Régionales 2015 : quand le FN mise sur les petits patrons
Jean-Baptiste Labeur
Jean-Baptiste Labeur
"Je vous le dis franchement : oui, j'ai voté FN." Ce dirigeant d'une TPE du bâtiment de l'Ain met les pieds dans le plat, sans pour autant assumer totalement puisqu'il justifie son "ras-le-bol" en voulant rester anonyme. "Tous mes clients ne votent pas comme moi. Mais j'en ai marre, voter FN est devenu le seul moyen pour que les autres politiques comprennent où on en est aujourd'hui." Charges, attitude des banquiers, travail détaché, tout y passe pour ce petit patron. Combien sont-ils, ces dirigeants d'entreprise séduits par le Front National ? 19 %, selon un sondage IFOP-Fiducial publié en octobre dernier, un chiffre en hausse de sept points par rapport aux européennes de 2014.
"Il n'y a pas de stratégie dédiée vis-à-vis des entrepreneurs. Nous sommes là pour convaincre avec nos idées que nous sommes les seuls à défendre l'entreprise", affirme Charles Perrot numéro 2 sur la liste FN de la Loire. Patron de Celduc Transfo*, une PME de 200 salariés et de 30 millions d'euros de CA, il est encarté depuis 1985 et siège au Conseil Régional depuis 1998.
Pas de stratégie dédiée aux entrepreneurs ? Le Front National a pourtant lancé ces derniers mois le club Cardinal à destination de grands dirigeants, ou encore le collectif Audace ciblant de jeunes chefs d'entreprise, dont l'un des fondateurs, Antoine Mellies, est conseiller municipal FN à Givors (Rhône) et tête de liste en... Ardèche. En Auvergne Rhône-Alpes, cinq têtes de listes, dont la principale Christophe Boudot, sont ainsi mises en avant sur le site internet du parti, comme issues du monde de l'entreprise, et d'autres figurent en position éligible. C'est le cas, dans l'Ain, du fleuriste lyonnais Michel Dulac, passé auparavant par le CNPI et le CDUNATI.
L'affichage est poussé pour ces régionales. La cible restant prioritairement les patrons de PME et surtout de TPE, il n'est pas étonnant qu'au niveau régional les principales mesures économiques du FN leur soient destinées, en conditionnant aides et accompagnements aux entreprises de moins de 100 salariés et de moins 10 millions d'euros de chiffre d'affaires.
"On sait ce que représentent les one-shots pour les entreprises, ce n'est pas du long terme. Par ailleurs, nous nous battons contre les effets de seuils dans le code du travail, ce n'est pas pour les accepter pour les accompagnements," réagit Bernard Gaud, président du Medef Rhône-Alpes.
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"Les grandes entreprises n'ont pas besoin d'aides. Il n'y aura donc rien pour "les copains" de Gattaz," jubile Charles Perrot, qui n'a pas digéré l'interview du président du Medef au Parisien/Aujourd'hui en France critiquant le programme économique de Marine Le Pen."Que Gattaz soit sorti du bois à ce moment-là est ignoble. Il est un des représentants de l'ultralibéralisme mondialisé débridé, pour moi ces gens sont des négriers" assène-t-il, persuadé que "l'immigration est conduite pour peser à la baisse sur les salaires européens". "Le retour de la retraite à 60 ans, la hausse généralisée des salaires, la sortie de l'euro sont autant de thèmes du programme du FN qui vont à l'encontre d'une vision libérale de l'économie", rappelle de son côté Bernard Gaud.
Si dans la grande région, le FN oppose petites et grandes entreprises, comme d'autres candidats, pour autant durant la campagne électorale Christophe Boudot n'a curieusement pas manqué de médiatiser son rendez-vous avec le directeur de Michelin en novembre dernier.
Dans son programme économique régional, le FN propose également, dans le cadre des appels d'offres "la préférence régionale" en faveur des entreprises d'Auvergne Rhône-Alpes qui s'accompagne d'un refus de travailler avec des entreprises utilisant des travailleurs détachés. Ce sujet a fait débat dans l'entre-deux tours. Au point que mercredi la CAPEB (Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment) du Rhône s'est fendue d'un communiqué rappelant que "la question du travail détaché n'appartient pas aux partis politiques".
Les propositions économiques du FN pour Rhône-Alpes Auvergne restent modestes et le plus souvent non chiffrées. Seul le chèque TPE, évalué à 50 millions d'euros, et une aide à l'embauche de spécialistes à l'export pour 40 millions d'euros, sont budgétisés. Dans le même temps, le FN déclare vouloir réduire le budget régional de 160 millions sur un mandat pour passer sous la barre des 3 milliards d'euros. Cela en triplant le budget accordé à l'agriculture et en réduisant la fiscalité sur les carburants et la carte grise de 45 millions d'euros en 2016. Le Front National annonce vouloir tailler dans les dépenses de fonctionnement des services et surtout dans les subventions aux associations notamment celles, accusées de "concurrence déloyale" envers les entreprises.
Bien que la région soit dotée de solides compétences économiques, surprise, Charles Perrot pense :
Pour le FN, la Région n'apparaît donc que comme un prétexte dans une stratégie hexagonale. Reste que la question du programme économique du FN et le vote des entrepreneurs dérangent le monde économique. Les organisations professionnelles sont peu bavardes sur ces questions et rechignent à commenter le programme. La CGPME du Rhône a ainsi choisi de ne pas s'exprimer, se réfugiant derrière" l'apolitisme" de la structure.
"En Rhône-Alpes, demeure un vieux fond populiste chez les artisans et commerçants. N'oublions pas que le CIDUNATI a été fondé dans l'Isère", rappelle Bernard Gaud.
"Avec un tel programme, je ne comprends pas qu'un chef d'entreprise adhère aux thèses du FN. Je trouve cela absurde et incohérent" conclut Emmanuel Imberton, président de la CCI de Lyon.
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*Charles Perrot ne souhaitait pas que le nom de sa société apparaisse, toutefois Acteurs de l'économie n'a pas à dissimuler une telle information relative à un candidat public au scrutin régional.
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