Lionel Michon, luthier aux mains d'argent
Dominique-Myriam Dornier
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Lionel Michon
Claude Fougeirol
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Lionel Michon
Claude Fougeirol
Il part au Canada livrer le précieux instrument, et il s'affaire. Les aigus lumineux, la chaleur des basses, la belle amplitude et l'équilibre parfait d'un son qu'il visualise en trois dimensions lui conviennent. Le luthier est satisfait de ses trois mois de labeur : le violon qu'il a fabriqué sonne magnifiquement. Mais si l'on venait ici chercher l'émerveillement dans l'œil de Lionel Michon, installé à Malissard (Drôme) depuis une douzaine d'années, pour être capable d'engendrer de si sublimes instruments, à peu près 350 grammes, vecteurs d'émotions violentes, il faut revoir sa copie.
Après 33 années de lutherie, l'artisan, distingué en 2004 comme Meilleur ouvrier de France, est usé. Et pour obtenir des détails, des secrets, le dévoilement du mystère violon, il faut remonter vaillamment à la source. L'homme alors s'épanche, se livre, consent à quelques bonheurs éprouvés, et exprime la fierté d'exercer un métier d'art, qui fascine toujours le profane.
La corporation est forte de grands maîtres gardiens du temple, qui ont été les intimes des plus grands musiciens et compositeurs, comme Étienne Vatelot, fondateur en 1970 de l'école française de référence Mirecourt, qui déplorait déjà le peu d'investissement financier de l'État dans cet enseignement.
Les luthiers suivent de près les musiciens, souvent toute une vie, ils les conseillent, ce sont leurs « médecins », et ils possèdent de fait une solide culture musicale, et évidemment une pratique instrumentale. Aujourd'hui, le métier attire de plus en plus de jeunes, qui veulent cependant abréger, pour des raisons économiques, leur temps de formation. La lutherie, qui porte aussi un volet restauration, requiert l'oreille absolue, cette capacité de discerner la justesse d'une note.
Le violon et les instruments à cordes frottées réveillent les capteurs profonds, cet appétit secret et atavique de beauté visuelle et sonore : ce mystère intime s'appréhende par les viscères et tout le corps, comme l'œil perçoit d'un coup la beauté. « Je fais aussi des violoncelles, et certains sont pris d'une émotion intense quand je fais sonner l'instrument ! », reconnaît le luthier. Si le violon évoque, par ses courbes, le corps d'une femme avec lequel le musicien vit une langoureuse osmose, et s'il est l'instrument le plus proche de la voix féminine (il couvre les registres de soprano à contralto), le violoncelle s'approche au plus près de la voix humaine, en général.
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Dominique-Myriam Dornier