulièrement les gros titres. Ainsi, en 2016, des hackers ont utilisé des objets connectés peu - ou pas - sécurisés (comme des caméras ou des babyphones) pour rendre temporairement inaccessibles les sites de Twitter, Spotify, Netflix, CNN, Airbnb ou eBay.

Ainsi, Eset, une société slovaque d'antivirus, va consacrer l'essentiel de son stand au Mobile World Congress à la sécurité de l'IoT. « Cette année, nous mettons l'accent sur les vulnérabilités des objets connectés [...] que nous retrouvons dans notre quotidien, explique le groupe. À cet effet, une maison connectée sera reconstituée sur le stand. Chaque objet sera testé afin de vérifier sa sécurité et le niveau de confidentialité. »

L'IoT, carburant de l'intelligence artificielle

À Barcelone, tous les groupes qui s'intéressent à l'Intelligence artificielle (IA) auront également les yeux braqués sur les annonces en matière d'Internet des objets. Et pour cause : dans ce domaine, disposer d'un maximum de données est aujourd'hui fondamental pour développer de nouvelles applications. Et, sous ce prisme, les informations remontées par les objets connectés constituent un carburant des plus prometteurs.

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C'est d'ailleurs une des raisons qui expliquent pourquoi Google a, au début du mois, repris à sa maison mère Alphabet la gestion de Nest, qui conçoit des objets intelligents pour la maison (des thermostats, caméras, détecteurs de fumée...). En associant les objets connectés de Nest à son IA et à Google Home, son assistant personnel, le géant américain espère « créer une maison qui est plus sûre, plus respectueuse de l'environnement, plus intelligente et qui aide même à économiser de l'argent », a précisé Rick Osterloh, un de ses hauts responsables.

(*) Un graphique de notre partenaire Statista.

Pierre Manière

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