Le géant finlandais des équipements télécoms a décidé de se tenir à l’écart de l’alliance O-RAN. Celle-ci doit permettre, via une uniformisation de normes et de standards, à différents industriels des télécoms, petits ou grands, d’apporter certaines briques technologiques utiles aux infrastructures et logiciels nécessaires à la 5G. Le problème, pour Nokia, est que plusieurs sociétés chinoises de cette alliance figurent sur une liste noire des Etats-Unis. Le groupe redoute de s’exposer à des sanctions en travaillant avec elles.C'est un coup dur pour l'alliance O-RAN. Ce groupement industriel, qui a vu le jour en 2019, vise à promouvoir l'« open RAN » (Open Radio Access Networks), à savoir une 5G plus ouverte. Son objectif ? Permettre, via une harmonisation des normes et des standards, à des industriels et sociétés de logiciels, petits ou grands, d'apporter différentes briques technologiques utiles à la nouvelle génération de communication mobile. L'enjeu est, in fine, de favoriser la concurrence sur ce segment stratégique, qui est aujourd'hui la chasse gardée de quatre acteurs, à savoir les chinois Huawei ainsi que ZTE, le suédois Ericsson et le finlandais Nokia. Problème : ce dernier a décidé de claquer la porte de l'alliance.
Dans un email consulté par le site Politico, Nokia explique « n'avoir d'autre choix que de suspendre toutes (ses) activités techniques » avec l'alliance O-RAN. Pourquoi diable l'équipementier finlandais, numéro trois du secteur, a-t-il pris une telle décision ? Parce qu'il constate que, parmi les membres de l'alliance, trois sociétés chinoises figurent dans le viseur de Washington. Il y a d'abord la société de puces Kindroid et le spécialiste des supercalculateurs Phytium. Ces deux acteurs ont été placé sur la liste noire du Département du commerce des Etats-Unis, qui les perçoit comme une menace potentielle pour la sécurité nationale. Conséquence: elles n'ont notamment pas le droit de commercialiser leurs produits au pays de l'Oncle Sam sans autorisation. Enfin, il y a le fabricant de serveurs Inspur qui a, de son côté, « été visé par un décret visant à empêcher les investissements américains dans les technologies chinoises sensibles », note Politico.
L'initiative de Nokia va-t-elle faire boule de neige ?
Nokia redoute de s'exposer lui-même à des sanctions du pays de l'Oncle Sam en travaillant avec ces sociétés. L'équipementier finlandais souligne, en revanche, qu'il ne compte pas se retirer définitivement de l'alliance O-RAN: il ne s'agit, rassure le groupe, que d'une « pause ». Le temps que les Etats-Unis précisent dans quelles conditions les industriels chinois peuvent travailler au sein de l'alliance O-RAN. Quoi qu'il en soit, la décision de Nokia interpelle. D'autres membre de l'alliance peuvent légitimement avoir les mêmes inquiétudes. A commencer par son grand rival, le suédois Ericsson, qui dispose de grosses parts de marché de l'autre côté de l'Atlantique. Mais aussi les grands opérateurs comme Orange, Deutsche Telekom, Telefonica, Vodafone ou encore Telecom Italia.