T-Mobile-Sprint : pourquoi le deal pourrait (encore) capoter

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En unissant leurs forces, T-Mobile et Sprint compteraient près de 130 millions de fidèles aux Etats-Unis.
En unissant leurs forces, T-Mobile et Sprint compteraient près de 130 millions de fidèles aux Etats-Unis. (Crédits : DADO RUVIC)
Si le patron du régulateur des télécoms s’est montré favorable à une fusion entre les numéros trois et quatre du mobile au pays de l’Oncle Sam, il n’est pas dit que ce mariage reçoive in fine l’aval des autorités. Certains craignent qu’une consolidation du secteur plombe la concurrence, et que les consommateurs en payent la note.

C'est un véritable serpent de mer. Depuis des années, T-Mobile et Sprint, respectivement numéros trois et quatre du mobile aux États-Unis, cherchent à unir leurs forces pour faire éclore un nouveau géant des télécoms. À eux deux, ils compteraient près de 130 millions d'abonnés, ce qui leur permettrait de jouer des coudes avec leurs rivaux Verizon et AT&T. Mais on ne compte plus les tentatives avortées ou balayées par les autorités. Comme en France, la consolidation du marché du mobile est un sujet hautement sensible au pays de l'Oncle Sam. Certains redoutent qu'un passage de quatre à trois opérateurs nationaux plombe la concurrence. Beaucoup craignent une flambée des prix, laquelle viendrait miner les consommateurs américains qui payent déjà très cher leur abonnement mobile.

Chez Sprint et T-Mobile, certains se disaient qu'un mariage serait plus aisé avec l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Pour rappel, Masayoshi Son, le chef de file du groupe de télécoms nippon Softbank, la maison-mère de Sprint, a été l'un des premiers à féliciter le président américain après son élection fin 2016, en lui promettant d'énormes investissements et des embauches aux États-Unis. En échange, « Masa », comme Donald Trump l'appelle familièrement, n'a pas caché qu'il s'attendait à une nette « déréglementation » avec la nouvelle administration. Laquelle lui permettrait, par exemple, d'enfin réussir à marier son opérateur américain avec T-Mobile...

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Après avoir échoué à fusionner en novembre 2017, les deux cadors du mobile ont retenté leur chance près de six mois plus tard. Mais cette fois, ils ont bétonné leur communication et leur stratégie. Pas question de braquer les projecteurs, comme ils le faisaient par le passé, sur les grosses économies d'échelles et importantes baisses de coûts toujours attendues dans ce type de mariage. Non, cette fois-ci, ils ont clamé que ce deal à 26 milliards de dollars leur permettrait de déployer, très rapidement, un grand réseau 5G à travers le pays. Mieux, cette union serait, aux dires des dirigeants des deux groupes, très favorable à la concurrence, et permettrait même de faire baisser les prix !

Pourquoi ? Parce que selon eux, leur offensive poussera leurs rivaux Verizon et AT&T à se lancer aussi très rapidement dans la 5G pour ne pas perdre d'abonnés. Et ce tant dans le mobile que dans l'Internet fixe. Car à la différence de la France, qui mise sur le déploiement de la fibre à l'échelle nationale, les opérateurs américains comptent beaucoup sur la 5G à usage fixe pour chiper des parts de marchés aux câblo-opérateurs, très puissants outre-Atlantique.

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La 5G, une priorité stratégique pour la Maison Blanche

En justifiant leur mariage par un objectif industriel - le déploiement de la 5G -, Sprint et T-Mobile ont certainement voulu s'attirer les bonnes grâces de l'administration. Pour la Maison Blanche, la 5G est perçue comme un des principaux catalyseurs économiques dans les années à venir. Elle est considérée une priorité stratégique, un virage à ne rater sous aucun prétexte. Dans ce domaine, pas question pour Washington de se faire doubler par Pékin, qui met lui aussi les bouchées doubles pour être leader dans cette technologie.

Pour les observateurs, c'est ce qui explique en partie les violentes attaques américaines envers Huawei, le géant chinois des équipements télécoms. Sachant que le groupe de Shenzhen a pris, ces dernières années, un temps d'avance en matière de 5G sur ses rivaux directs, les européens Nokia et Ericsson.

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Jusqu'à présent, l'opération séduction de Sprint et de T-Mobile semblait plutôt payante. Le mois dernier, Ajit Pai, le patron de la FCC, le régulateur américain des télécoms, s'est dit favorable au deal, et convaincu par la promesse d'une large couverture en 5G.

« À la lumière des engagements pris par T-Mobile et Sprint, et des éléments dont nous disposons à ce jour, je pense que cette opération est dans l'intérêt du public, a-t-il déclaré. Je compte recommander à mes collègues une approbation de la FCC. »

Des procureurs montent au créneau

Mais le mariage ne plait pas à tout le monde. Ce mardi, dix procureurs américains ont déposé une plainte visant à le bloquer. Dans un communiqué, Letitia James, procureure générale de l'État de New York, dit tout le mal qu'elle pense de cette union :

« Cette opération ne causerait pas seulement du tort à des millions d'Américains à travers le pays en leur empêchant d'avoir accès à un service abordable et fiable, écrit-elle. Elle affecterait particulièrement les personnes à faibles revenus et les minorités à New York ainsi que dans les zones urbaines [des États-Unis]. [...] Des entreprises qui grossissent, ce n'est pas forcément mieux [pour les consommateurs]. »

Outre cette tentative de blocage, T-Mobile et Sprint doivent encore récolter le feu vert de la FCC et celui du ministère de la Justice. Ce qui n'est pas gagné.

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