Vins : Beaujolais, les raisins de la colère
Marie-Annick Depagneux
Marie-Annick Depagneux
Article édité le 29/10/15-Actualisé le 18/11/15 à 14h40
La tradition de sortie du Beaujolais Nouveau sera respectée ce jeudi à minuit. Le millésime 2015 sera débloqué comme chaque année, mais une fois encore, la crise est prégnante dans le vignoble avec un contexte propice aux divisions et tensions internes.
Au « 210 en Beaujolais », siège de la viniculture locale, à Villefranche-sur-Saône, plusieurs dizaines de professionnels participent à l'assemblée générale ordinaire de l'Inter Beaujolais, ce mercredi 29 juillet. Son report, in extremis avant les congés, a été rendu inévitable après l'avis de gros temps émis le 1er juillet par certains professionnels ayant boycotté le conseil d'administration de cette instance.
En attendant que les problèmes de fond soient abordés lors d'un séminaire fixé le 25 septembre * - « la réunion de la dernière chance », selon Sébastien Coquard, ex-président de cet ODG - l'assemblée générale de cet été a voté à l'unanimité le budget de la campagne 2015-2016.
Lire aussi : De quel mal souffre le Beaujolais ?
Les viticulteurs de ladite ODG ont obtenu, entre autres, le doublement de l'enveloppe consacrée à la promotion du beaujolais nouveau 2015 : 696 487 euros, contre 340 963 en 2014.

Jean Bourjade, délégué général de l'Inter Beaujolais, Gilles Paris, son président et Bruno Mallet, vice-président.
Ce coup d'éclat contre l'Inter Beaujolais avait été précédé d'une autre péripétie : en décembre dernier, l'ODG des crus décidait de faire cavalier seul. Une annonce vécue comme une sécession entre le Nord, celui des crus, et le Sud, fief des appellations Beaujolais.
Dans la foulée, l'office a quitté Villefranche-sur-Saône pour s'installer à Fleurie récupérant en direct la gestion administrative et financière des dix crus jusqu'alors dévolue à l'Union viticole du Beaujolais (UVB) ainsi dépossédée de l'essentiel de ses missions.
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« Notre départ nous a été reproché. Peut-être l'avons-nous fait un peu violemment. Mais il était difficile de le faire autrement du fait de notre position minoritaire », se défend Audrey Charton, présidente de l'ODG des crus et ayant succédé, en 2004, à sa mère, à la tête du domaine familial Le Clos des Garands. La raison de cette émancipation ?

Audrey Charton, présidente de l'ODG des crus.
Cette rupture a eu un retentissement planétaire. « Nous avons reçu des appels du monde entier pour savoir ce qui se passait », témoigne Évelyne Geoffray, maire d'Odenas et vice-présidente de la communauté de communes Beaujolais Val-de-Saône. Preuve que ce vignoble ne laisse pas indifférent à l'étranger.
Sur place, nombreux acteurs veulent prendre du recul face à ce qu'ils qualifient de « guéguerre ». « Nous sommes plusieurs vignerons à ne pas nous sentir concernés et nous l'avons fait savoir », atteste Louis-Benoît Desvignes, cogérant, avec sa sœur Claude-Emmanuelle, d'un domaine, également familial, de dix hectares, à Villié-Morgon.
À 34 ans, il préfère jouer la carte de l'union et s'investit dans Bien Boire en Beaujolais. Depuis 2012, cette association d'associations organise une grande dégustation annuelle ouverte à tous les vins du Beaujolais, y compris les vins bio.
« Avec cette initiative, nous avons réussi à casser les rivalités de clocher. Son audience grandit d'année en année », se réjouit le jeune viticulteur. Le 13 avril 2015, au Château de Pizay, la dernière édition a rassemblé 1 500 professionnels.
D'ailleurs, le couple dont la propriété est située dans le Sud a pris pied, très tôt, dans le Nord, achetant des vignes dans les crus : à Fleurie (dès 1994), Moulin-à-Vent (1996) et Brouilly (en 2006).
* Le plan d'action, en cours d'élaboration, sera dévoilé dans les semaines à venir.
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(source : Inter Beaujolais)
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