Altice : les limites d'une machine à "deals"

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(Crédits : Reuters)
Après un mois de dégringolade boursière, Patrick Drahi doit prouver qu’il peut développer son groupe autrement qu’en rachetant des concurrents. Un impératif pour rassurer les marchés, inquiets de sa capacité à rembourser sa montagne de dettes.

Dans le monde des affaires, la confiance n'est jamais définitivement acquise. Patrick Drahi en sait quelque chose. Ancien chouchou des investisseurs et des banquiers, qui lui prêtaient sans compter des milliards pour assouvir sa boulimie d'acquisitions, le fondateur et propriétaire d'Altice est devenu, pour beaucoup, une source d'inquiétude. Depuis le 2 novembre et la publication de nouveaux résultats trimestriels décevants, le titre du géant des télécoms et des médias s'est écroulé de plus de 55 % à la Bourse d'Amsterdam. Dans le même temps, le groupe a brûlé plus de la moitié de sa capitalisation boursière, qui navigue désormais sous les 10 milliards d'euros.

Après cette gifle, qui a largement sanctionné les mauvais résultats de SFR - confronté à une hémorragie de clients depuis son rachat par Altice en 2014 (environ 2,5 millions dans le mobile et l'Internet fixe) -, beaucoup s'interrogent sur la viabilité du groupe. La maison mère du deuxième opérateur télécoms français, de Portugal Telecom, des câblo-opérateurs américains Suddenlink et Cablevision, de Hot en Israël, de BFM-TV, de Libération et de L'Express, va-t-elle exploser en vol ? Sera-t-elle capable de rembourser son énorme dette de plus de 50 milliards d'euros ? Patrick Drahi a-t-il réveillé le fantôme de Jean-Marie Messier, qui a mené Vivendi Universal à sa perte dans les années 1990-2000, en faisant, comme lui, le pari de la convergence entre les télécoms et les médias ? S'il est sans doute trop tôt pour envisager le pire, la défiance des marchés sonne a minima comme un sévère avertissement. Elle constitue aussi un révélateur des difficultés d'Altice à gérer un empire bâti à toute vitesse et à coups d'acquisitions monstre.

De fait, cette sanction vient d'abord de mettre un coup d'arrêt à une énorme machine à deals. Mi-novembre, en pleine tempête boursière, Patrick Drahi a été on ne peut plus clair, lors d'une conférence à Barcelone : fini les coûteuses emplettes à crédit, et priorité au désendettement. Si cette décision apparaît évidente dans le climat actuel, elle constitue néanmoins un sacré revirement. L'introduction d'Altice à la Bourse d'Amsterdam en 2014, puis celle de sa filiale Altice USA à Wall Street au printemps dernier, n'avaient qu'un objectif : armer le groupe pour poursuivre ses acquisitions, en particulier aux États-Unis où Altice est numéro 4 du câble. À l'inverse, pour se renflouer, Patrick Drahi s'est résolu à céder des actifs. Altice chercherait notamment à se séparer de son opérateur en République dominicaine. Il a aussi indiqué chercher des repreneurs pour ses activités « B to B » en Suisse et ses pylônes de téléphonie mobile en France comme au Portugal. D'après nos informations, ces cessions pourraient lui rapporter entre 5 et 6 milliards d'euros.

Retour du commando de fidèles

Après la dégringolade boursière d'Altice, Patrick Drahi a aussi repris les rênes du groupe. Il a remercié Michel Combes, jusqu'alors DG d'Altice et PDG de SFR, et a replacé ses vieux compagnons aux postes clés. Le patron d'Altice USA, Dexter Goei, a été nommé à la direction générale d'Altice. Actionnaire historique d'Altice aux côtés de Patrick Drahi, et réputé intraitable pour « chasser les coûts », Armando Pereira a pris la tête de toutes les activités télécoms. Quant à Alain Weill, le chef de file des médias du groupe, il a été bombardé PDG de SFR. S'il n'a pas la culture télécoms des autres dirigeants, son rôle sera surtout, au-delà de la gestion des contenus, de jouer le responsable des relations publiques en France. Après s'être mis en retrait, Patrick Drahi est revenu en première ligne en prenant la présidence du conseil d'administration du groupe.

En ramenant sa garde rapprochée à la tête d'Altice, Patrick Drahi envoie un signal fort. « Il recrée autour de lui le "commando" de fidèles qui a permis à Altice de croître très rapidement par le passé, explique une source proche du groupe. Ces dernières années, Altice avait perdu l'agilité originelle qui a longtemps fait sa force. Le secret d'Altice, par rapport à d'autres grandes sociétés qui mettent six mois à prendre une décision, était d'aller très vite, quitte à corriger en cas d'erreur, mais de toujours avancer. »

Reste que la perte de cette « agilité originelle » est révélatrice des difficultés de Patrick Drahi à gérer un groupe qui a grandi à une vitesse ahurissante. De quelques milliers de collaborateurs, essentiellement en France, en 2014, Altice en compte désormais 50 000 des deux côtés de l'Atlantique. Dès l'acquisition de SFR avec ses 15 000 collaborateurs, il y a trois ans, Altice a dû changer ses méthodes de management. « D'une part, le "canal historique" ne pouvait plus tout faire tout seul, explique notre source. D'autre part, il fallait institutionnaliser le groupe. Et pour cela, il fallait un grand patron, un peu issu de l'establishment. C'est à ce moment-là que Michel Combes [qui venait de quitter la direction d'Alcatel-Lucent après l'avoir vendu au finlandais Nokia, ndlr] a rejoint le groupe. Patrick Drahi le connaissait depuis longtemps, et c'est un bon spécialiste des télécoms. Bref, il cochait toutes les cases. Il a donc été recruté pour institutionnaliser le groupe, et l'organiser avec des processus dignes d'une boîte de cette taille. »

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Le casting raté de Michel Combes

Mais rien ne s'est passé comme prévu. Et ce dès le début. Alors que Michel Combes devait se muer en porte-étendard d'Altice et de SFR en France, « il s'est, à son arrivée, tapé le scandale Alcatel [son parachute doré de près de 14 millions d'euros, après la suppression de 10 000 postes chez l'équipementier], constate notre source. Résultat : il était tricard dans tous les ministères, et n'était pas très populaire chez les régulateurs... » De surcroît, le périmètre de Michel Combes a été réduit comme peau de chagrin. « Les États-Unis sont devenus le pré carré de Dexter Goei, qui est Américain, poursuit notre source. C'était donc "pas touche". Idem pour le Portugal, avec Armando Pereira. Il restait la France, mais Michel Paulin a pris la direction générale de SFR en 2016 [avant de quitter récemment le groupe]. Quant aux médias, c'était la chasse gardée d'Alain Weill. Michel Combes s'est donc retrouvé avec un tout petit terrain de jeu. Et pour un garçon hyperactif comme lui, c'est compliqué... » Selon plusieurs sources proches de l'état-major d'Altice, il faut ajouter à cela des relations difficiles et tendues, depuis le début, avec Armando Pereira.

Dans ce contexte, les mauvais résultats de SFR étaient de trop. Quand les marchés se sont rebiffés, Michel Combes a servi de fusible à Patrick Drahi. Dans un chat vidéo avec les collaborateurs de SFR, le fondateur d'Altice a enfoncé son ancien bras droit : « La situation actuelle fait apparaître qu'il ne faut pas d'intermédiaire entre les actionnaires et les salariés, a-t-il affirmé selon Challenges. Et nous n'avons plus de temps à perdre à tourner en rond avec des intermédiaires. » Pis, il a ensuite expliqué aux syndicats que « des dirigeants opérationnels de SFR [avaient] pris des décisions contre-productives (hausses tarifaires, distribution gratuite de contenus) [dont] il n'avait pas connaissance et qu'il ne cautionne pas ». Michel Combes appréciera. Quoi qu'il en soit, Patrick Drahi doit dorénavant prouver qu'il peut gérer un groupe de la taille d'Altice avec le « commando » dont il percevait pourtant les limites il y a peu.

Sa capacité à redresser SFR sera scrutée à la loupe. S'il ne parvient pas à relancer, comme il l'a promis, l'opérateur au carré rouge, c'est toute sa stratégie financière et industrielle qui pourrait s'effondrer. Et pour cause : à l'instar des autres entités du groupe, Altice a racheté SFR (17 milliards d'euros) en s'endettant massivement via une opération à effet de levier. Pour rembourser ses dettes, Patrick Drahi a besoin que SFR génère un maximum de cash. Pour ce faire, il s'est lancé dans une impitoyable chasse aux coûts, en renégociant, entre autres, de gros rabais auprès de ses fournisseurs. En parallèle, pour dégraisser la masse salariale, SFR a lancé un plan de départs volontaires de 5 000 personnes - soit un tiers de ses effectifs ! Le problème, c'est que même si l'opérateur a réinvesti dans son réseau, beaucoup doutent que le groupe puisse se relever rapidement d'un tel traitement de cheval.

Des collaborateurs « pressurés à l'extrême »

Car si SFR perd des fidèles, c'est, de l'aveu même de Patrick Drahi, que l'opérateur ne les traite « pas comme il faudrait ». Mais retrouver leur confiance avec des salariés diminués, inquiets et sonnés par le plan de départs n'est pas gagné. Nombre d'entre eux décrivent depuis longtemps un climat social délétère. Il y a un an déjà, un ancien cadre de SFR tirait la sonnette d'alarme, faisant état de « gens brutalisés par la nouvelle équipe », de collaborateurs « vraiment en souffrance », souvent « pressurés à l'extrême » par des clients mécontents.

Patrick Drahi sera jugé sur ses capacités non seulement à mettre fin aux fuites d'abonnés, mais aussi à faire de sa stratégie de convergence entre les télécoms et les contenus une réalité rentable. Après avoir racheté à prix d'or des médias (comme BFM-TV) et des droits sportifs (comme la Premier League anglaise de football), il est attendu au tournant sur sa capacité à augmenter suffisamment le revenu moyen par abonné. Les marchés et les investisseurs auront, sans nul doute, les yeux rivés sur cet indicateur à partir de septembre prochain, lorsque l'opérateur disposera de la Ligue des Champions et de l'Europa League. Des droits pour lesquels SFR a déboursé plus de 1,1 milliard d'euros pour la période 2018-2021.

Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, c'est tout le groupe Altice qui pourrait en faire les frais. D'une part parce que l'opérateur au carré rouge pèse près de la moitié du chiffre d'affaires du groupe (plus de 23 milliards d'euros). D'autre part parce que, selon Stéphane Beyazian, analyste chez Raymond James, certains investisseurs redoutent déjà que les activités américaines d'Altice (qui représentent plus du tiers du chiffre d'affaires du groupe) suivent la même trajectoire que SFR. C'est-à-dire, grossièrement, que la génération de cash issue des baisses de coûts s'érode si trop de clients partent. Ce qui, dans ce cas, pourrait plomber le remboursement de la dette.

« À terme, dans un scénario extrême, poursuit Stéphane Beyazian, Altice pourrait envisager de vendre certains actifs, comme SFR ou Portugal Telecom. » Toutefois, l'analyste souligne que le groupe « n'est pas aujourd'hui en situation de danger financier ». Altice n'a, il est vrai, pas d'échéance majeure de remboursement avant 2021. En outre, sa dette est, selon Patrick Drahi, « à 85 % à taux fixe ». « Par conséquent, clairement, si les taux remontaient [...], cela n'aurait strictement aucun impact pour l'entreprise dans les cinq prochaines années », a-t-il récemment insisté. En outre, il a affirmé lors d'un chat vidéo avec des salariés de SFR, qu'il ne « serait jamais question » de vendre l'opérateur. « On ne vend ni l'immeuble, ni les appartements », a-t-il assuré. Désormais, le milliardaire n'a plus droit à l'erreur.

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Commentaires
a écrit le 05/12/2017 à 20:18 :
SFR a trusté des programmes de football que je suis depuis toujours et pour lesquels j'aurais été prêt à changer de FAI...mais SFR propose des services obsolètes...connection défectueuse du fait d'un débit trop bas pour recevoir la télévision par Adsl...Résultat, je reste chez mon FAI qui est d'ailleurs bien moins cher et qui propose une connection suffisante pour regarder la télévision par ADSL quitte à me priver du foot...j'utiliserais le streaming, à moins qu'SFR propose par le biais d'un accord avec d'autres acteurs TV le moyen d'accéder au foot sans avoir à prendre SFR comme FAI!!....GRRRR!!..quand on veut devenir un acteur premier on vérifie qu'on en a les moyens, ce qui n'est pas le cas ^pour le moment dans ma ville..et dans bien d'autres villes vu le nombre de personnes que je connais qui ont quitté SFR!!
a écrit le 03/12/2017 à 21:55 :
Ce sont toujours les memes qui paient pour les gloutons !
a écrit le 03/12/2017 à 21:25 :
le drame des lbo.....fini par être douloureux pour l'emploi
a écrit le 03/12/2017 à 17:35 :
Bfm,libé ,l express ,sfr.....et les banques ont investi sur ces entreprises ...et sur les autres ...!!
a écrit le 03/12/2017 à 17:27 :
Augmentation soudaine des tarifs aucune assistance aux clients en difficulté... Cela s'appelle une escroquerie non?
Du coup les clients s' enfuient.. La cata n'est plus annoncée elle est là
Réponse de le 04/12/2017 à 8:16 :
@ Georges Orouelle: vous avez 1000 fois raison. SFR est un prédateur vis-à-vis de ses clients
a écrit le 02/12/2017 à 22:36 :
" outre, sa dette est, selon Patrick Drahi, « à 85 % à taux fixe »" --> Taux fixe ou variable tel n'est pas la question , la question c'est d'être en capacité de rembourser le principal. voyons à quel taux se feront ses refinancements ... TIC TAC TIC TAC ...
Quant aux salariés de SFR , je réclamerais des actions d'Altice car ils se sont faits déja sucrés leurs primes pour payer les intérêts du LBO de ce financier ...
a écrit le 02/12/2017 à 21:31 :
Drahi s'en fout de toute manière , même après une éventuelle chute , il aura toujours quelques centaines de millions d'euro à l'abri grâce à ses montages financiers et les contribuables ou les clients devront un moment ou l'autre éponger les pertes des banques ... Il a les qualités du financier , pas celui du chef d'entreprise comme ce grand VISIONNAIRE DE MESSIER .... Son principal risque maintenant, c'est que les USA s'énervent un peu et qu'ils se prennent des procès au pénal et la , il va moins rigoler qu'en France à faire à la leçon aux jeunes bicorniaux ...
Réponse de le 03/12/2017 à 22:52 :
Je partage cet avis à 100%. J'ai regardé ce qu'il se disait sur les forums USA et les ricains commencent à s'énerver sérieux. Ça lui pend au nez
a écrit le 02/12/2017 à 18:20 :
50 milliards de dette a 6% il faut gagner beaucoup d argent
Le château de carte s écroule !!
ils ont augmenté les prix et baisse la qualité en diminuant les investissements et le nombre des collaborateurs

Résultat les clients se barrent !!
Bouygues doit bien rigoler dans quelques années SFR sera pas bien cher LOL
a écrit le 02/12/2017 à 17:37 :
Faites une simple requête Google sur "Suddenlink complaint" et vous comprendrez ce que c'est en train de mal tourner aussi aux USA, ce qui n'est pas étonnant, les mêmes causes produisant les mêmes effets.
a écrit le 02/12/2017 à 16:43 :
Le problème principal est le nom "DRAHI" maintenant ! Que l'on soit pour ou contre !
a écrit le 02/12/2017 à 13:07 :
Pas de souci , il rebondira et sortira ses sociétés de l'ornière mais dans un premier temps il faut dramatiser .....
a écrit le 02/12/2017 à 12:16 :
IL A VOULUE FAIRE COMME BEAUCOUP DE GRAND PARTRON FRANCAIS ?FAIRE LE BEAU ET LE COSTAU EN AMERIQUE IL S Y EST BRULE LES AILES COMME TOUS CEUX QUI S I SONT ASSAYE? ? LE MARCHE AMERICAIN TUE TOUS CEUX QUI S AVENTURE SUR LEURS TERRAINS DE JEUX MONETAIRE? IL FERAIS MIEUX DE RETIRE SES BILLES EN AMERIQUE ET SE CONSENTRE SUR L EUROPE ET POURQUOI PAS L AFRIQUE QUI VAS DEVENIR UN GRAND MARCHE D AVENIR???
a écrit le 01/12/2017 à 23:20 :
C'est comme les grandes marées : régulièrement, au fil des ans, les filous provoquent des dégats prévisibles, et que personne ne stoppe à temps. Il y a quelque temps, celui qui aurait annoncé ce qui arrive là à Altice aurait passé pour un bolchévique réactionnaire et ignorant. Capitalisme financier : éternel recommencement ! A quand le krach des 10 ans, le 15 septembre 2018 ?
Réponse de le 02/12/2017 à 12:32 :
Altice reproduit le vieux shéma de l’endettement à outrance, alors que qu’en Europe tout les pays cherche à se désendetter. Quelle bêtise!! Et que dire des conférences mené par son pdg dans de grande école pour venter l’investissement par l’endettement, grosse blague. Mr Drahi endette son groupe alors qu’il ne remboursera jamais cette dette et qu’il ce verse des salaires mirobolant tout en étant résidant fiscal en Suisse. Alors que dire de plus que de souhaiter une bonne faillite à ce groupe qui ce joue de toute les règles d’intelligente économique.
a écrit le 01/12/2017 à 20:01 :
Le business n'est pas un jeu de Monopoly Drahi n'a que ce qu'il mérite.
Le drame et les conséquences sont pour les salariés,et les actionnaires.
a écrit le 01/12/2017 à 19:28 :
" le titre du géant des télécoms et des médias s'est écroulé de plus de 55 % à la Bourse d'Amsterdam. Dans le même temps, le groupe a brûlé plus de la moitié de sa capitalisation boursière, qui navigue désormais sous les 10 milliards d'euros." Comme ça à vue de nez, je dirais que la capitalisation boursière a baissée de... 55% ! XD. Bah oui, il n'y a pas eu d'augmentation de capital donc de titres en plus sur cette période...
a écrit le 01/12/2017 à 17:22 :
Tant que SFR se moquera des clients, n'assurera pas un SAV de bonne qualité, et que les forfaits et leurs conditions resteront opaques et à la limite de la légalité, la fuite des clients continuera. Et une entreprise sans client ne va pas loin, quelles que soient les manips boursières.
Réponse de le 02/12/2017 à 10:57 :
avec 5000 postes supprimés, SAV et qualité de service ne vont guère s'améliorer...
Réponse de le 02/12/2017 à 20:30 :
@ Ben: 5000 incompétents en moins, à peine francophones pour nombre d'entre eux, ne changeront pas grand chose au résultat
Réponse de le 03/12/2017 à 0:54 :
Pensez vous sincèrement qu'il y ait 5000 incompétents qui ont quitté le SFR?.
Depuis 2012 et l'arrivée de Free, les employés de SFR sont les plus à plaindre dans ce drame , 2 plans de départs coup sur coup avec :
Vivendi et Fourtou qui voulaient vendre à tout prix
Drahi qui englouti une boîte 5 fois plus grosse que Numericable, qui en 3 ans change 3 fois de DG...
Si ce groupe ne se relève pas, c'est 10000 personnes , plus une grande partie des sous-traitants qui seront sacrifiés.
a écrit le 01/12/2017 à 16:30 :
Plusieurs remarques, dans l'ordre:
* Les résultats ont été annoncés le 3 novembre mais publiés le 20/11. Les états trimestriels des filiales Altice Luxembourg et Altice International sont en ligne depuis le 29/11. On attend ceux de SFR?
* IPO: la croissance organique par OPE n'était pas l'unique objectif. Il y a eu petite levée de fonds et surtout opportunité de sortie pour les investisseurs historiques, au meilleur prix, en particulier aux US. Par derrière, opportunité éventuelle de relution par rachat à meilleur prix après baisse des cours. Inconvénient des IPOs: risque d'exposition médiatique non-désirable, surtout en B2C.
* P.Drahi avait sur le papier un très beau track record au moment du rachat de SFR, surtout de build-up, mais une partie était sur trop CT ou MT pour être significative et totalement rassurante au-delà du deal-making, sans compter des évolutions de fond importantes sur les marchés adressés entre l'avant 2013 et l'après (compétitivité du câble cuivre en particulier, 4G, donc intensité capitalistique), ainsi que le franchissement de seuil en termes de taille.
* Merci pour les détails au sujet de l'arrivée de Combes mais cela ne nous dit pas pourquoi Paulin est arrivé ni pourquoi il est reparti. On ne plaindra pas Monsieur Combes qui a accepté le job et les chèques qui allaient avec en connaissance de cause.
* Amha Drahi sera jugé avant qu'on ait pu constater la moindre retombée d'un changement de stratégie, si changement il y a. Il est déjà jugé de n'avoir pas délivré ses promesses: l'exécution jusqu'à présent a été plus que décevante - même si 2015 a pu faire illusion - et pas seulement en France.
* La stratégie de contenu va vraisemblablement changer, de là à réussir à le rentabiliser pleinement...
* Au sujet des activités US: le cours de bourse d'Altice USA s'est lui aussi effondré, même s'il se reprend un peu aujourd'hui. Verizon annonce qu'il veut offrir la 5G comme alternative à la fibre. Le bon vieux câble de Papa est une technologie du passé qui ne restera pas longtemps vache à lait. Sans compter l'OTT. Voir article de Bloomberg "I Can Live Without Cable, But Not as Well as My Kids" pour se faire une idée.
* Sur la dette: au 30/9 il y a 12.7G€ de dette bancaire contre 10.3G€ au 31/12/2016 et 16G€ au 31/12/2015. Ce qui signifie que si les banques ont refilé, au travers de refinancements, la patate chaude à des investisseurs, elles n'ont pas attendu 2017 pour le faire. A côté de la dette financière il y a d'autres passifs: de l'impôt différé (qui sera mangé par les pertes à venir?), des engagements de retraite... Globalement la dette est complexe: type, devise, taux, swaps... et 15%, soit environ 7.5G€ sont à taux variable. Même la structure de capital n'est pas si transparente.
* On ne peut pas éliminer le risque de sortie de route en cas d'évènement imprévu de type cyberattaque au parage de laquelle on a du mal à imaginer le groupe pleinement préparé compte tenu de l'état de décharnement de ses équipes.
* Tout compte fait, si l'Israël semble bien aller, l'imagine-t-on vendu, même à excellent prix? Derrière c'est la sortie de SFR - ou de ses actifs - qui ferait le plus de sens. A moins de vouloir poursuivre l'illusion encore un certain temps...
Réponse de le 02/12/2017 à 17:19 :
... que Drahi est un super-héros de l'optimisation des comptes. Amortissement exagéré de 50% du salaire de tous les cadres, tous les chèques versés aux salariés pour leur départ passés en "restructuring" sous l'Ebitda etc. ...
Tout ça c'est bien gentil, ça améliore l'Ebitda mais ça plombe la rentabilité à moyen et long terme avec des amortissements qui gonflent parce qu'ils ont été "cachés sous le tapis". A la fin, ça fait BOOOM
Réponse de le 02/12/2017 à 18:24 :
Merci.

De toute façon Altice évite soigneusement de publier un EBITDA, et brandit fièrement le montant d'un EBITDA Ajusté, avec quelques astérisques. Un peu plus loin on peut prendre connaissance du montant total des frais de restructuration -censés être non-récurrents bien entendu - toujours sans détails... Bienheureux celui qui sait prévoir le montant des cash-flows à venir sur les prochaines années, avant les grandes échéances.

Ce que vous dites n'est pas vraiment rassurant... sinon surprenant.
a écrit le 01/12/2017 à 12:05 :
Les pauvres salariés de SFR ont du soucis à se faire. Ils ont toute ma sympathie

Mais le pire est peut être à attendre du côté des banques prêteuses.

Je dis et redis depuis le début de cette gabégie : "Mon Dieu, faites que les banques françaises ne soient pas impliquées".... Il est hors de question que le contribuable paie pour cette folie qui paraissait trop grosse pour être clean, à l'image des affaires Crédit Lyonnais, Tapie, etc etc...
a écrit le 01/12/2017 à 10:58 :
Empire du vent sans clients, au salariés maltraités, reposant sur une pile de dettes, peu d'avantages compétitifs durables et défendables, et maintenant panique à bord, cela sent le sapin. Vendre, pas de rachat envisageable pour le moment.
a écrit le 01/12/2017 à 8:48 :
Le Secrétaire du Comité Central d’Entreprise de l’UES SFR entend soumettre une délibération, dont les termes suivent :

« Monsieur WEILL,

A l’heure où le Groupe SFR vit l’une de ses plus grave crises, où le cours de l’action en bourse ne cesse de chuter, où la presse se fait l’écho des dissensions managériales internes, où les Experts mettent en doute la stratégie par la dette engagée par Monsieur DRAHI, où les salariés de SFR sont ouvertement déconsidérés en public, nous vous avons sollicité, Monsieur WEILL, en votre qualité de troisième et nouveau Président Directeur Général de SFR Group en moins de trois ans, pour que vous veniez vous présenter aux Représentants du Personnel, et entendiez les inquiétudes des salariés.

Depuis le mois de mai 2016, les salariés de SFR connaissent un plan de restructuration de très grande envergure, sans précédent, dont les conséquences économiques et sociales négatives ont été limitées par la signature d’accords.

Ce plan de suppression de 5 000 postes avait été présenté comme nécessaire à une nouvelle dynamique, à une reconquête du marché indispensable à la survie du Groupe.

Aujourd’hui, Monsieur WEILL, vous êtes nommé en qualité de Président Directeur Général de SFR Group dans un contexte particulièrement délétère, s’agissant tant des salariés que de la ligne managériale :

- le Plan de Départs Volontaires ouvert dans le cadre de l’accord NewDeal a révélé – pour ceux qui ne voulaient pas le voir – un véritable mal-être chez les salariés et causé une hémorragie de départs ;
- des réorganisations d’ampleur ont lieu en interne sans aucune consultation préalable des Instances surtout dans les directions B to B.
- La « qualité » des dernières négociations illustre la perte de toute notion du dialogue social dans le Groupe notamment sur le PRV B to B.;
- Messieurs PAULIN et COMBES ont « démissionné » avec pertes et fracas en septembre et novembre 2017 ;
- Monsieur DRAHI ne cesse de clamer qu’il ignorait les projets menés jusqu’alors par Messieurs PAULIN et COMBES, et que l’implémentation des choix stratégiques réalisés n’était finalement pas opportune voire contreproductive et dangereux pour l’avenir du Groupe ;

Dans ces conditions, permettez-nous d’exprimer quelques questions et autres marques d’inquiétude légitimes : Y’a-t-il encore un pilote dans l’avion ?

Nous ne pouvons en effet qu’être circonspects face aux déclarations de Monsieur DRAHI, dont les propos flirtent avec la provocation ou le mépris à l’égard des salariés français du Groupe :

- Qui a décidé des changements incessants au niveau de la gouvernance de SFR Group et d’Altice ? ;
- Qui a décidé des achats de droits sportifs et une stratégie risquée de contenus qui inquiètent les Experts au regard des montants engagés et de leur impact sur les comptes de SFR Group ? ;
- Qui a décidé de supprimer 5 000 postes en réorganisant SFR Group ? ;
- Qui a décidé du déménagement vers le site de Quadrans en dépit de toute logique économique, financière et sociale ? ;
- Qui a décidé d’une politique de marque et d’augmentation de tarifs délirante qui, au-delà de ses conséquences sur les résultats de SFR Group, est désormais marquée du sceau du flou ?
- Qui a décidé de sacrifier tous les coûts qui permettaient d’assurer un véritable service aux clients ?
- Qui a décidé de ne respecter aucun des engagements pris auprès des pouvoirs publics en 2014 pour obtenir le rachat de SFR ?

De cette série de décisions, l’entreprise a oublié que devaient être au centre de la stratégie, dans une société de services, le Client et les équipes à sa disposition.

Pas besoin d’être un prophète en management, ni un prophète en gestion, pour comprendre cette simple règle d’airain des affaires !

La gestion de la dette peut être un talent, mais elle se heurtera toujours à la réalité du business qui la soutient.

Toutes ces décisions n’ont pu être prises qu’à l’initiative de nos principaux actionnaires, Messieurs DRAHI et PEREIRA. Ce dernier s’est d’ailleurs activement mêlé de la gestion quotidienne de l’entreprise !

Et si SFR Group et l’« Altice Way » devaient être absolument rétifs l’un à l’autre, ne se conjuguant que sur le mode de pertes de millions de clients et de contraction du chiffre d’affaires ? Quelle sera l’alternative pour le Groupe et ses salariés si ce constat devait être durablement étayé ?

La stratégie de la girouette et de la lâcheté ne mène nulle part, et il appartient à Monsieur DRAHI d’assumer ses choix, sans en faire peser la responsabilité sur d’autres, au premier rang desquels les salariés qui en subissent les conséquences tous les jours.

Aussi ne pouvons-nous qu’être particulièrement dubitatifs quant à l’usage de cette arme à un coup que constitue cet énième changement de gouvernance. Monsieur DRAHI doit comprendre qu’on ne gère pas un Groupe de dizaines de milliers de salariés comme une PME de 2 000 salariés !

Le délicat exercice du management de compétences de haut niveau en univers complexe ne saurait en aucun cas être confondu avec l'exécution aveugle de directives brutales, imposées par un chef de chantier autoritaire, aussi talentueux soit-il par ailleurs.
Un exercice dont l'essence même repose sur la confiance dans la délégation, telle est la première et indispensable condition à remplir pour espérer redresser ce qui était encore naguère une "belle entreprise".

Monsieur WEILL, en votre qualité de troisième Président Directeur Général de SFR Group depuis 2014, les Elus sont attentifs quant aux mesures que vous entendez prendre et la stratégie adoptée pour remettre à flot le paquebot SFR.

Aux dires de Monsieur DRAHI, le paquebot SFR ne s’occupe pas assez bien de ses clients. Il apparait donc indispensable que des investissements sérieux aient lieu sur le service aux clients, à l’amélioration du réseau et à la prospection commerciale. Autrement dit, seules des mesures de développement social peuvent être audibles, et aucune dynamique de casse sociale ne peut plus avoir lieu chez SFR : C’est Monsieur DRAHI qui le dit !

Monsieur WEILL, le Comité central d’Entreprise attend donc des engagements fermes à court, moyen et long terme, avant que SFR ne passe du très haut débit au « très haut dépit ! » et l’instance attend vos réponses aux interrogations de cette motion et celles que nous allons vous poser en instance.

Cette motion de défiance est adoptée ainsi :

1) Avis sur la Motion de defiance :

o Favorable : 15/18
o Défavorable : 1/18 (CGT)
o Abstention : 2/18 (CAT)

Copie en est remise à la Présidence après lecture et vote en séance.
Réponse de le 02/12/2017 à 23:39 :
Bravo ! Cette motion de défiance était LA solution. Grâce au Comité Central d’Entreprise de l’UES SFR, la rentabilité d'Altice va s'améliorer d'ici quinze jours et l'action atteindre les 30 euros dès le 15 janvier prochain.
Encore merci pour cette brillante intervention.
a écrit le 01/12/2017 à 8:38 :
ha le LBO on croyait pire que le saint christ que les arbres montaient au ciel !!!
et bien il creuse sa tombe et oui 1+1 ne font pas toujours 2
a écrit le 01/12/2017 à 8:30 :
Les collaborateurs d'Altice ne seraient-ils pas plutôt pressurés. Pressuriser c'est pour les avions!
a écrit le 01/12/2017 à 8:22 :
Les collaborateurs de SFR ne peuvent pas se plaindre d'être "pressurisés" comme le titre de l'article l'indique....ils auraient pu être pressurés!!!!
a écrit le 01/12/2017 à 8:11 :
J’appelle ça de la cavalerie. C’est tout

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