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Isidore Fartaria : "Ce que nous inflige Bercy est dégueulasse !"

Propos recueillis par Denis Lafay

Publié le 23 juin 2015 à 05:15 - Mis à jour le 23 juin 2015 à 05:16

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Le président de la CCI du Puy-de-Dôme, Isidore Fartaria, rendra son tablier à l’issue de son mandat. En cause : le chèque de près de 15 millions d’euros que l’Etat l’a sommé de régler au nom de la contribution des chambres à la réduction du déficit public national et par la faute duquel le projet de déménagement de l’école de commerce a dû être abandonné. "C'est dégueulasse", fulmine le Pdg du groupe Titel.

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Acteurs de l'économie-La Tribune : Quel est votre sentiment face à la à la demande formulée de l'Etat de voir les chambres consulaires dont la vôtre participer à la réduction du déficit public national ?

Dégueulasse ! Je n'ai pas d'autre mot pour qualifier l'injonction à laquelle le ministère de l'Économie et des Finances nous a soumis au profit du « fonds de financement des CCI » et donc de la contribution des chambres à l'effort national pour ralentir le déficit de la France : 14 939 904 euros. C'est le chèque que la CCI territoriale du Puy-de-Dôme vient de régler à la direction générale des finances publiques. Certes ce montant ne représente « que » 18 minutes de résorption du déficit national, mais les conséquences pour la CCI que je préside depuis 2008 (18 millions d'euros de budget et 22 000 ressortissants) sont considérables et immédiates. Depuis sept ans, nous avons mis en place une politique de gestion extrêmement stricte, à l'aune de celle qui doit cornaquer la vie de toute entreprise : abandon des indemnités du président et des vice-présidents, suppression des remboursements de frais pour l'ensemble des élus... J'ai même écopé de deux suspensions de permis à l'issue de déplacements pour le compte de la chambre.

De quelle manière cette politique de gestion stricte a-t-elle été menée au sein de votre chambre, et quelles en ont été les conséquences ?

Cette politique ne fut pas imposée sans grincements de dents, mais au final l'ensemble de l'institution en fut récompensée. Et l'exploit est d'autant plus grand que dans le même temps, l'érosion des subsides publiques et des recettes fiscales (- 30 % depuis 2010) se poursuivait inexorablement. Et c'est ainsi que nous pûmes initier un très beau projet au profit de la formation : le déménagement de l'École supérieure de commerce sur notre « avenue des Champs Elysées », un terrain idoine de 17 000 m2. Le budget de 40 millions d'euros était ventilé de la façon suivante : cinq millions rapportés au terrain, 12 millions souscrits auprès de partenaires privés (Michelin, Limagrain, Crédit Agricole, etc.) et publics (communauté de communes de Clermont, conseils régional et général), huit millions d'emprunt... et le solde, soit 15 millions d'euros, résultant d'un autofinancement de la CCI ainsi « récompensée » de sa rigueur. 630 000 euros avaient déjà été dépensés (100 000 euros pour chacune des cinq entreprises retenues lors de l'appel d'offres au titre des études produites, et 130 000 pour le cabinet d'architectes). Au final, l'équivalent de notre apport d'autofinancement dépossédé au profit de l'Etat, nous avons dû prendre la décision d'abandonner le projet.

Face à cette demande formulée par l'Etat, ce qu'elle implique et ce qu'elle devrait occasionner, que lui reprochez-vous aujourd'hui ?

Issu de l'immigration portugaise et sans aucun diplôme, j'ai commencé de travailler à l'âge de 14 ans et ai bâti, pierre par pierre, le groupe Titel (production et distribution de produits chimiques pour les entreprises du BTP) qui emploie désormais 550 salariés et génère un chiffre d'affaires de 55 millions d'euros. Cette réussite, nous la devons en premier lieu à une intégrité et à un bon sens de gestionnaire rigoureux. Avec cette funeste aventure, je découvre que l'Etat est capable de punir ceux qui honorent cette exigence, il est capable d'imposer des décisions dont les répercussions vont bien davantage desservir l'activité locale qu'elles ne soutiendront véritablement le comblement du passif, abyssal, de la France. Les Énarques de Bercy ont-ils songé au nombre d'emplois et à l'activité (directe pour les entreprises concernées et les finances des collectivités, et périphériques pour les commerçants clermontois) que ce chantier allait produire pendant les trois ans de travaux ? Ont-ils réfléchi à la lourde pénalité que l'on inflige aux milliers d'étudiants appelés à se former ?

Cette situation vous amène aussi à ne pas reconduire votre mandat...

Aucune autre structure publique ou parapublique n'a été traitée comme nous par l'État. Et c'est, personnellement, d'autant plus écoeurant que je suis profondément légaliste et reconnaissant à la France qui m'a tant apporté. J'ai ainsi décidé de ne pas solliciter la reconduction de mon mandat lors des prochaines élections consulaires.

Propos recueillis par Denis Lafay

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