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Post-Covid-19 : un service national pour relancer le tissu productif agricole

Prince Bahamboula

Publié le 25 avril 2020 à 15:37 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:39

Prince Bahamboula, économiste, diplômé de l’Université Panthéon-Assas et actuellement en cycle master à l’ENA.

Prince Bahamboula, économiste, diplômé de l’Université Panthéon-Assas et actuellement en cycle master à l’ENA.

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Parmi les échéances inévitables en cas de mauvaise anticipation, la crise alimentaire à effet systémique sur le niveau de la pauvreté en Afrique ne serait guère derrière nous. C'est pourquoi la jeunesse africaine et le potentiel agricole restent un levier efficace d'ajustement économique du continent.

Au moment où toutes les frontières des pays africains sont fermées du fait de la crise sanitaire, les populations totalement dépendantes des importations de denrées alimentaires font face à une augmentation du niveau général des prix sur l'ensemble des marchés domaniaux. Pour faire face à ce choc, certains gouvernements ont privilégié des filets sociaux se traduisant soit par la distribution de vivres ou par le transfert d'argent via les transactions électroniques.

Les Banques centrales, dans leur rôle de « Prêteur en dernier ressort », ont fait appel à une sorte de « Quantitave easing » à l'africaine en injectant les liquidités dans l'économie réelle. Par exemple, la Banque des Etats de l'Afrique Centrale a décaissé 500 milliards de francs CFA pour venir en aide aux pays de la sous-région, majoritairement producteurs de pétrole et déjà asphyxiés par la crise financière occasionnée entre autres par la chute drastique des prix du baril depuis 2014. Cette mesure de court terme, bien que salutaire, reste peu convaincante dans la perspective d'éviter une accélération inévitable de la paupérisation, source de tensions et de soulèvements populaires contre les régimes politiques en place.

Au sanctuaire des économistes, l'allègement de la dette des pays africains et l'usage des DTS (Droit du tirage spécial) avec le Fonds monétaire international représentent des pistes de solutions inévitables pour renforcer le stock monétaire afin de faire face à cette crise à double choc à la fois sur l'offre et la demande.

Bien que le besoin en liquidités reste la question centrale actuelle, la réorientation de ce stock monétaire sur les politiques publiques de grande envergure reste une autre inquiétude dans la gestion de la post-crise, afin de relancer le tissu productif des économies africaines.

Parmi les échéances inévitables en cas de mauvaise anticipation, la crise alimentaire à effet systémique sur le niveau de la pauvreté en Afrique ne serait guère derrière nous. C'est pourquoi la jeunesse africaine et le potentiel agricole restent un levier efficace d'ajustement économique du continent.

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L'enjeu agricole, un levier de croissance

Continent essentiellement agricole, mais on y meurt de faim. Tel est l'aperçu que l'on a de l'Afrique lorsqu'il s'agit d'aborder les questions d'autosuffisance alimentaire. De subsistance dans son ensemble et pratiquée majoritairement par une population vieillissante, l'agriculture africaine a du plomb dans l'aile et peine encore à nourrir ses fils et filles et encore moins à dégager suffisamment d'excédents en vue de l'exportation. Qui plus est, les cultures exportées sont largement dominées par les produits de rente tandis que les produits vivriers dominent les importations. D'ailleurs, à l'occasion de la célébration du 50e anniversaire de l'Institut international pour l'agriculture tropicale le 28 juillet 2017, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, affirmait que ' »l'Afrique dépense actuellement 35 milliards de dollars par an pour l'importation de la nourriture »' ; preuve que le continent produit ce qu'il ne consomme pas et consomme ce qu'il ne produit pas.

Réconcilier la jeunesse avec l'agriculture

A ces difficultés, un phénomène menace de porter le coup de grâce à l'agriculture du continent : le désintérêt de la jeunesse africaine aux questions agricoles. En effet, selon le Fonds international de développement agricole (FIDA) dans son Rapport sur le développement rural 2019, l'âge moyen des agriculteurs en Afrique subsaharienne est de 49 ans. Ce qui peut être plus élevé avec l'exode rural massif enregistré ces dernières années. Au Kenya par exemple, cet âge est revu à 62 ans et le nombre de jeunes se lançant dans l'agriculture diminue. Or, une agriculture africaine tournée vers la transformation locale et le développement ne peut se faire sans une implication réelle et sérieuse de la jeunesse du continent. Dans cette optique, le seul remède pour porter l'espoir de l'agriculture africaine reste sans nul doute dans la réconciliation et intéressement la jeunesse du continent à la terre afin d'exploiter les nombreuses potentialités qu'offre ce secteur.

L'urgence d'un tel mariage est aux portes du continent, car, avec une population jeune de 200 millions d'habitants (âge compris entre 15 à 24 ans), le continent a la population la plus jeune au monde. En plus, de nombreuses études prouvent que d'ici 2050 ce chiffre va doubler. Cette population pourrait être autant un atout qu'un obstacle si elle n'est pas orientée au travers des politiques adaptées, dont celles agricoles. D'ailleurs, l'exode rural massif des jeunes, les crises migratoires, les soulèvements sociaux,... sont quelques indicateurs négatifs de ce à quoi cet atout humain pourrait se transformer. Ainsi, à l'heure où 60 % de la jeunesse africaine est au chômage, l'agriculture reste un secteur à fort taux d'employabilité absorbant aujourd'hui près de 65 % de la main d'œuvre. Malheureusement, la jeunesse africaine s'intéresse peu à la matière agricole bien que le secteur contribue à 36 % au PIB du continent. Les contraintes sont nombreuses et l'on peut mentionner le problème d'accès à la terre, la perception péjorative de l'agriculture ou encore les problèmes d'accès aux financements.

Sur le continent, malgré les campagnes de séductions publicitaires à inciter les jeunes à « épouser la terre », la réticence reste encore grande quoique surmontable. Au Togo comme dans les autres pays africains, des programmes et mécanismes incitatifs de la jeunesse existent à l'instar de la mise en place des agropoles en 2016 et du Mécanisme incitatif de financement agricole (MIFA) fondé sur le partage de risques en 2019. Ces efforts, bien que louables à révolutionner le secteur, le feraient mieux si une politique nationale et périodique d'implication de la jeunesse togolaise aux questions agricoles était institutionnalisée. Dans cette perspective, un programme de Service national agricole (SNA) parait l'élément incontournable d'implication de la jeunesse africaine en général et celle togolaise en particulier dans le secteur porteur de l'agriculture.

Le SNA, à l'instar du service militaire obligatoire en place dans certains pays, permettra non seulement d'assurer une disponibilité de main d'œuvre jeune et dynamique, levier efficace pour atteindre l'objectif d'autosuffisance alimentaire à l'horizon 2025, mais aussi permettra de réconcilier la jeunesse avec l'agriculture tout en développant un sens de patriotisme chez le jeune. Qui plus est, il favorisera la mobilité des jeunes dans l'ensemble des régions, des départements des pays où seront installés des agrocampus.

Mesures d'implémentation du SNA : cas du Togo

Avec un taux d'absorption de 10 000 jeunes/an, le SNA sera exécuté sur une période de douze mois, dont six obligatoires et six facultatifs, sur les cinq régions que compte le Togo. Sur le plan pratique, cette implémentation sera faite en trois phases constituées respectivement de la construction des Agrocampus, les six mois obligatoires et les six mois facultatifs.

La phase 1 sera uniquement constituée par la mise en place des agrocampus.

Quant à la phase 2, elle sera composée de quatre modules : jeunesse et République (réconcilier les jeunes avec les valeurs de l'histoire et de la patrie pour une durée de quatre semaines) ; formation qualifiante dans un centre de formation adaptée pour une durée de huit semaines ; stage de permis de conduire pour une durée de quatre semaines ; et jeunesse et agriculture (découvrir le potentiel agricole et un stage dans un agropole pour une durée de huit semaines).

Cette deuxième phase terminée, le « serviteur » aura le choix de poursuivre avec la phase facultative de six mois et répartie en trois modules : stage de rotation dans les secteurs agricoles à hautes potentialités pour une durée de 8 semaines ; formation en techniques agricoles pour une durée de quatre semaines ; étape d'engagement du jeune dans l'entrepreneuriat agricole, accompagnement et mise en œuvre du projet pour une durée de huit semaines.

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L'ambition du SNA au-delà de réconcilier la jeunesse à l'agriculture sera aussi de promouvoir le patriotisme, la cohésion sociale (entre jeunes originaires des ethnies, départements ou régions diversifiés) ; l'autonomisation des jeunes via l'obtention des permis de conduire, professionnalisation vers des métiers de mains (mécanique, plomberie, etc.).

Prince Bahamboula

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