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Technos & MediasTélécoms

Telecom Italia : Vivendi et Elliott continuent de s'écharper

Photo de Pierre Manière

Pierre Manière

Publié le 11 mars 2019 à 13:48 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:51

La cdp est passee au-dessus des 5% dans telecom italia

La cdp est passee au-dessus des 5% dans telecom italia

Remo Casilli

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Sur fond de désaccords stratégiques, le géant français des médias et le fonds activiste américain, tous deux actionnaires de l’opérateur historique italien, continuent de s’envoyer des piques en attendant une assemblée général cruciale, le 29 mars prochain, où ils se disputeront le contrôle du groupe.

Elliott n'a pas fait les choses à moitié. Ce lundi 11 mars, le fonds américain, qui possède un peu moins de 10% de Telecom Italia, a copieusement critiqué Vivendi, le premier actionnaire de l'opérateur historique avec 24% des parts. Face au risque, lors d'une AG prévue le 29 mars prochain, de perdre le contrôle de Telecom Italia au profit de Vivendi, Elliott a carrément mis en ligne un site Internet, dont l'objectif est de dézinguer le géant français des médias et son chef de file, Vincent Bolloré. Son nom ? « Time for TIM [Telecom Italia Mobile, Ndlr]. »

Sur ce site, on trouve une longue présentation de 40 slides visant à convaincre les actionnaires de TIM de voter contre Vivendi à la prochaine AG. À cette occasion, le groupe de Vincent Bolloré souhaite nommer de nouveaux commissaires aux comptes. Mais surtout, il appelle à révoquer cinq des 15 membres du conseil actuel proches d'Elliott, pour les remplacer par des administrateurs de son choix. Si Vivendi arrive à ses fins, il disposera d'une majorité de dix administrateurs. Il reprendra alors à Elliott le contrôle de l'opérateur transalpin, que le fonds activiste américain lui avait chipé au printemps dernier, lors d'une précédente AG.

Dans sa présentation "Time for TIM", Elliott a sorti l'artillerie lourde. Le fonds accuse Vivendi de mauvaise gestion et de plomber TIM depuis qu'il a perdu la main sur l'opérateur.

« Depuis que Vivendi a perdu le contrôle de Telecom Italia, il a :- refusé d'engager un dialogue constructif avec Elliott et les autres parties prenantes (...),- rejeté la destitution du PDG auparavant choisi par Vivendi [Amos Genish, Ndlr], qui avait largement sous-performé et n'avait été à la hauteur de ses responsabilités les plus élémentaires,- fait des dizaines de déclarations publiques irresponsables attaquant le société, le conseil d'administration et les autres actionnaires,- demandé une assemblée générale extraordinaire pour reprendre le contrôle moins de huit mois après le vote des actionnaires pour un nouveau conseil indépendant,- menacé à plusieurs reprises de continuer à mener des combats par procuration jusqu'à ce qu'il arrive à reprendre le contrôle. »

« Mauvaise gouvernance »

Elliott n'en reste pas là. Il n'hésite pas à critiquer frontalement Vincent Bolloré, le chef de file de Vivendi. « Bolloré a des antécédents de mauvaise gouvernance d'entreprises dans les sociétés qu'il contrôle », fustige le fonds américains. Lequel en remet une couche, affirmant que lorsque « Bolloré » est aux manettes, « les droits des actionnaires s'érodent » sur fond de « conflits d'intérêts considérables » et de « manque de transparence ». Ainsi, « nous croyons que le choix sera facile pour les actionnaires de Telecom Italia lors de la prochaine assemblée générale extraordinaire », enchaîne Elliott. Sans surprise, à ses yeux, redonner les rênes du groupe à Vivendi et à Vincent Bolloré, « responsables d'une destruction de valeur massive chez TIM », serait un sacrilège.

Particulièrement virulente, la charge d'Elliott répond à une récente pique de Vivendi à son égard. Vendredi dernier, le groupe français s'est fendu d'un communiqué où il se dit « extrêmement préoccupé » par un rapport des commissaires aux comptes de Telecom Italia. Ces derniers ont en effet relevé des irrégularités dans la gouvernance du groupe. En particulier, tous les membres du conseil d'administration n'ont pas eu, selon les commissaires, accès aux « mêmes informations » dans différents dossiers. « Certaines informations ont seulement été fournies à des conseillers élus dans la liste présentée par Elliott », critiquent-ils.

« Violation du droit des sociétés »

Pour Vivendi, « le rapport révèle que le président du conseil d'administration a violé le droit des sociétés ainsi que les règles les plus élémentaires et fondamentales en matière de gouvernance d'entreprise ».

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« Le rapport confirme également l'existence d'un "Conseil d'administration parallèle" composé uniquement des membres du Conseil issus de la liste d'Elliott, fustige Vivendi. Ce "conseil d'administration parallèle" était assisté pour la circonstance par un cabinet d'avocats ayant précédemment conseillé Elliott. De plus, les faits décrits dans le rapport font apparaître la diffusion d'informations privilégiées à des tiers préalablement à la tenue d'un conseil d'administration. »

Des stratégies opposées

Ces faits crédibilisent, aux yeux de Vivendi, sa « conviction » que « les actionnaires de TIM doivent mettre en place un conseil d'administration véritablement indépendant » lors de l'AG du 29 mars. Le géant français des médias ne se prive pas, non plus, de rappeler que depuis qu'Elliott a pris le contrôle de TIM, « le cours de Bourse de l'entreprise a perdu environ 35% de sa valeur ».

À lire également

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Si Vivendi et Elliott veulent absolument avoir la main sur Telecom Italia, c'est parce qu'ils ne partagent pas du tout la même vision stratégique. Ils ont notamment un différend sur l'avenir d'un actif majeur du groupe : son réseau Internet fixe. Vivendi est d'accord pour qu'il devienne une entité juridique distincte des autres activités du groupe, mais sans perdre son contrôle. A contrario, Elliott milite pour une séparation totale du réseau, avec l'idée de l'introduire en Bourse ou de le fusionner avec Open Fiber, un concurrent qui déploie de la fibre dans tout le pays. Dans ce contexte, l'AG du 29 mars s'annonce quelque peu électrique.

Pierre Manière

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