Pass’Région : discussions sous tension entre les librairies et la Région
Marie Lyan

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Et si le Pass'Région venait à disparaître ? C'est désormais plus qu'une simple hypothèse en Auvergne-Rhône-Alpes. Le dispositif, mis en place en 2002 par l'ex-présidente de la Région Rhône-Alpes Anne-Marie Comparini, allouait jusqu'ici chaque année une aide aux familles des lycéens pour l'achat de leurs manuels scolaires en librairie.
Ce pass comprenait notamment une allocation de 70 à 100 euros pour acquérir des manuels scolaires entre la seconde et la fin du bac pro, ainsi qu'une aide destinée au cinéma, aux associations sportives mais aussi loisirs, qui pouvait notamment financer par exemple l'achat d'un livre de poche. Le tout, uniquement consommable en librairie
Une manière de donner un coup de pouce au pouvoir d'achat des familles, mais aussi aux librairies, en leur permettant de générer un trafic qui était jusqu'ici vecteur de chiffre d'affaires non seulement pour leur rayon scolaire, mais aussi d'autres achats en magasin.
C'est ce dispositif qui pourrait bientôt disparaître pour être remplacé par un forme d'appel d'offres, qui serait ainsi adressé par la Région aux librairies sélectionnées en amont, en vue de fournir et livrer les manuels dans les lycées.
Car ce qui est en jeu, d'après Michel Perrin, directeur des librairies Gibert à Grenoble, "c'est d'abord une notion culturelle puisque pour certains jeunes, le Pass'Région était souvent l'occasion de mettre les pieds pour la première fois dans une librairie", avance-t-il.
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En plus de perdre 8 à 40% du chiffre d'affaires généré par le matériel scolaire, les professionnels du secteur craignent des impacts directs sur leurs activités annexes.
Plusieurs n'hésitent ainsi pas à parler d'un enjeu plus large pour les centres-villes, déjà touchés de plein fouet par la concurrence du e-commerce.
Car l'ensemble des professionnels du secteur anticipent déjà que la transformation du Pass'Région pourrait avoir un impact fort sur l'ensemble des librairies de la région.
A Grenoble, pour l'enseigne Gibert, qui comprend 3 magasins et 15 salariés, une telle mesure entraînerait par exemple la suppression directe d'au moins un poste. Tandis qu'à la librairie de Paris de Saint-Etienne, où l'incertitude demeure également, ce sont jusqu'ici une personne à temps plein ainsi que 3 autres ressources temporaires qui étaient dédiées jusqu'ici à la partie scolaire sur un total de 27 salariés.
De son côté, le gérant de la librairie Lucioles à Vienne estime que ce sont près de 55 librairies au total qui rencontreraient des difficultés à l'échelle du territoire. "Pour des personnes qui viennent de racheter un établissement, cela revient à changer les règles d'un coup et à devoir assumer une perte de 20% de leur chiffre d'affaires en moyenne", résume-t-il.
L'autre point d'achoppement réside dans la méthode utilisée, puisque l'ensemble des librairies interrogées évoquaient une absence totale de concertation.
"Nous avons appris cette nouvelle par l'intermédiaire des fédérations de parents d'élèves, qui avaient été consultés par la Région pour savoir si l'on maintenait l'an prochain le Pass'Région", nous confie une librairie. "On aurait aimé être mis dans la boucle plus tôt", concède l'un de ses confrères.
Auvergne-Rhône-Alpes n'est pourtant pas la seule collectivité à tenter de resserrer la vis budgétaire sur le matériel scolaire, pour essayer d'en diminuer les coûts : deux ans plus tôt, l'Auvergne avait elle aussi franchi le pas en supprimant son propre dispositif au profit d'un appel d'offres. Non sans casse, d'après les libraires.
Alors que l'exécutif régional aurait avancé la possibilité de mettre en place un appel d'offres destiné aux librairies pour compenser la perte de l'ancien dispositif, ces derniers craignent que cela n'entraine un nouveau resserrement des marges ainsi que des exigences impossibles à remplir pour les petits établissements.
Après avoir adressé une lettre ouverte à la Région pour l'alerter des conséquences d'une telle décision, une dizaine de représentants de librairies rhônalpines se sont rendus lundi dernier à un premier rendez-vous à Lyon. Et tentent de faire passer un message qui se veut apolitique : "On mélange tout lorsqu'on parle de gratuité car il suffirait de dimensionner le dispositif existant, qui fonctionne très bien", rappelle Alain Belier, à la librairie Lucioles.
Plusieurs acteurs, qui souhaitent encore trouver un terrain d'entente, ont refusé d'évoquer la question pour l'instant avec Acteurs de l'économie - La Tribune. "Les discussions sont tendues car le timing lui aussi est serré", confie l'un d'entre eux à demi-mots.
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Tous placent désormais leurs espoirs dans la prochaine réunion qui se tiendra à nouveau ce lundi, en espérant qu'un terrain d'entente soit trouvé. Et tout cela, deux semaines seulement avant la tenue du vote du budget 2019 par l'Assemblée régionale. Contactée, la Région n'avait pas répondu à notre sollicitation au moment d'écrire ces lignes.
Marie Lyan
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