Demain, l'agriculteur sera-t-il encore dans le pré ?
Romain Charbonnier
Romain Charbonnier
Quelque part en Rhône-Alpes, tandis que le soleil offre ses premiers rayons lumineux sur la campagne, le paysage se réveille lentement, accompagné par le chant des oiseaux. Les vaches paissent l'herbe du champ dans lequel elles sont parquées depuis plusieurs semaines. Il est un peu plus de 6 heures du matin. Le temps semble s'être arrêté comme sur une photographie de Raymond Depardon. Aucune voiture à l'horizon, aucune âme non plus.
Cette atmosphère bucolique pourrait être caractéristique de n'importe quel territoire rural si ce n'est qu'en cette matinée du début de l'été, cette agréable quiétude est rapidement chassée par un bruit continu d'un engin moteur. Travaillant dans un champ voisin, au loin, il ressemble à n'importe quel tracteur, avec ses quatre grosses roues et son imposante structure métallique.
Pourtant à bien y regarder, ce tracteur a la spécificité de ne posséder ni cabine ni chauffeur à son bord. Il roule de manière autonome. Pas de gasoil d'un genre nouveau, ce véhicule fonctionne à l'électrique grâce à une batterie intégrée et dont la durée de fonctionnement peut atteindre plusieurs heures. Muni d'une puce GPS, il est également dirigé à distance. C'est donc depuis l'aube que ce tracteur 3.0 ne cesse d'effectuer des allers-retours suivant un parcours défini, tractant derrière lui une andaineuse permettant de mettre en bandes continues, le fourrage laissé au sol en vue d'en faire des bottes. Après cette tâche, le véhicule autonome reviendra à sa station pour se recharger.
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À quelques kilomètres, deux heures plus tard, dans une exploitation familiale, tandis que d'autres sont sur le pied de guerre depuis l'aube, Nicolas démarre sa journée. Ce jeune agriculteur chemise bleue à carreaux, jean noir délavé et baskets de sport, ressemble davantage à un startupper de la Silicon Valley qu'à un travailleur des champs. Assis sur son fauteuil, il vérifie devant ses écrans d'ordinateur, le travail effectué depuis le début de la matinée, par son tracteur robotisé qu'il avait programmé la veille.
Il examine l'ensemble des données enregistrées sur sa machine (qualité du sol, production, etc.), transmises en temps réel par puce 4G. Pour lui, nul besoin d'être aux commandes de son véhicule, il lui suffit d'une bonne connexion en fibre optique et d'une carte Sim pour pouvoir mener les opérations depuis son bureau, devenu un centre de contrôle.
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Un tel scénario n'est encore que fiction et semble sortir tout droit de l'imaginaire du service marketing du fabricant américain de matériels agricoles John Deere, très en avance sur les questions d'innovation. Loin d'être une utopie ou un effet de mode, qu'un tracteur puisse labourer, semer ou faucher sans chauffeur, être commandé et programmé à distance pourrait donc arriver très rapidement, à en observer la pénétration grandissante des nouvelles technologies dans le domaine de l'agriculture.
Il n'est désormais plus qu'une question d'années avant que la technologie n'entre par la grande porte et se démocratise largement. Des initiatives montrent déjà les possibilités. Au cours du Salon international des machines agricoles qui se tenait à Paris, au début de l'année, Baudet-Rob a fait sensation.
Imaginé par les chercheurs de l'Institut de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture de Clermont-Ferrand, ce robot de la forme d'une brouette a la capacité de suivre de manière autonome (pendant 7 heures) une personne en analysant le mouvement de ses jambes. Il pourrait donc être utile au transport des récoltes de fruits par exemple sur des exploitations viticoles ou maraîchères. En phase de test avec l'entreprise auvergnate Effidence, Baudet-Rob devrait être commercialisé en 2016.
L'agriculture vit sa nouvelle révolution grâce (ou à cause) de la technologie.
Dans le même temps, le métier même d'agriculteur devrait évoluer. Se posent alors les questions de son avenir et son rôle ; de la place des technologies de pointe et de précision se substituant aux méthodes traditionnelles ; de l'intérêt qu'elles peuvent apporter sur un métier jugé encore difficile ; de l'inquiétude provoquée par l'immersion dans l'agriculture de multinationales technologiques comme Google intéressées en particulier par l'enjeu des millions de données. Mais aussi des besoins alimentaires mondiaux toujours plus importants.
Évolution positive pour certains qui y voient une manière « formidable » d'apporter des outils performants et un nouveau souffle à un secteur qui se restructure. Mais appréhension, pour d'autres, qui ne cachent pas leur doute quant aux pouvoirs réels que possédera encore l'agriculteur, demain, face à une industrie puissante et des missions évolutives.
Le sujet fascine et interpelle autant que la voiture sans chauffeur peut le faire aujourd'hui et que l'ordinateur l'a fait hier.
« L'agriculteur prendra toujours plus de plaisir sur son tracteur que derrière un ordinateur. » S'il estime que les avancées technologiques actuelles peuvent permettre à un exploitant de piloter à distance sa ferme, Gilbert Grenier reste néanmoins lucide :
Chercheurs, sociologues, agriculteurs ou président de chambre d'agriculture, tous s'accordent sur un point : l'agriculteur a toujours été à l'affût du progrès technique, cherchant sans cesse à obtenir un gain de productivité, de qualité et de rentabilité.
Pourtant les idées reçues ont la dent dure, et de fait, subséquemment c'est tout l'inverse.
« Ils suivent les évolutions de la même manière que les Français », indique Anne Blondel, responsable technique de Fidocl Conseil Élevage pour la Saône-et-Loire et l'Ain, société de collecte de données en élevage.
Plus en avance que d'autres secteurs, l'agriculture expérimente même les innovations avant qu'elles ne soient proposées au grand public. Le turbo compresseur équipait les tracteurs bien avant les voitures. Même chose pour le GPS.
« Surtout si elle offre une meilleure rentabilité. Les professionnels y sont très sensibles », note Gilbert Grenier.
Les mentalités ont évolué, l'accès à certaines technologies s'est démocratisé et le secteur s'est également informatisé, offrant à l'agriculteur les outils pour pouvoir mieux gérer les tâches administratives courantes et répondre aux exigences européennes. Une évolution qui satisfait Daniel Condat, exploitant agricole à Montfermy, un village du Puy-de-Dôme :
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A 53 ans, et à la veille de prendre sa retraite, l'homme, également vice-président de la chambre d'agriculture du département auvergnat, référant en modernisation, prend l'exemple de l'épandage d'azote sur des parcelles.
A retrouver, le deuxième volet de notre enquête >>
Article initialement publié le 8 octobre 2015 à 16:06
Romain Charbonnier
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