Italie : la crainte d'un "bain de sang" après la vente des fréquences 5G

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Telecom Italia, dont Vivendi est le principal actionnaire, a dépensé pas de moins de 2,4 milliards d'euros pour ses nouvelles fréquences 5G.
Telecom Italia, dont Vivendi est le principal actionnaire, a dépensé pas de moins de 2,4 milliards d'euros pour ses nouvelles fréquences 5G. (Crédits : Stefano Rellandini)
De l'autre côté des Alpes, les enchères visant à attribuer les fréquences pour la 5G ont crevé le plafond. Au total, les opérateurs vont débourser plus de 6,5 milliards d'euros. Une situation qui inquiète analystes et observateurs.

En Italie, officiellement, le gouvernement se félicite de ce résultat. Les enchères visant à attribuer de nouvelles fréquences dédiées à la 5G ont explosé tous les compteurs. In fine, les opérateurs mobile vont débourser la somme, faramineuse, de 6,55 milliards d'euros. Telecom Italia, l'opérateur historique, et Vodafone vont tous les deux payer 2,4 milliards d'euros. La filiale italienne de Xavier Niel, elle, dépensera 1,2 milliard d'euros. Wind Tre, de son côté, ferme la marche avec un chèque d'environ 500 millions d'euros. Ce pactole ira directement dans les poches de l'État. Mais si l'exécutif se frotte les mains - Rome attendait de ces enchères un minimum de 2,5 milliards d'euros -, la nouvelle inquiète de nombreux observateurs, investisseurs et analystes. Beaucoup redoutent que ces dépenses viennent plomber l'industrie italienne du mobile.

À La Tribune, un analyste parisien n'y va pas par quatre chemins:

"Le risque, c'est que cette histoire se termine en bain de sang, avertit-il. Après avoir autant surpayé ces fréquences, les opérateurs vont devoir rentabiliser cet investissement. Ils peuvent choisir d'augmenter les prix. Mais je ne crois guère à ce scénario puisqu'Iliad vient d'arriver sur le marché [avec l'ambition, en cassant les tarifs, d'étoffer rapidement son portefeuille de clients, Ndlr]. L'autre possibilité, qui est tout à fait probable, c'est que les opérateurs soient contraints de lancer d'importants plans d'économies, via, entre autre, des licenciements."

"Des enchères absolument folles"

En outre, il rappelle que, mécaniquement, ce qui est dépensé dans les fréquences ne l'est pas dans les réseaux. Ce qui pourrait plomber les investissements à venir. "En Espagne, les fréquences 5G se sont vendues six fois moins cher, poursuit-il. Ils devraient donc avoir la 5G plus vite - ou, dans tous les cas, disposer d'une industrie du mobile en bien meilleure santé..."

Analyste chez Raymond James, Stéphane Beyazian tire, lui aussi, la sonnette d'alarme.

"En Italie, nous avons assisté à des enchères absolument folles, affirme-t-il. Nous avons quelques-uns des opérateurs les plus endettés d'Europe, sur un marché où les prix sont très bas, et qui payent les licences d'utilisation de fréquences les plus chères. Tout est dit... Aujourd'hui, il est totalement inintéressant pour les investisseurs sur les marchés financiers de continuer à soutenir des stratégies financières de surinvestissement dans des technologies, qui, malheureusement, n'ont jamais de résultats financiers à la hauteur des résultats commerciaux. À l'instar, par exemple, de la 4G."

Selon lui, les conséquences pourraient être douloureuses pour l'industrie italienne du mobile. Il compare cette situation à celle des Pays-Bas où, en 2012, les opérateurs ont payé des prix "tout aussi délirants" pour des fréquences 4G:

"Quatre mois plus tard, KPN, l'opérateur historique [qui a déboursé 1,35 milliard d'euros ses nouvelles fréquences, Ndlr], a été contraint de procéder à une augmentation de capital à 1,06 euro par action - soit à un cours de Bourse divisé par deux en raison d'une situation de quasi-faillite."

Rome a voulu maximiser ses recettes

Pourquoi les enchères italiennes ont-elles débouché sur des prix si élevés ? Deux types de fréquences étaient proposées aux opérateurs: des blocs de fréquences basses (dans la bande des 700 MHz), et des blocs de fréquences hautes (dans la bande des 3,7 GHz). L'opérateur Wind Tre a choisi de se tenir à l'écart des enchères pour les fréquences basses. En l'absence d'une vraie concurrence entre Telecom Italia, Vodafone et Iliad (qui bénéficiait pour sa part d'un bloc réservé) celles-ci sont parties à prix raisonnable. En revanche Wind Tre a tout misé sur les enchères pour les fréquences hautes. Sur ce créneau, il s'est retrouvé en concurrence frontale avec ses trois rivaux, et les choses se sont emballées. Un mauvais calcul, puisqu'en définitive, Wind Tre n'a pu décrocher, en tout et pour tout, qu'un modeste bloc de 20 MHz de fréquences hautes, sur les 200 MHz disponibles.

Outre le choix de Wind Tre, Rome, pour maximiser ses recettes, a également fait en sorte que les prix des fréquences hautes grimpent, en proposant aux opérateurs d'enchérir sur quatre blocs de tailles différentes (deux gros blocs de 80 MHz et deux petits de 20 MHz). Pourquoi? "Parce que ces fréquences hautes sont immédiatement disponibles, et donc payables tout de suite. Et ce, à la différence des fréquences 700 MHz, dont le paiement n'interviendra qu'en 2022", souligne notre analyste parisien. Sous ce prisme, si l'industrie italienne du mobile devait se dégrader dans les années à venir, son actuel gouvernement ne sera, certainement pas, exempt de tout reproche.

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a écrit le 06/10/2018 à 17:32 :
il faut mettre quelques milliards sur le table pour avoir des fréquences, mettre d'autres milliards pour déployer les réseaux, en france payer la taxe de production, payer l’impôt forfaitaire sur les entreprises de réseaux...tout ça avant d'avoir un euro de chiffre d'affaires..

et tout ça dans un marché balkanisé où il y a 159 opérateurs en europe grâce à la "régulation" quand il en reste 10 aux US, des géants capables d'avaler nos nains...problème quand on sait que dans ce secteur ce qui compte ce sont les économies d'échelle et donc les effets volume qui permettent de casser les coûts.

quelle est la stratégie économique et internationale dans tout ça ? est ce bien raisonnable et comment peut on ensuite hurler contre les GAFAM qui tondent la laine sur le dos de nos nains qui ne font pas le poids ?
n'a on pas ce qu'on mérite ?
a écrit le 06/10/2018 à 16:37 :
Le discours semble correcte mais il ne l'est pas.
En fait, avec cet article l'auteur se demande pourquoi nous en France n'avons pas réussi à vendre à un prix plus élevé les fréquences téléphoniques comme en Italie et il veut ainsi se convaincre que cela sera dommageable pour les entreprises téléphoniques en Italie, or que désire un citoyen: que le gouvernement de son pays encaisse le plus possible de la part des entreprises pour avoir les moyens de sa politique et ne pense absolument pas aux sociétés de téléphonie si l'une ou l'autre disparaissait cela n'intéresserait personnes car il y en a bien assez sur le marché pour réguler au plus bas les prix....en une phrase voila ce que ce journaliste veut nous passer comme message : mais comment un pays comme l'Italie avec un gouvernement "populiste" peut il réussir ce que nous la France n'avons pas pu ? Posons nous la question est ce un bon article pour ce grand journal qu' est La Tribune?
a écrit le 06/10/2018 à 9:53 :
il se trouve que l'Italie a, et La Tribune devrait s'en réjouir, tout simplement laissé faire le marché...

mais le rédacteur ne peut pas s'empêcher d'ajouter un pathétique "son actuel gouvernement ne sera, certainement pas, exempt de tout reproche"

en gros, quoique fasse, la Puissance Public, c'est mal...

pathétique...
a écrit le 06/10/2018 à 5:37 :
Ces opérateurs télécoms devraient étudier un peu la théorie des jeux.... Néanmoins les économistes devraient etre content, n'est ce pas le libre marché qui fonctionne bien avec une saine concurrence ? Chaque opérateur a proposé son prix librement, s'ils ont surpayé et qu'il y a des morts à l'arrivée ca nous laissera un marché plus efficient ! Les opérateurs les plus faibles et mal gérés périront. Une belle destruction créatrice. Prenez un strapontin et regardez le spectacle :D
a écrit le 05/10/2018 à 15:08 :
4 opérateurs en tout (et qui plus est déjà présents dans la 4G) ?
a écrit le 05/10/2018 à 15:05 :
avec combien de zones d'ombres pour les régions pauvres ?
a écrit le 05/10/2018 à 12:51 :
Si tout l'argent passe dans la location des fréquences, comment vont-ils payer le matériel ? C'est onéreux tout ça (même made in China) car sophistiqué, très technique.
Au pire ça fera les abonnements 5G les plus élevés de l'UE....
a écrit le 05/10/2018 à 10:40 :
"Sous ce prisme, si l'industrie italienne du mobile devait se dégrader dans les années à venir, son actuel gouvernement ne sera, certainement pas, exempt de tout reproche. "

On aimerait tellement que vous soyez capables de tels reproches à tous les politiciens qui se sont succédés à la tête de l'UE et des pays européens engendrant le désastre économique actuel mais non, il faut dénoncer les fascistes et ne jamais parler de la dégénérescence total des politiciens et de leurs patrons financiers.

Toutes ces messes néolibérales sont épuisantes, franchement.
a écrit le 05/10/2018 à 9:02 :
ca va finir sur la facture du consommateur

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