Selon le régulateur des télécoms, 38% des sites mobiles étaient mutualisés à quatre opérateurs au début de l'année. Alors qu’une partie de la sphère politique appelle à mettre les bouchées doubles sur ce front, notamment pour en finir avec la fracture numérique, le régulateur, lui, plaide pour un « équilibre » afin de ne pas déstabiliser le marché.Dans l'Hexagone, le développement de l'industrie des télécoms répond à un impératif : celui de la concurrence par les infrastructures. Cette règle, mise en place à l'ouverture du marché à la fin des années 1990, s'applique à tous les opérateurs, qu'il s'agisse d'Orange, de SFR, de Bouygues Telecom ou de Free. En clair, tous doivent construire et posséder leurs propres infrastructures. Dans le mobile, à eux de trouver des lieux pour installer des pylônes et y greffer les antennes qui permettront, in fine, aux consommateurs d'utiliser leurs smartphones.
Ce modèle est toujours perçu comme particulièrement efficace pour animer la compétition entre les opérateurs, et favoriser les investissements dans la couverture du territoire national. Mais il existe de nombreuses exceptions. Cela a notamment été le cas lors de l'arrivée de Free Mobile en 2012. L'opérateur ne disposait, alors, d'aucun parc d'antennes. Pour lancer son service, il a été autorisé à louer le réseau 2G et 3G d'Orange, via un accord dit « d'itinérance », le temps de bâtir le sien. En parallèle, l'Arcep accepte un certain niveau de mutualisation des réseaux entre opérateurs dans des zones moins rentables.
Les élus plaident pour davantage de mutualisation
L'exemple le plus important est l'accord Crozon signé en 2014 entre Bouygues Telecom et SFR. Cette mutualisation porte sur les zones les moins denses du pays (57% de la population) à l'exception des zones blanches. Ici, les opérateurs utilisent les mêmes antennes, mais chacun conserve ses propres fréquences. En outre, l'Arcep autorise et pousse depuis des années à la mutualisation des réseaux dans les zones blanches, où le mobile ne passe pas, et dans les campagnes et zones peu peuplées. Il faut dire que sinon, les opérateurs n'y iraient pas spontanément, car ces territoires sont jugés peu - voire pas - rentables.
Mais aujourd'hui, une large frange de la classe politique milite pour une mutualisation beaucoup plus poussée des infrastructures. Pourquoi ? Parce que la fracture numérique, malgré les efforts des différents gouvernements successifs et du régulateur, demeure une réalité. Les investissements des opérateurs sont principalement allés dans les grandes villes et territoires les plus peuplés. Or il reste encore, en France, de nombreuses zones très mal couvertes en 3G ou en 4G. En septembre 2021, un rapport du Sénat sur la couverture mobile du territoire pointait « les limites » du « modèle fondé sur la concurrence par les infrastructures », et appelait à « la nécessité de renforcer les mutualisations ».