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Kadjo Kouame : « La Côte d’Ivoire a 5 milliards de tonnes de fer à exploiter dans le grand Ouest »

Maimouna Dia

Publié le 15 octobre 2019 à 15:35 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:47

Kadjo Kouame est directeur générale de de la Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (SODEMI) ; une société d’Etat active dans différents compartiments de l’industrie minière.

Kadjo Kouame est directeur générale de de la Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (SODEMI) ; une société d’Etat active dans différents compartiments de l’industrie minière.

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Longtemps marginalisé, le secteur minier ivoirien est actuellement au cœur de la stratégie gouvernementale pour le développement économique. Attractif pour les miniers, le pays a en orbite deux projets majeurs. Décryptage de Kadjo Kouamé, DG de la Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (SODEMI).

La Tribune Afrique - La Sodemi est l'une des chevilles ouvrières pour le développement du secteur minier en Côte d'Ivoire. Quels sont vos différents domaines d'intervention ?

Kadjo Kouame - La Société pour le développement minier de la Côte d'Ivoire (SODEMI) est une société d'Etat de droit privé, une Société anonyme (SA). Nous intervenons dans différents compartiments de l'industrie minière. Nous faisons de l'exploration, du développement minier et de l'exploitation minière. Nous avons un laboratoire d'analyse minérale que nous mettons à la disposition des entreprises juniors, surtout locaux. Nous avons eu à travailler avec des entreprises de pays de la région notamment nigérianes mais nos principaux partenaires restent les entreprises ivoiriennes. Les sociétés minières qui exercent dans la sous-région ouest-africaine ou ailleurs nous sollicitent parce qu'elles connaissent nos activités et peuvent bénéficier de notre expertise. Nous avons dans ce cadre même noué un partenariat stratégique avec la canadienne Abitibi geophysics pour effectuer notamment des mesures avant de leur transmettre au quotidien les données pour analyse. Nous disposons d'une équipe de géophysiciens et mettons à la disposition des entreprises des géologues expérimentés. Plusieurs sociétés ont eu à nous solliciter en vue de conduire des travaux d'exploration minière. Avec le phénomène de l'orpaillage, nous faisons également de la formation et de l'encadrement dans les petites mines : les mines artisanales et semi-industrielles reconnues, enfin de leur enseigner les bonnes pratiques et de professionnaliser ce secteur de la petite mine.

La Côte d'Ivoire n'est pas un pays très minier comparé aux leaders de la sous-région. Le marché est-il suffisamment porteur pour les investisseurs ?

La Côte d'Ivoire n'a pas commencé tôt l'exploration minière, mais c'est un marché à fort potentiel pour les entreprises sur place. Le pays compte au moins 25 entreprises minières. A la suite de la promulgation de la nouvelle loi minière en 2014, la Côte d'Ivoire a reçu le prix de la meilleure réforme du code minier au monde devant la Finlande et le Pérou. C'est un code équilibré entre les investisseurs privés, l'Etat et les communautés riveraines des zones minières. C'est la première loi qui a fixé un pourcentage du chiffre d'affaires de la mine, destiné au développement communautaire de la zone. C'est fait sous forme d'investissements sur des projets prioritaires de ces communautés et non de l'argent redistribué. Ce sont des routes, des infrastructures pour l'accès à l'eau et à l'électricité, des écoles et autres infrastructures de base.

Quelle est aujourd'hui la stratégie minière de la Côte d'Ivoire pour attirer les investisseurs ?

La Côte d'Ivoire a aujourd'hui plus de demandes que d'offres. C'est juste que dans le secteur minier les investissements prennent du temps et nous avons effectué la réforme il y a juste 5 ans. Or il faut attendre 10 ans voire 15 ans pour avoir les résultats. L'exploration minière dure au moins 7 ans. La Côte d'Ivoire a longtemps négligé le secteur minier.

L'économie ivoirienne est l'une des plus diversifiées d'Afrique avec l'agriculture qui génère la plus grande partie des recettes à l'export. Le développement des industries risque de pousser le pays vers une économie de rente. Avez-vous prévu des mesures pour éviter un éventuel glissement vers une dépendance aux ressources minières ?

Culturellement, la Côte d'Ivoire à une longue tradition d'agriculture qui restera toujours un secteur clé de notre économie. Mais nous voudrions juste que les mines viennent en renfort de notre agriculture.

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On a constaté au cours de ces dernières années une tendance à la révision des codes miniers en Afrique avec une hausse des taxes en Afrique (Tanzanie, Zambie, Congo, Sénégal,...). Etes-vous pour ou contrôle cette politique de tendance haussière des taxes dans le secteur ?

Une hausse excessive des taxes au point que les compagnies minières n'y trouvent pas leur compte ne peut être positif. Parce que c'est un risque que prennent ces sociétés en investissant. C'est une industrie où le facteur risque est important. Les sociétés minières doivent être capables d'espérer faire des bénéfices en investissant. Trop de taxes fait fuir les investisseurs. Il faut savoir équilibrer en faisant de sorte que ni l'Etat ni les investisseurs ne soient perdants.

Pour certains pays, il s'agit davantage d'insister sur une première transformation locale des minerais avant exportation. Qu'est-ce que la Côte d'Ivoire a prévu pour créer plus de valeur dans le secteur minier ?

Le code minier ivoirien a prévu une prime à la transformation. Je pense qu'avant d'interdire une exportation des minerais à l'état brut, il faut créer les moyens de faire de la transformation sur place. C'est un sérieux problème de nos pays africains. Il faut créer des écoles, former la main-d'œuvre et inciter les nationaux à investir dans le secteur pour en faire des leaders, des champions locaux. C'est à ce moment-là que l'interdiction d'exportation des produits à l'état brut devient efficace. Il faut être réaliste. Nos pays doivent mettre en place le dispositif nécessaire à la transformation des minerais sur place. Le cas échéant ce sont mêmes entreprises qui vont créer et implanter leurs propres structures sur place pour exploiter ce créneau. En Afrique de l'Ouest, les nationaux ont réussi à s'approprier une partie du secteur bancaire. Il est possible de faire pareil dans l'industrie minière. Il suffit de regrouper les énergies, créer une synergie pour permettre aux acteurs locaux de s'approprier et de développer l'industrie minière africaine.

Quels sont actuellement les grands projets de la Côte d'Ivoire dans le secteur ?

Le plus grand projet minier qui préoccupe actuellement est le projet de développement intégré minier du grand ouest. Nous avons des réserves de près de 5 milliards de tonnes de fer, que nous n'avons pas pu développer à l'époque à cause de la faible teneur en fer. Nous avons aussi un problème de transport dans ce projet, car c'est une zone enclavée située à près de 500 km des ports. Il nous faut de gros investissements sur ce projet qui est actuellement au cœur de nos priorités. Nous avons deux ports en Côte d'ivoire : le port d'Abidjan qui est le premier de la façade atlantique et celui de San Pedro qui est plus court pour acheminer les minerais. Il y a aussi l'option d'exploiter une partie du gisement sur le mont Nimba et assurer exporter via le chemin de fer libérien.

En Côte d'Ivoire, nous sommes davantage dans l'optique de développement des infrastructures ferroviaires locales pour exporter mais aussi créer un réseau intégré mettant en jonction d'autres activités. Nous avons aussi la priorité de former et d'accompagner les acteurs de la petite mine. Nous sommes juste un démembrement du ministère de la Mine, mais je peux dire qu'aujourd'hui l'une de nos préoccupations majeures est l'encadrement et la maîtrise de l'artisanat minier et de ses effets. Il est à l'origine de la pollution des rivières et des sols. C'est une grosse préoccupation. Le gouvernement s'est beaucoup mobilisé pour mieux cerner ce sous-secteur.

D'où la création de la police anti-orpaillage... Une mesure efficace selon vous ?

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Il y a eu certes des arrestations, mais cela n'a pas suffi à décourager complètement les candidats à l'orpaillage clandestin. Mais si cet effort perdure pendant un an ou deux ans, nous devrions y arriver. Pour régler le problème de façon durable, nous avons créé des couloirs miniers, des zones réservées à l'orpaillage à attribuer à des mineurs déclarés que nous assistons pour une exploitation selon les normes en vigueur.

Maimouna Dia

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