Frontaliers franco-suisses : le prix du franc fort
Didier Bert
Didier Bert
Le 15 janvier, la décision de la Banque nationale suisse (BNS) de laisser le franc suisse flotter librement a eu un effet immédiat : l'appréciation de 15 % de la devise helvétique comparativement à l'euro et au dollar. Depuis le 6 septembre 2011, l'institution bancaire avait fixé le cours plancher de 1,20 franc suisse pour un euro.
Cette mesure visait à limiter l'appréciation ininterrompue de la monnaie nationale depuis la crise financière de 2008, menaçant la compétitivité des entreprises helvètes. En ce début 2015, les exportateurs suisses ont été les premiers surpris par le retournement de la banque centrale.
Nick Hayek, directeur général de Swatch et fils du fondateur Nicolas Hayek, qualifiait ainsi cette mesure de « tsunami pour nos exportateurs, pour le tourisme et pour notre économie ». Les chiffres ont confirmé cette crainte.
Au premier trimestre 2015, les exportations suisses se sont repliées de 6,1 %, notamment dans les secteurs de la chimie et de la pharmacie.
Comment expliquer la décision de la BNS ? Son annonce a précédé d'une semaine celle de la Banque centrale européenne (BCE) d'un important programme de rachat de dette publique, le fameux « quantitative easing », destiné à injecter massivement des liquidités dans l'économie de la zone euro afin de l'aider à se relancer. Or, cette injection de liquidités annonçait un affaiblissement important de l'euro, un mouvement que la BNS n'avait pas les moyens de contrecarrer.
La Banque du Léman.
En France, la décision de la BNS a d'abord suscité la satisfaction de voir le pouvoir d'achat s'élever en même temps que la devise suisse. Mais un sentiment paradoxal a rapidement gagné les travailleurs frontaliers qui, chaque jour, se rendent en Suisse. La hausse du franc suisse a mécaniquement relevé leur pouvoir d'achat de 15 % dans la zone euro.
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Mais ce serait oublier que l'arrivée de la monnaie européenne en 2001 avait fait baisser le pouvoir d'achat des frontaliers de 12 %, rappelle Jean-François Besson, secrétaire général du Groupement transfrontalier européen, une association regroupant 60 000 travailleurs frontaliers.
Cela a même conduit des entreprises à tenter de baisser les salaires des frontaliers pour réduire l'impact du nouveau taux de change. Or, le jour où le franc suisse se portera moins bien, personne ne songera à redonner des augmentations aux frontaliers, qui seront alors défavorisés dans leur pouvoir d'achat, comme en 2001.
Pour demeurer compétitives à l'export, d'autres entreprises préfèrent augmenter le temps de travail de tous les employés, sans modification du salaire, souligne Jean-François Besson.
Aujourd'hui, ces frontaliers se montrent surtout inquiets de la perte de compétitivité que pourraient subir leurs employeurs suisses, en raison de l'appréciation du franc.
Jean-François Besson.
À quoi servirait alors un meilleur pouvoir d'achat si les emplois disparaissent ? Cette inquiétude est aussi alimentée par le contexte déjà incertain que connaissent les entreprises sur le territoire suisse.
L'Union européenne exerce une forte pression sur la Confédération helvétique pour que celle-ci rende plus difficile l'optimisation fiscale des entreprises étrangères. Et c'est sans compter le rejet de l'immigration, qui menace les entreprises de trouver plus difficilement la main-d'œuvre nécessaire à leur développement.
Le référendum du 9 février 2014 a ainsi ajouté un article à la Constitution suisse pour fixer des quotas annuels d'immigration en fonction de critères liés aux besoins de l'économie et à la préférence nationale. Tout cela fait qu'aujourd'hui, « les entreprises s'entendent dire que leur fiscalité est moins intéressante, que l'avenir du franc suisse est incertain et qu'elles ne peuvent pas embaucher qui elles veulent », résume Jean-François Besson.
La Confédération Helvétique devra tout de même prendre le temps de digérer cette parité entre sa monnaie et l'euro.
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À court terme, le boum du franc suisse injecte des ressources supplémentaires dans l'économie de la zone frontalière française, à l'ouest et au nord de la Haute-Savoie, ainsi que dans l'est de l'Ain.
Avec un salaire médian de 6 500 francs suisses - soit désormais l'équivalent en euros -, le cumul des revenus mensuels des résidents français est estimé entre 350 et 500 millions d'euros.
Lire mardi 7 juillet, le second volet de ce reportage : Les collectivités frontalières françaises, les grandes gagnantes de l'appréciation du franc suisse.
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