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Frontière franco-suisse : le jackpot des collectivités

Didier Bert

Publié le 07 juillet 2015 à 06:30 - Mis à jour le 23 septembre 2015 à 11:22

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S'il y a bien des gagnants assurés dans l'appréciation du franc suisse face à l'euro, c'est à la fois l'immobilier, toujours aussi dynamique, mais surtout, les collectivités frontalières françaises. Ces dernières perçoivent ainsi plusieurs millions d'euros sur les rétrocessions de masse salariale perçue par les travailleurs frontaliers imposés à la source à Genève et résidants en France.

Avec la revalorisation du franc suisse, les agents immobiliers pourraient voir d'un bon œil le surcroît de pouvoir d'achat crédité aux frontaliers français, mais aussi aux résidents suisses, attirés depuis longtemps par la faiblesse comparative des prix de l'immobilier en France. Même avant la flambée récente du franc, près d'un millier de résidents suisses s'installaient déjà chaque année en Haute-Savoie, souligne Vincent Cezard, chargé d'études pour le cabinet de conseil en urbanisme Teractem.

Ce mouvement s'expliquait déjà par l'écart immense entre les marchés immobiliers de Genève et de la Haute-Savoie. Alors que le mètre carré se vend 3 500 euros en Haute-Savoie, il est adjugé le double dans le canton de Genève, et le triple dans Genève même.Entre 2000 et 2010, la zone frontalière française a construit deux fois plus de logements que sa voisine suisse.

« Tant que Genève n'offrira pas suffisamment de logements, il y aura toujours un afflux de Suisses vers la France voisine », prédit Frédéric Mugnier, maire de Valleiry (Haute-Savoie), située à la frontière.

Le village compte 1 400 frontaliers français et suisses confondus, pour une population totale de 3 600 habitants. Toutefois, pour l'élu, ce n'est pas une variation de 15 % du taux de change qui accélèrera la dynamique actuelle.

« C'est toujours plus intéressant de venir acheter une maison à 450 000 euros en France plutôt qu'un F3 à 800 000 francs en Suisse. »

Facteur bloquant pour les vendeurs ?

Sébastien Cartier, président de l'agence Bouvet Cartier Immobilier à Annemasse et Ambilly, tout près de la frontière, a constaté un sursaut des volumes de vente au début de l'année. Toutefois, selon l'agent immobilier, cet effet de court terme ne se pérennisera pas. La tendance pourrait même s'inverser.

« La revalorisation du franc peut être un facteur bloquant pour les vendeurs », avance-t-il.

Celui qui est également le président adjoint de la FNAIM des Savoie explique que de nombreux frontaliers sont devenus propriétaires en empruntant en francs suisses. Or, le sursaut de la devise helvétique renchérit le solde à rembourser des emprunts comparativement aux valeurs des propriétés situées en France, qui restent stagnantes depuis plusieurs années. Certains peuvent se retrouver avec un solde à payer qui peut atteindre ou dépasser la valeur de leur propriété.

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« Cela encourage les vendeurs à être gourmands sur les prix et à bloquer des ventes déjà moroses depuis deux à trois ans », souligne Sébastien Cartier.

Davantage de fonds pour les collectivités

S'il y a bien des gagnantes assurées dans cette appréciation du franc suisse, ce sont les collectivités frontalières françaises. En effet, l'accord passé en 1973 entre le canton de Genève et la France prévoit la rétrocession de 3,5 % de la masse salariale perçue par les travailleurs frontaliers imposés à la source à Genève et résidants en France. Cette compensation financière genevoise, plus connue sous l'expression de « fonds frontaliers », vise à contribuer à l'équipement des collectivités en infrastructures dont bénéficient les travailleurs actifs en Suisse, où ils sont imposés.

En 2014, l'Ain a perçu 54 millions d'euros, tandis que la Haute-Savoie obtenait la plus grosse part avec 178 millions d'euros. Sur ces montants, 40 % servent à financer des infrastructures routières et ferroviaires. Et 60 % sont reversées aux communes au prorata du nombre de frontaliers qui y résident.

« Cela peut représenter des millions pour certaines communes », affirme Vincent Cezard.

La mobilité : enjeu et échec

Et avec un franc suisse plus fort, c'est autant d'argent susceptible d'arriver dans les caisses des collectivités françaises.Si ces collectivités manquent d'idées pour utiliser cet argent, les frontaliers rêvent de voir le rythme des investissements s'accélérer dans le domaine des transports.

« La mobilité constitue à la fois le grand enjeu et le grand échec, de la région frontalière, regrette Jean-François Besson, secrétaire général du Groupement transfrontalier européen, une association regroupant 60 000 travailleurs frontaliers. Nous avons 20 ans de retard. »

Genève.

À l'approche des postes de douane, les bouchons freinent les frontaliers en route vers leurs postes de travail genevois.

« C'est une évidence : nous n'avons pas su mettre en place les outils de transport collectif permettant de fluidifier le trafic. »

Et ce ne sont pas les récents référendums suisses qui risquent d'accélérer le processus. Le 18 mai 2014, les électeurs genevois se prononçaient contre le financement, par leur canton, de parkings situés en France, destinés à stationner les automobiles des frontaliers pour leur faciliter l'utilisation de transports en commun.

« C'est une situation aberrante, s'exclame encore Jean-François Besson. Tout le monde est d'accord pour réaliser des parkings de délestage pour entrer dans Genève sans voiture, notamment afin de réduire la pollution. Mais il y a eu une campagne très forte sur des thèmes qui n'avaient rien à voir avec les parkings. On a surtout parlé de donner de l'argent à la France. »

Un  futur RER

La votation n'empêchera cependant pas la mise en place, à partir de 2019, d'un réseau digne de la métropole internationale qu'est devenu le Grand Genève, incluant la zone frontalière française. Quelque 946 000 habitants vivent dans les 212 communes situées de part et d'autre de la frontière.

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Le futur RER, appelé CEVA, et le prolongement des lignes de tramways permettront aux frontaliers de remplacer leurs trajets automobiles par le rail. Annemasse sera enfin reliée directement par voie ferrée à Genève, synonyme de moins de bouchons, de temps de parcours réduits pour les frontaliers et d'une diminution des niveaux de pollution pour les résidents et électeurs suisses.

Avec des transports facilités, il ne reste plus qu'à espérer que l'économie suisse maintienne sa compétitivité et ses emplois, malgré la force de sa monnaie nationale.

Didier Bert

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