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Vins : De quel mal souffre le Beaujolais ?

Marie-Annick Depagneux

Publié le 18 novembre 2015 à 13:53 - Mis à jour le 18 novembre 2015 à 15:17

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04 juin 2026

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Débloqué ce jeudi à minuit, le Beaujolais Nouveau reste à la fois une vitrine et une façade pour un vignoble en crise. Des hectolitres qui ne trouvent pas preneurs, depuis des années, le Beaujolais produit plus que ce qu'il écoule, impactant alors les prix de vente. La faute à qui ? Les conséquences sur le maintien de l'activité de certains professionnels inquiètent.

Article publié le 30/10/2015-Actualisé le 18/11/15 à 14h53

« Nous savons tous, depuis de nombreuses années, que nous produisons plus que nous vendons. Malgré cela, notre filière n'a pas su prendre de décision, probablement car celles-ci seraient impopulaires auprès de ceux qui produisent sans avoir de clients pour écouler leur production, a asséné Gilles Paris, président de l'Inter Beaujolais, et viticulteur, lors de la dernière assemblée générale du 29 juillet. Tant que nous n'aurons pas résolu cela, les cours feront le yo-yo au gré des volumes mis sur le marché. »

130 000 hectolitres invendus en 2014

Le verdict est sans appel : 130 000 hectolitres, sur les 630 000 produits en 2014 (1,3 million d'hectolitres dix ans plus tôt), n'ont pas trouvé preneurs. D'aucuns veulent relativiser ce stock. « Nous pouvons le commercialiser avec un millésime de décalage », insiste Bruno Mallet, vice-président d'Inter Beaujolais et directeur général de la maison de vins Aujoux, à la chapelle de Guinchay, en Saône-et-Loire.

Reste que les prix en pâtissent : 151 euros l'hectolitre (en moyenne) pour les beaujolais villages, à fin juillet, contre 170 euros, un an plus tôt, selon les chiffres officiels donnés par l'Inter Beaujolais. Pour les Beaujolais de base, c'était 128,40 euros.

« Il faudrait que l'hectolitre soit vendu 180 euros pour qu'un exploitant puisse vivre décemment de son travail », car les coûts de production sont élevés dans ce vignoble difficile à mécaniser, rappelle le vice-président d'Inter Beaujolais. D'aucuns évoquent même des marchés qui se seraient traités à 80 euros.

« Une insulte, tonne Cyril Picard, viticulteur au Château de Cercy, à Denicé. Tant que les vins seront achetés aussi peu chers, nous crèverons les uns après les autres. »

Lire aussi : Vins : Beaujolais, les raisins de la colère

Georges Duboeuf artisan à succès du Beaujolais nouveau

Le négoce qui assure 75 % voire 80 % de la commercialisation des Beaujolais est, encore et toujours, mis en cause par la viticulture. « Ce n'est pas le négoce qui fait les cours, ce sont les marchés. Et s'il n'y a pas d'acheteurs ? », rectifie Bruno Mallet. L'histoire est connue :

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« Pendant longtemps, la viticulture n'a pas eu besoin de vendre directement sur les marchés et s'en est remise au négoce. Il existait un modus vivendi », rappelle Jean-François Curie, directeur général des Vins Boisset, une maison familiale de Bourgogne qui, dès 1996, s'est implantée en Beaujolais, en s'offrant d'abord des maisons de vins (Le Cellier des Samsons, Mommessin et Pellerin), puis le domaine de Pierreux et ses 80 hectares, à Brouilly.

« Le Beaujolais, c'est 20 % de notre activité aujourd'hui », indique-t-il. Il met en avant les partenariats, plus que centenaires, de Mommessin (sis à Quincié) avec des caves indépendantes, tel le Château de Montmelas (famille d'Harcourt). Georges Duboeuf, négociant emblématique du terroir à Romanèche-Thorins, est présenté comme le grand artisan du succès du Beaujolais nouveau.

« Sans lui, le Beaujolais n'existerait peut-être plus. Il a fait connaître ce vin dans le monde entier », estime une observatrice avisée.

Terroirs originels

En Beaujolais, les exploitations sont encore très morcelées. Un vigneron qui travaille seul n'a ni les ressources ni le savoir-faire pour s'occuper de la commercialisation de sa récolte. Mutualiser constitue une solution. À l'exemple de « Terroirs originels », lancé en 1997 :

« Nous avons démarré à cinq viticulteurs et nous sommes aujourd'hui 35. Nous vendons un million de bouteilles de toutes les appellations du Beaujolais et du Mâconnais, et en exportons 20 % », raconte Robert Perroud, gérant du groupement commercial fort de huit salariés. Il ajoute : « Nous venons d'embaucher une personne à Portland, aux États-Unis. Nous mettons également les moyens en Chine où nous allons notamment avec des viticulteurs de la vallée du Rhône. »

Les caves coopératives ont, elles aussi, compris qu'elles devaient fusionner pour dégager des économies de moyens et d'échelle. Toutefois, les choses prennent du temps. Ainsi, la cave de Bully a fait le tour de toutes les caves avant de se marier, en 2010, avec son homologue de Quincié, la doyenne beaujolaise fondée en 1928.

Deux autres caves, déjà incluses dans l'Union constituée en 2012 (et commercialisant cinq millions de bouteilles) fusionneront au 1er janvier 2016. Il s'agit de la Cave des Coteaux du Lyonnais, à Saint-Bel, et celle de Trelins dans le Forez.

« Avec Saint-Bel, nous discutions depuis 20 ans. Son site de vinification sera rapatrié sur Bully en 2016 ou 2017 », commente Bernard Couzon, président de Signé Vignerons.

Sous cette marque sont écoulés les vins auprès de la grande distribution et à l'exportation. « Louis Tête », la marque achetée il y a trois ans est dédiée à la vente traditionnelle en CHR. « Le Chat rouge », la dernière née, est une marque sans appellation. Cet ensemble, regroupé sous le nom Agamy (anagramme de Gamay), réunit quelque 550 exploitants.

Crémants et rosés en expérimentation

En Beaujolais, des vignes ont été arrachées. D'autres seront encore abandonnées. « Et nous reviendrons au vignoble d'avant le beaujolais nouveau. Le problème des appellations régionales ne s'arrête pas au Beaujolais », souligne Jean Bourjade, délégué général de l'Inter Beaujolais.

Plus positivement, des parcelles se restructurent, d'une part, pour évoluer vers une exploitation plus raisonnée et plus facile à entretenir (car moins denses) et, d'autre part, pour profiter de l'engouement pour les rosés et les crémants en expérimentant aussi, d'autres cépages que le Gamay : Pineau, Chardonnay ou encore Syrah.

« De façon traditionnelle, ce vignoble a toujours été à la pointe de la recherche. Et nous voulons être une locomotive », observe Grégory Large, directeur général du pôle Beaujolais au sein du groupe Boisset.

« La diversification engagée il y a quelques années pour nos vins blancs et nos rosés reste une piste à optimiser pour l'avenir. Nous n'en produisons pas assez (3,5 % de la déclaration de récolte 2014, NDLR) pour bénéficier de l'embellie de ces deux couleurs », constate Gilles Paris.

Alors que le millésime 2015 entre, précocement, dans les cuves, les opérateurs du terroir veulent croire à la possibilité de « se mettre d'accord sur une ambition partagée pour la filière », espère Sébastien Coquard, président de l'ODG Beaujolais et Beaujolais Village. L'avenir passe-t-il par l'intégration dans une grande région Bourgogne ?

Sébastien Coquard.

Il y a les pour : « Nous faisons partie du même bassin. Nous avons des produits communs : les crémants, le bourgogne blanc ou encore les coteaux bourguignons », analyse Bernard Couzon. Il y a les contre :

« Se fondre dans la Bourgogne serait la solution de facilité. Mais nous perdrions notre âme et notre identité », objecte Martine Chermette. Quoi qu'il en soit, les liens ne pourront que se renforcer.

Beaujolais nouveau et après ?

Après avoir fait la fortune de nombreux viticulteurs dans les années 1970 et 1980, ce vin mis en bouteille sitôt sorti des pressoirs est aujourd'hui au banc des accusés. « Le négoce lui a donné une image industrielle », dénonce Sébastien Coquard. La chaptalisation (ajout de sucre) et le recours, par le passé, à des levures aromatiques, au goût de banane, par exemple, lui ont valu d'être étiqueté vin bricolé par certains consommateurs.

« Nous n'ajoutons aucune levure extérieure. La fermentation se fait avec les levures développées par les raisins eux-mêmes,assure Martine Chermette.Neuf fois sur dix, nous laissons faire les levures propres aux raisins. Quand il a trop plu, nous employons des levures, mais elles sont neutres. Nous ne sommes plus au temps des Romains. »

Ces vins nouveaux qui ont terni l'image du Beaujolais et fait de l'ombre aux crus, beaucoup moins médiatisés, sont très attendus au Japon, aux États-Unis, mais en France aussi. Leur qualité s'est améliorée du fait d'un meilleur travail des sols et des terroirs. Pour preuve : les médailles d'or glanées à Paris.

« Vendre 200 000 hectolitres de primeurs, c'est une chance dont on ne peut pas se passer. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas réfléchir à réduire la part de ces vins », reconnaît Bruno Mallet.

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« Ils font découvrir le millésime de l'année, appuie Martine Chermette. Et quand nos clients nous commandent des nouveaux, ils en profitent pour acheter le reste de nos vins. »

Marie-Annick Depagneux

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