Ubisoft : le clan Guillemot gagne la partie face à Vivendi

 |  | 703 mots
Lecture 4 min.
Yves Guillemot, le PDG et cofondateur d'Ubisoft.
Yves Guillemot, le PDG et cofondateur d'Ubisoft. (Crédits : Reuters)
Avec le départ de Vivendi du capital du groupe, les fondateurs d'Ubisoft reprennent la main sur l'éditeur de jeux vidéo. Le géant des médias de Vincent Bolloré, lui, empoche au passage une grosse plus-value de 1,2 milliard d'euros.

La bataille aura durée deux ans et demi. Ce mardi, Vivendi a annoncé dans un communiqué la vente de ses 27,3% du capital d'Ubisoft pour un montant d'environ 2 milliards d'euros. Le géant des médias de Vincent Bolloré a finalement choisi de jeter l'éponge, plutôt que de se lancer dans une coûteuse OPA pour prendre le contrôle de l'éditeur français des jeux vidéo. Cela marque la fin d'un bras de fer entre Vivendi et la famille Guillemot, fondatrice d'Ubisoft, qui a in fine réussi à conserver la main sur son groupe. Au passage, le départ de Vivendi permet au champion français des jeux vidéo de faire rentrer un nouveau partenaire stratégique, le géant de l'Internet Tencent, qui doit lui permettre d'accélérer en Chine. Pour sa part, le groupe de Vincent Bolloré, qui était arrivé sans crier gare au capital de l'éditeur en octobre 2015, quitte le navire en empochant une grosse plus-value de 1,2 milliard d'euros.

Il faut dire que l'action Ubisoft, qui navigue aujourd'hui aux alentours de 70 euros, a vu son cours multiplié par trois depuis l'arrivée de Vivendi. Comme le constatent les analystes d'Oddo Securities dans une note, cette sortie se fait « à (très) bon prix ». Du pur Vincent Bolloré, diront les observateurs. Si la stratégie industrielle de l'homme d'affaires breton concernant Vivendi ressemble parfois à un sac de nœuds (en Italie, il est notamment embourbé dans de nombreuses procédures après avoir renforcé son emprise sur l'opérateur historique Telecom Italia, et s'être emparé de près de 29% du groupe de médias Mediaset), le « raider » s'en sort une nouvelle fois très bien d'un point de vue strictement financier...

« L'indépendance », argument phare des Guillemot

Pour Yves Guillemot, le PDG d'Ubisoft et sa famille, qui vont finalement redevenir les premiers actionnaires du groupe avec 18,5% du capital et 24,6% des droits de vote, c'est un soulagement. Ces dernières années, ils ont multiplié les efforts pour améliorer la rentabilité du groupe. Cette stratégie, couplée à la possibilité d'une OPA de Vivendi, a permis de doper le cours de Bourse. Ce qui a, vraisemblablement, participé à décourager Vivendi de tenter une offensive qui aurait été, dans ce cas, très coûteuse. Car, au cours actuel, la valorisation boursière d'Ubisoft avoisine les 8 milliards d'euros. En juin dernier, alors que l'action de l'éditeur ne valait « que » 50 euros, Jérôme Bodin, analyste chez Natixis, estimait déjà qu'à ce niveau, « une cession de la participation de Vivendi [semblait] de plus en plus crédible ».

Les Guillemot n'ont eu de cesse de clamer qu'Ubisoft n'avait pas besoin de Vivendi pour se développer. Pour convaincre les investisseurs, ils estimaient qu'une prise de contrôle du géant des médias - qui s'est par ailleurs emparé de Gameloft, leur éditeur de jeux vidéo sur mobile, en mai 2016 - déstabiliserait le groupe. Yves Guillemot a répété que « l'indépendance » d'Ubisoft constituait à ses yeux un impératif pour assurer l'avenir et la croissance du groupe. Pour justifier ces dires, les dirigeants d'Ubisoft ont réalisé quelques jolis coups. En juin dernier, Ubisoft a présenté en grandes pompes de nouveaux titres prometteurs à l'Electronic Entertainment Expo (E3), la grand-messe du jeu vidéo qui se déroule tous les ans à Los Angeles. Outre de nouveaux opus de ses blockbusters « Assassin's Creed » ou « Far Cry », le groupe a dévoilé « Mario + The Lapins Crétins : Kingdom Battle », fruit d'un partenariat avec le cador japonais Nintendo.

« Ce n'est pas Ubisoft ou rien »

Pour Vivendi, cette sortie ne signifie certainement pas qu'il compte lever le pied dans les jeux vidéo. Le groupe « avait dit [...] que si l'acquisition d'Ubisoft ne se faisait pas, alors il pourrait regarder d'autres pistes, notamment à l'étranger », notent les analystes d'Oddo Securities. Au mois de juin, dans une interview au Figaro, Stéphane Roussel, le PDG de Gameloft, avait affirmé que le géant des médias ne se focalisait pas sur Ubisoft. « Le plus naturel serait d'accélérer avec Ubisoft, avait-il indiqué. Mais ce n'est pas Ubisoft ou rien. Nous avons des discussions avec d'autres acteurs. »

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/03/2018 à 23:23 :
Une nouvelle qui fait plaisir, on tremblait pour la disparition d'Ubisoft fleuron de l'informatique bretonne issue de l'Université de Rennes Beaulieu et Angers.
a écrit le 22/03/2018 à 8:30 :
On en plein dans les dérives du capitalisme : prétendre contrôler une société avec moins de 1/3 du capital ou des droits de vote, c'est un déni du droit de propriété.
Le législateur et les régulateurs complètement largués une fois de plus : c'est ça le problème.
a écrit le 22/03/2018 à 5:07 :
Super, je vais pouvoir lever mon boycott!
a écrit le 21/03/2018 à 19:52 :
ils sont independants mais avec le chinois il vont rire.......... quand ils vont commencer a en baver des ronds de chapeau, devoir faire des co-entreprises ou ils ont 49% et doivent faire des transferts de technologie ( comme danone, quoi!), ils vont regretter le passe!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :