Telecom Italia : Vivendi et Elliott continuent de s'écharper

La cdp est passee au-dessus des 5% dans telecom italia
Remo Casilli

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Remo Casilli
Elliott n'a pas fait les choses à moitié. Ce lundi 11 mars, le fonds américain, qui possède un peu moins de 10% de Telecom Italia, a copieusement critiqué Vivendi, le premier actionnaire de l'opérateur historique avec 24% des parts. Face au risque, lors d'une AG prévue le 29 mars prochain, de perdre le contrôle de Telecom Italia au profit de Vivendi, Elliott a carrément mis en ligne un site Internet, dont l'objectif est de dézinguer le géant français des médias et son chef de file, Vincent Bolloré. Son nom ? « Time for TIM [Telecom Italia Mobile, Ndlr]. »
Sur ce site, on trouve une longue présentation de 40 slides visant à convaincre les actionnaires de TIM de voter contre Vivendi à la prochaine AG. À cette occasion, le groupe de Vincent Bolloré souhaite nommer de nouveaux commissaires aux comptes. Mais surtout, il appelle à révoquer cinq des 15 membres du conseil actuel proches d'Elliott, pour les remplacer par des administrateurs de son choix. Si Vivendi arrive à ses fins, il disposera d'une majorité de dix administrateurs. Il reprendra alors à Elliott le contrôle de l'opérateur transalpin, que le fonds activiste américain lui avait chipé au printemps dernier, lors d'une précédente AG.
Dans sa présentation "Time for TIM", Elliott a sorti l'artillerie lourde. Le fonds accuse Vivendi de mauvaise gestion et de plomber TIM depuis qu'il a perdu la main sur l'opérateur.
Elliott n'en reste pas là. Il n'hésite pas à critiquer frontalement Vincent Bolloré, le chef de file de Vivendi. « Bolloré a des antécédents de mauvaise gouvernance d'entreprises dans les sociétés qu'il contrôle », fustige le fonds américains. Lequel en remet une couche, affirmant que lorsque « Bolloré » est aux manettes, « les droits des actionnaires s'érodent » sur fond de « conflits d'intérêts considérables » et de « manque de transparence ». Ainsi, « nous croyons que le choix sera facile pour les actionnaires de Telecom Italia lors de la prochaine assemblée générale extraordinaire », enchaîne Elliott. Sans surprise, à ses yeux, redonner les rênes du groupe à Vivendi et à Vincent Bolloré, « responsables d'une destruction de valeur massive chez TIM », serait un sacrilège.
Particulièrement virulente, la charge d'Elliott répond à une récente pique de Vivendi à son égard. Vendredi dernier, le groupe français s'est fendu d'un communiqué où il se dit « extrêmement préoccupé » par un rapport des commissaires aux comptes de Telecom Italia. Ces derniers ont en effet relevé des irrégularités dans la gouvernance du groupe. En particulier, tous les membres du conseil d'administration n'ont pas eu, selon les commissaires, accès aux « mêmes informations » dans différents dossiers. « Certaines informations ont seulement été fournies à des conseillers élus dans la liste présentée par Elliott », critiquent-ils.
Pour Vivendi, « le rapport révèle que le président du conseil d'administration a violé le droit des sociétés ainsi que les règles les plus élémentaires et fondamentales en matière de gouvernance d'entreprise ».
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Ces faits crédibilisent, aux yeux de Vivendi, sa « conviction » que « les actionnaires de TIM doivent mettre en place un conseil d'administration véritablement indépendant » lors de l'AG du 29 mars. Le géant français des médias ne se prive pas, non plus, de rappeler que depuis qu'Elliott a pris le contrôle de TIM, « le cours de Bourse de l'entreprise a perdu environ 35% de sa valeur ».
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Si Vivendi et Elliott veulent absolument avoir la main sur Telecom Italia, c'est parce qu'ils ne partagent pas du tout la même vision stratégique. Ils ont notamment un différend sur l'avenir d'un actif majeur du groupe : son réseau Internet fixe. Vivendi est d'accord pour qu'il devienne une entité juridique distincte des autres activités du groupe, mais sans perdre son contrôle. A contrario, Elliott milite pour une séparation totale du réseau, avec l'idée de l'introduire en Bourse ou de le fusionner avec Open Fiber, un concurrent qui déploie de la fibre dans tout le pays. Dans ce contexte, l'AG du 29 mars s'annonce quelque peu électrique.