« Dans la 5G, le retard que prend l’Europe est grave »

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Aujourd'hui, la 5G est perçue comme la technologie qui permettra de donner un grand coup d'accélérateur à l'Internet des objets.
Aujourd'hui, la 5G est perçue comme la technologie qui permettra de donner un grand coup d'accélérateur à l'Internet des objets. (Crédits : Reuters)
Selon le think tank Idate, les investissements européens dans les télécoms et la prochaine génération de communication mobile sont insuffisants au regard de ceux consentis, notamment, par les États-Unis.

Si beaucoup d'opérateurs européens se montrent officiellement sereins concernant l'arrivée de la 5G, les observateurs sont de plus en plus nombreux à tirer la sonnette d'alarme. Lors d'une conférence de presse, ce jeudi 8 novembre, le think tank Idate s'est montré très inquiet. Pour Jean-Luc Lemmens, son directeur du pôle médias et télécoms, « le retard que prend l'Europe dans la 5G est grave ». À ses yeux, le problème est que le Vieux Continent n'investit pas assez.

Graphe à l'appui, il affirme que l'investissement par habitant dans les télécoms s'élève à 194 euros aux États-Unis, contre 92 euros en Europe. Résultat, selon lui, « il manque 50 milliards d'euros d'investissement par an dans l'Union européenne » pour que le Vieux Continent fasse jeu égal avec le pays de l'Oncle Sam.

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Idate 5G

(Crédits: Idate)

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Un rattrapage est-il néanmoins possible ? À ce sujet, Jean-Luc Lemmens se montre pessimiste. « On ne voit pas le levier de court terme qui permette de compenser ce retard », dit-il. Si la situation restait comme elle est, le retour de bâton pourrait être violent pour l'économie européenne. Jacques Moulin, le directeur général de l'Idate, rappelle que la 5G ne concernera pas qu'un grand public accro aux smartphones, aux vidéos en ligne et autres applis toujours plus gourmandes en bande passante. Cette technologie a aussi vocation à servir les industriels de tous les secteurs d'activités désireux, par exemple, de saisir les opportunités de l'Internet des objets.

Sous ce prisme, c'est tout le tissu économique européen qui pourrait pâtir d'un retard dans la 5G.

« Si demain l'Internet des objets, via la 5G, devient un 'must have', les grands groupes industriels iront s'installer là où les infrastructures se trouvent », insiste Jean-Luc Lemmens. Lequel en remet une couche : « Est-ce-que, aujourd'hui, vous iriez vous installer dans une ville où il n'y a pas d'électricité ? Bien sûr que non. »

« Un risque évident de déclassement »

Avec cette sortie, l'Idate vient allonger la liste des observateurs et spécialistes inquiets que l'Europe, qui a raté le coche de la 4G, manque celui de la 5G. Au mois de septembre, Sébastien Soriano, le président de l'Arcep, le régulateur des télécoms, s'est montré très préoccupé.

« La 5G sera un saut technologique, a-t-il affirmé dans nos colonnes. Il est certain que ce sera un facteur de compétitivité essentiel pour l'attractivité des capitaux, des talents... Pour l'Europe, il y a donc, à mes yeux, un risque évident de déclassement. »

En parallèle, Sébastien Soriano a jugé que les grands opérateurs français (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free) n'en faisaient pas assez :

« Peut-être que certains d'entre eux ne sont pas très pressés de lancer la 5G... Mais ça, c'est leur problème, c'est leur stratégie. Le pays, lui, doit se doter d'infrastructures car il y a des enjeux de compétitivité majeurs. J'invite donc les opérateurs à se mobiliser pour être au rendez-vous de la 5G. »

Les moyens limités des opérateurs européens

Quoi qu'il en soit, le différentiel d'investissements dans les télécoms entre les États-Unis et l'Europe pose une question : celle des moyens financiers des opérateurs européens. Ou, autrement dit, des bénéfices qu'ils tirent de leurs abonnements et de leurs services. De manière générale et contrairement à leurs homologues américains, les opérateurs européens ont vu leurs revenus diminuer fortement après des années de guerres des prix.

En France, Orange, SFR, Bouygues Telecom et Iliad sont, aujourd'hui encore, à couteaux tirés. Six ans après l'arrivée de Free Mobile et de ses offres à prix cassés, les quatre cadors du secteur continuent de se rendre coup pour coup, à grand renfort de promos, pour conserver leurs parts de marché. Un contexte qui les empêche, mécaniquement, de dépenser davantage d'argent dans les réseaux de demain. D'autant qu'ils sont déjà confrontés à un mur d'investissements dans la fibre et la 4G.

Lire aussi : Course à la 5G : bras de fer tendu entre les États-Unis et la Chine

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Commentaires
a écrit le 09/11/2018 à 14:30 :
En 1963, étudiant à Supelec, j'ai fait un stage à la CIT,future Alcatel. Intégré dans un groupe qui développait le téléphone numérique PCM pour les PTT, je suis allé au dela du travail qui m'était donné en développant une méthode de codage combinée Impulsions / amplitude avec parités croisées pour transmission a grand débit. On m'a dit que ce travail ne servirait jamais à rien car on n'aurait jamais besoin de plus de huit canaux vocaux à 64 kBits/seconde ! Et j'ai eu une très mauvaise note sur mon stage. Il y a quelques mois, je participe à un Webinar ou on présente la clef de voute de la 5G, ...la modulation PAM-4, qui est très exactement ...mon projet de 1963! Et qui permet de passer des floppées de canaux textes, vidéo, vocaux, données,...à 400 Gbits/seconde.
J'habite en Finlande et Nokia, en collaboration avec Huawei, est en train de nous installer la 5G. La 4G fonctionne impec depuis des années dans tout le pays. Dès 1991, j'avais mon GSM qui fonctionnait parfaitement jusqu'au fonds de la ...Laponie.
Réponse de le 09/11/2018 à 22:22 :
en dehors du 300/3000 hz point de salut disait les ponts de France Télédeconne . . .
Réponse de le 10/11/2018 à 22:20 :
@zelectron
Et dans les années 70, travaillant pour Motorola, j'ai eu un mal de chien a faire homologuer notre coupleur/modem acoustique 600 Hz/ 1200 Hz et notre "Baud-Rate-Generator" a 19,2 kBauds !
a écrit le 09/11/2018 à 13:49 :
L’Europe en tant qu’identité politique, économique n’existe pas. L’Europe est un marché des produits financiers et des biens avec sur le plan sociétal la libre circulation de ses habitants, ne pas confondre de ses citoyens car la aussi il n’y pas de citoyenneté européenne une couleur de passeport ne fait pas une unité. Une partie des anglais l’a bien compris par cette volonté de rester dans le marché et de quitter le reste, ce n’est pas le mot Brexit qui est intéressant mais de voir la vision européenne du R.U. Ce n’est pas M. Macron trop clivant, trop méprisant à l’égard de certains pays de l’Europe également trop « pauvre » économiquement qui peut relancer l’idée d’une Europe en tant que puissance mondiale. La 5G montre ce décalage entre le discours pompeux et la réalité d’une Europe qui n’existe pas.
a écrit le 09/11/2018 à 13:13 :
Merci à la caste dirigeante Orange qui a imposé le « tout fibre » jusque dans les logements (FTTH) à l’ensemble du marché et aux clients démolir leurs immeubles et appartements pour la poser, la solution la plus coûteuse pour tout le monde, alors qu’il fallait tout miser sur la 5G, moins coûteux à déployer pour tout le monde. Cette caste nous plante une nouvelle fois, alors que le business est magnifique et les salariés extraordinaires de dévouement et de courage malgré les harcèlements et les suicides
a écrit le 09/11/2018 à 12:25 :
C'est bien les objets connectés, mais si on investissait dans le logement?
a écrit le 09/11/2018 à 5:20 :
L'Europe est tellement en avance qu'elle va directement passer à la 6G. C'est stratégique que de laisser ses concurrents investir dans une technologie déjà dépassée... ;)
a écrit le 08/11/2018 à 22:39 :
On achète tout aux Chinois et Américains, Coréens et on ne produit absolument rien dans la 5G, alors les investissements pour regarder NetFlix plus vite et enrichir les gafa svp pas avec l'argent public.
a écrit le 08/11/2018 à 21:00 :
La 5G pour l'achat sur internet; voilà la seule "vision" de la part de cet UE de Bruxelles!
a écrit le 08/11/2018 à 18:38 :
ok
a quoi ca sert de regarder en hd un film sur son ecran de 3 pouces? rien
ok, y a internet of things, pour dans 20 ans.... pas la peine de financer tout ca, d'ailleurs avec des forfaits a 2 euros en tout fgratuit pour tous, les investissements ne sont effectivement pas finances...........
la france est le pays ou les telecoms sont les moins chers, c'est bien pour le consommateur, c'est moins bien pour les investissements!
c'est vrai en modeles macroeconometriques, et c'est vrai en analyse financiere du bilan!
donc c'est un choix politique, comme un autre, que chacun assume
Réponse de le 08/11/2018 à 22:51 :
C'est clair, surtout que dans notre pays les zones ou le téléphone n'est pas connectable sont plus nombreuses qu'on le crois. Allez au halles a Paris vous serez surpris, impossible de téléphoner, alors la 5G on s'en tape largement.
Réponse de le 09/11/2018 à 9:27 :
A Churchill.
Vous semblez oublier tous les autres bidules qui fonctionnent comme un portable.
Venez faire un tour en Asie pres des facultes.
Des centaines d'etudiants a bosser dehors en attendant l'heures des cours.
De la tablette a l'ordi derniere generation, en 5G bien entendu.
a écrit le 08/11/2018 à 18:21 :
On a massacré les opérateurs telecom Européens sous prétexte de concurrence .
Certains n'ont aucun projet industriel et raisonnent uniquement sur le plan financier .
Le régulateur met encore des bâtons dans les roues au géants Européens.
Bruxelles et les régulateurs n'ont rien compris et n'ont aucune vision d'avenir Européen.

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