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Adeline Lobbes : « Le safari animalier reste l’une des premières raisons du tourisme en Afrique »

Photo de Ristel Tchounand

Ristel Tchounand

Publié le 22 septembre 2018 à 07:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:31

Adeline Lobbes

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Experte internationale en écotourisme en Afrique, Adeline Lobbes a parcouru le Continent et travaille encore en consulting dans l'organisation des voyages écotouristiques. Pour La Tribune Afrique, elle revient sur la spécificité de chaque région d'Afrique subsaharienne dans l'évolution en cours d'une filière dont le potentiel pour le développement économique fait désormais l'unanimité et propose des pistes pour une meilleure gestion de la richesse naturelle et de la faune africaine.

La Tribune Afrique: Vous avez travaillé sur différentes régions du Continent. Quel est votre regard sur l'évolution de l'écotourisme en Afrique ?

Adeline Lobbes: J'ai travaillé en Afrique du Sud, au Kenya et en Tanzanie, ainsi qu'au Sénégal et au Bénin dans le parc de la Pendjari. La tendance de l'écotourisme s'accentue grâce à une demande de plus en plus forte d'une clientèle qui a pris conscience de certains enjeux capitaux pour notre survie sur la planète. Les voyageurs ont de plus en plus envie de voyager utile et « propre » si l'on peut dire ou en tous cas, en favorisant un tourisme sain, vert et protecteur des espaces sauvages et de ceux qui y vivent. Il y a une réelle prise de conscience et de plus en plus de clients nous demandent des écolodges, des petites structures avec un impact minimal sur l'environnement etc... Comme la demande est là, les pays touristiques sont donc de plus en plus obligés de tendre vers cette demande !

En Afrique Australe et Afrique de l'Est l'écotourisme se développe de plus en plus et de plus en plus rapidement, ce qui est une très bonne nouvelle. Des pays comme le Kenya et le Rwanda qui ont interdits les sacs en plastique sur leur territoire, il y a également de plus en plus d'initiatives et de projets locaux pour nettoyer les plages (ramassage des ordures sur les plages au Kenya). Il est également très important d'intégrer les populations et communautés locales à l'écotourisme, certains groupes de femmes masaïs dans le Masaï Mara au Kenya ont par exemple appris à confectionner des bijoux avec les déchets en plastiques laissé par des touristes peu scrupuleux etc...

En Afrique de l'Ouest, les choses sont catastrophiques par contre. Même dans un pays aussi touristique que le Sénégal, l'écotourisme en est à ses balbutiements et le pays ne prend pas vraiment le chemin d'une amélioration pour le moment. Trop peu de moyens sont mis en œuvre pour aller dans ce sens selon mon expérience et à mon avis bien sûr.

Jusqu'ici les pays d'Afrique de l'Est et australe se démarquent. Selon vous, comment expliquer le retard du reste de la région, notamment l'Ouest et du Centre qui sont tout aussi riches en termes de ressources naturelles et de faune ?

Je pense que l'Afrique de l'Ouest a perdu énormément de touristes depuis le début des années 2000 à cause des nombreux incidents qui ont eu lieu au Mali notamment avec l'enlèvement des touristes et d'autres qui ont été tués, la Mauritanie et le Mali qui étaient des pays très touristiques ont été totalement sinistrés durant ces 15 dernières années. Ensuite il y a eu de nombreux soucis sanitaires notamment les crise Ebola qui ont eu lieu à plusieurs reprises en Afrique de l'Ouest, bref pas mal de choses qui ont rendu les touristes très méfiants.

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Le Sénégal commence à peine à reprendre en tant que destination touristique. Malheureusement les gouvernements d'Afrique de l'Ouest n'ont pris aucune mesure de protections de leur faune sauvage qui a été décimé il y a maintenant plusieurs décennies. Il n'y a pratiquement plus aucun animal sauvage à observer, alors que le safari animalier reste l'une des premières raisons du tourisme en Afrique. Vu qu'il y a peu de touristes il n'y a pas de moyens pour investir dans des projets éco-touristiques, même s'il y a une volonté locale très forte pour cela, de la part des habitants et des populations locales, et des petits projets locaux cela n'est pas suffisant pour attirer une clientèle internationale.

Vers quelles pistes, selon vous, pourraient s'orienter les pays africains pour un développement de l'écotourisme qui soit dans les règles de l'art et qui profite aux économies et aux populations ?

Tout d'abord, Je pense qu'il serait important et pertinent de parler des dérives du tourisme de faune, je pense notamment aux pays comme 'Afrique du Sud mais aussi de plus en plus la Tanzanie et le Kenya qui ouvre des sortes de "parcs à lions" ou ce qu'ils appellent des "réserves" où il est possible de caresser et de papouiller des petits félins (lionceaux, bébés tigres etc.) Une aberration quand on sait que des animaux sauvages tels que les félins qui ont été imprégnés par l'homme (qui sont d'ailleurs souvent drogués pour ne pas bouger et laisser les visiteurs les caresser à volonté) ne peuvent pas ensuite être réhabilités à la vie sauvages et finissent très souvent dans des réserves de chasse (ce que l'on appelle en anglais le "canned hunting") où des chasseurs du dimanche vont tirer sur des animaux qui n'ont plus rien de sauvage et qui ont désormais une tendance à rechercher le contact avec l'Homme.

C'est une pratique honteuse et cruelle qui rapporte un maximum d'argent car la plupart des visiteurs ne se posent aucunement la question du bien-être de l'animal ils veulent juste une peluche vivante a papouiller, et cette pratique évidemment, ne rentre en aucun cas dans le cadre de l'écotourisme. Un animal sauvage doit rester sauvage, c'est à dire loin des Humains.

« Nous devons protéger chaque parcelle de ce continent qui regorge de trésors écologiques et d'une biodiversité unique au monde »

Selon moi il faudrait limiter le nombre de visiteurs par jour dans les parcs pour limiter l'impact sur la nature et surtout protéger les animaux. S'il n'y a plus d'animaux il n'y a plus de tourisme, il faut bien garder cela en tête ! Il faudrait aussi absolument durcir très fortement le braconnage et mettre en place de réelles mesures et des équipes puissantes pour protéger les animaux sauvages victimes du braconnage tels que l'éléphant, le rhinocéros, le pangolin, le lion etc...Ensuite il faudrait cesser de construire toujours plus de Lodges et d'hôtels dans des parcs ou bientôt il n'y aura plus de place pour les animaux mais que des hôtels (je pense ici au Masaï Mara typiquement). L'éco-tourisme cela veut aussi dire poser des limites ! Et c'est primordial ! Des limites de visiteurs, des limites de constructions etc. et mettre des règles claires pour protéger la flore et la faune locale.

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Il faut aussi et bien entendu intégrer les communautés locales à chaque projet éco-touristique car sans leur aide et leur soutien rien n'est possible, et aux aussi doivent pouvoir bénéficier de l'éco-tourisme dans leur vie de tous les jours. La ligne est immensément fine entre le moment ou le tourisme sert un pays, un environnement, une cause, et le moment où il devient totalement nocif et dévastateur. Tout est une question d'équilibre et de limite. Il faut retrouver l'équilibre parfait qui existe dans la nature et en terminer avec la seule et unique motivation de l'appât du gain et de l'argent. Nous devons protéger chaque parcelle de ce continent qui regorge de trésors écologiques et d'une biodiversité unique au monde.

Ristel Tchounand

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